Extinction par Serge Merlin, un spectacle qui trahit Thomas Bernhard

Extinction, d'après Thomas Bernhard. Jusqu'au 30 mai au Théâtre de La Madeleine.

Extinction, d'après Thomas Bernhard. Réalisation Blandine Masson et Alain Françon. Joué par Serge Merlin. Jusqu'au 30 mai au Théâtre de La Madeleine.

Connaissant bien l’univers et l’œuvre de Thomas Bernhard j’ai été très déçue par cette lecture-spectacle de son dernier et plus grand roman,  Extinction.

Si votre souci est de voir une belle mise en lecture d’un texte fort, allez-y. Serge Merlin est un comédien sérieux qui connaît son métier. Sur le plan de la prestation, sans souci de coller à la vérité d’un auteur, c’est très beau.

Mais si vous aimez Thomas Bernhard la mise en scène ou la direction d’acteur me pose problème. Le roman est réduit à une seule thématique, l’extinction familiale.

Et le narrateur/Thomas Bernhard devient une caricature d’un vieillard grincheux et misanthrope. Un peu comme si vous écoutiez des propos intéressants dans la bouche d’une personne âgée qui radote un peu. Un jeu tantôt sénile tantôt vociférant. Or, pour qui a déjà vu les vidéos entretiens de l’auteur et lu son œuvre, Bernhard est tout sauf cela.

Son grand art de l’exagération et la puissance de sa révolte sont ici réduits au fait de râler, pester. Ce qui amenuise considérablement la portée de ce texte absolument grandiose. Ce qui porte également préjudice quant au contenu, au sens du propos.

Puis, il y a un je ne sais quoi très parisien, trop.

roman

Dernier roman publié du vivant de Thomas BERNHARD, Extinction. Un effondrement (Auslöschung. Ein Zerfall, 1986)

Les critiques sont bonnes un peu partout, sentiment que la raison de cette appréciation est plus à chercher du côté de la rencontre d’un texte et d’une personnalité qu’ils ne connaissent pas (car il y a de quoi être ébahi et épaté par Bernhard).

Une sorte de spectacle bourgeois (la caricature comique) contre lequel l’auteur s’est battu toute sa vie.

Dommage.

* Extinction, d’après Thomas Bernhard. Réalisation Blandine Masson et Alain Françon. Joué par Serge Merlin. Jusqu’au 30 mai au Théâtre de La Madeleine.

Ci-dessous une vidéo, en allemand, d’un des rares entretiens qu’il a donné. Il s’agit d’un film de Krista Fleischmann. Pour se faire une idée… Ces entretiens filmés ont aussi  étés publiés aux Éditions Actes Sud.

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« Comment donc avait-elle fait ( elle qui était si intelligente ! ) pour se méprendre encore une fois ? Du reste, par quelle déplorable manie avoir ainsi abîmé son existence en sacrifices continuels ? Elle se rappela tous ses instincts de luxe, toutes les privations de son âme, les bassesses du mariage, du ménage, ses rêves tombant dans la boue comme des hirondelles blessées, tout ce qu'elle avait désiré, tout ce qu'elle s’était refusé, tout ce qu’elle aurait pu avoir ! Et pourquoi ? Pourquoi ? »

Gustave Flaubert, Madame Bovary

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