EcriThea- Liste de discussion consacrée à l'écriture théâtrale

Archives année 2004

pour auteurs/écrivains et "professionnels" du théâtre

lancée par « Nati » en 2001

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Voir aussi archives 2003

(attention, EcriThea n’est plus actif et/ou fermé)

Pour s'y retrouver, quelques signets :

Appel à textes, Yves Raynaud @ Réponses Appel à textes @ Pétition "L’école, l’art et la culture: urgences" @ réponses "Pétition" @ Appel textes jeune public pour spectacle au Luxembourg 2005 @ Pub pour le site Proscenium @ réactions @ Playdoyer pour le Proscenium, par Pascal Martin @ pub pour autre forum @ Metteur en scène cherche textes (2005) @ Théâtre de science-fiction @ Le CALCRE est en danger! @ festival des Arts Morts-Nés -appel à textes @ Pourquoi le théâtre? @ vocation du site EcriThea et publications @ Info stage cet été @ L'affaire Brice Petit - Les poètes et la police @ Débat : Etes vous universel ou particulier? @ Le festival des Arts Mort-Nés @

Bonne lecture!

année 2004

From: Dimitri Wagner

Sent: Saturday, January 03, 2004 12:50 PM Subject: [EcriThéa] "Nous nous reposerons !"

Bonjour,

Ce sont les derniers mots d' "Oncle Vania" de Tchekhov dont nous fêtons le centenaire de sa mort. A cette occasion : à partir du 6 janvier l'"Oncle Vania" au TNS avec Jeanne Balibar.dans une mise en scène de Julie Brochen.

Et tout à l'heure sur France Culture à 15h RADIO LIBRE

Anton Tchekhov - Qu'est ce qu'il y a de nouveau : par Jean Daive Avec : Éric Lacascade, metteur en scène, Hélène Chatelain, cinéaste, Georges Lavaudan, metteur en scène, Jacques Lasalle, metteur en scène, Roger Grenier, écrivain, Marina Vlady, comédienne, André Markovitz, traducteur, Françoise Morvan, traductrice

La tragique condition humaine et la solitude permettent néanmoins l'espoir insensé d'un problématique bonheur futur. Les nouvelles sont elliptiques, presque banales en apparence, riches de résonances cachées. Le théâtre met l'accent sur des moments privilégiés où se montrent à nu certains mouvements de l'âme. D'où ce théâtre envoûtant. Les personnages ne sont pas dans l'action, mais dans l'incapacité d'agir. Les sentiments intimes sont incommunicables. Les mots sont inutiles. Anton Tchekhov a fasciné des générations de spectateurs, de lecteurs et de metteur en scène par la vérité multiple et simple qui se dégage des lents cheminements et des silences de ses compositions dramatiques. Chaque intervention éclaire singulièrement aussi bien l'art que l'homme : l'espace et le temps chez Tchekhov, l'obsession du roman familial, le médecin de campagne, le voyage à Sakhaline, la figure du serf, l'imminence de la révolution.

Pages lues de Nathalie Sarraute et Vladimir Nabokov. Voix d'archives : Michel Simon, Jean Vilar, Peter Brook, Sacha Pitoëff, Tania Balachova. Réalisation : Clotilde Pivin

Toutes les émissions consacrées par FC à Tchekhov ici http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/dossiers/tchekhov/

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg


From: Dimitri Wagner

Sent: Saturday, January 03, 2004 3:11 PM Subject: [EcriThéa] Appel à texte

Bonjour,

Voici un appel à textes dans la perspective d'une création qui aura lieu en décembre 2004. Yves Reynaud me demande d'insister sur le fait que les textes doivent être contemporains.

(Ps : la mise en page sera sans doute un peu désordonnée. J'ai quelques petits problèmes en ce moment avec mon mailer et le site ne permet pas je crois du texte enrichi)

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg

APPEL A TEXTES

Yves Reynaud/ La vie d’artiste/ Théâtre de la Cruelle

En ces temps d’effacement des valeurs de solidarité entre les hommes,

En ces temps de remise en cause du métier d’artiste,

En ces temps de “marchandisation” de l’être humain et de sa culture

En ces temps de confusion entre la culture qui unit et l’art qui sépare

Nous pensons qu’il est urgent de tenter de partager avec le spectateur

NOTRE SECRET LE PLUS PRECIEUX

Le Théâtre de la Cruelle, dont j’ai la direction artistique avec Francis Freyburger, va monter à l’automne 2004 un spectacle intitulé provisoirement “LA VIE D’ARTISTE ”dont j’assurerai la coordination. A travers un parcours de monologues, de dialogues, de chansons, nous tenterons d’amener le public à dialoguer avec nous autour des questions qui agitent actuellement le spectacle vivant. Nous repartirons des origines. Pourquoi y a t-il des artistes? Pourquoi y a t-il des spectateurs? Que viennent ils chercher? Pourquoi, depuis l’aube de l’humanité, existent ces êtres “étranges” qui en marge (ou au cœur) de la société consacrent leur vie à créer des œuvres qui, a priori, semblent inutiles à la satisfaction des besoins humains immédiats? Pourquoi sont-ils tout juste tolérés et en même temps, peut-être, indispensables? Pourquoi une langue a-t’elle besoin d’écriture pour vivre et se renouveler? Pourquoi une société a - t’elle besoin de musique, de peinture, de fiction? Quel rapport entre création et révolte? Entre création et démocratie? Entre création et liberté? Comment l’artiste peut-il être à la fois un “rêveur d’utopies” sur le plan poétique et un travailleur sur le plan social? Comment l’artiste crée? À travers quelles certitudes et quels doutes? Quelles difficultés matérielles? Comment la contradiction entre la “vente sur le marché” de son travail et la nécessité intime de produire des œuvres dérangeantes pour “l’ordre établi” l’amène t-elle à marcher, toujours en déséquilibre, sur une corde prête à se rompre? Comment le pouvoir cherche-t’il à instrumentaliser la création à son profit?

“La vraie question n’attend pas de réponse. Et s’il y a réponse, celle-ci n’apaise pas la question. Et même si elle y met fin, elle ne met pas fin à l’attente qui est la question de la question.” Maurice Blanchot

Bref, les origines du théâtre, son utilité, sa fonction sociale, les rapports du créateur et du prince (pouvoir ou producteur), les illusions, les drames et les bonheurs de l’artiste, les interrogations du spectateur, du politicien, du financeur…C’est toutes ces questions, toutes ces contradictions que nous tenterons d’aborder par un montage de textes, de chansons, de jeux théâtraux (Toujours sous l’angle du poème, du partage sensible, jamais du tract, de la thèse abstraite).

Simplicité, fantaisie et humour sont donc les bienvenus…

Ce spectacle sera réalisé dans le même esprit “acteurs jongleursà la Dario Fo” que le spectacle “Savez vous planter les choux?” autour du thème de la ruralité que nous tournons depuis deux ans et que vous n’avez malheureusement pas pu voir en Avignon 2003 car nous y étions résolument en grève (textes de Dario Fo, Roland Fichet, Alain Gautré, Fabienne Mounier, Yves Reynaud, chansons et travail musical de Daniel Muringer…) Nous serons cinq acteurs (3 hommes dont un musicien et deux femmes) Il sera créé en décembre 2004 à Strasbourg (Taps) et tournera ensuite, je l’espère, comme le précédent, dans plusieurs régions.

Le Théâtre de la Cruelle a choisi depuis dix ans de ne jouer que des textes contemporains. (Définition approximative: est auteur contemporain tout auteur, même mort, qu’une personne encore vivante a pu rencontrer).

C’est pourquoi je fais appel à vos écrits (monologues, dialogues de deux à cinq personnages, scènes d’une pièce ou fragments, petits contes, nouvelles, chansons) autour du thème de la création (durée: une à vingt minutes environ).

La seule exigence de forme est qu’il s’agisse d’un texte qui puisse servir de matériau scénique. (selon Heiner Muller: est théâtral tout ce qui peut être adressé)

Ce n’est pas une commande d’écriture, mais d’envoi de textes existants (si vous écrivez un texte ou une chanson spécialement, il seront, bien sur, les bienvenus).

Je répondrai personnellement à chaque envoi.

Tout les textes ne pourront sans doute pas être joués, mais le public aura accès à une compilation, à des lectures parallèles au spectacle.

Faites vos envois par mails ( ou document joint) à Yves Raynaud [note de Nati : adresse e-mail enlevée pour l'affichage sur le site]

Au plaisir de vous lire et/ou de vous parler

Yves Reynaud

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From: Serge Sandor

Sent: Sunday, January 04, 2004 6:32 PM Subject: [EcriThéa] "Fille de Personne" en 2004

Pour les amis et les proches qui souhaiteraient diffuser cette information auprès des leurs sur leur carnet d'adresses, je les remercie et leur souhaite un bon cru 2004!

La Compagnie du Labyrinthe présente du "Théâtre dans les Bars" "Fille de Personne" à 21 h 30

de Serge Sándor avec Lila Redouane à La Patache, 60 rue de Lancry, Paris 75010 (M° J. Bonsergent)


From: Gabrielle Durana

Sent: Sunday, January 04, 2004 8:58 PM Subject: [EcriThéa] Re: [EcriThéa] "Fille de Personne" en 2004

On avait pas de pub pour des spectacles...


From: Sandrine BETTINELLI

Sent: Monday, January 05, 2004 11:55 AM Subject: [EcriThéa] lectures à la Sorbonne, 12 janvier

Bonne année à tous ! Le message intitulé lectures le 12 janvier m'a donné à penser que j'avais justement à annoncer des lectures (poèmes) le 12 janvier ! Amitiés, Sandrine

Soirée de présentation de l'anthologie des nouveaux poètes français et francophones. Lundi 12 janvier à la Sorbonne à 20h30, amphithéâtre Richelieu

Présentation de l'anthologie par l'éditeur: Anthologie des nouveaux poètes français et francophones - Anthologie

La présente édition, (qui succède à une première version intitulée Les Nouveaux Poètes français parue chez le même éditeur en 2001), s'est fixé pour objectif de révéler au public ceux et celles qui, par leur talent et leur diversité, peuvent d'ores et déjà être considérés comme les poètes et poétesses de demain, lesquels contribueront, nous n'en doutons pas, à défendre et maintenir la poésie française comme un genre à part entière, aussi important que le roman, le théâtre, ou l'essai. Au fil de notre quête, nous avons vu se dégager des rapprochements étonnants, et même si nous ne pensons pas qu'ils soient l'esquisse de courants futurs, ils révèlent néanmoins des aptitudes singulières à la compréhension de notre monde.

[détails publicitaires supprimés]

Jean-Pierre Huguet Editeur (www.editionhuguet.com) Collection Les Lettres du Temps Format : 14,5 x 22 cm 252 pages ISBN 2-915412-00-6 ISSN 1281-6345 Prix : 15 euros

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From: Danielle Vioux

Sent: Thursday, January 08, 2004 5:48 PM Subject: Re: [EcriThéa] Appel à texte

A Dimitri Wagner,

merci pour ce retour et ces suggestions de textes, je vais aller explorer tout celà même si nous avons déja une belle somme de textes et les élèves eux mêmes ont écrit des scènes (pas utilisées pour l'instant) et des chansons (utilisées).J'ai vu le spectacle du théâtre de l'Unité il y a 2,3 ans à Marseille (je suis à (à 50 km de là)et l'avais beaucoup aimé, d'ailleurs avais entre autre en mémoire le passage sur les théâtres restés ouverts pendant la guerre en yougoslavie en recherchant les textes pour le travail et le spectacle de l'atelier. Merci aussi d'avoir fait passer cette info sur le projet d'Yves Reynaud , nous allons le contacter aussi. C'est un sujet immense et qui donne un peu le vertige mais quand je vois les questions posées je reconnais nos propres interrogations . Cependant pour le cas du lycée je me suis dit qu'il allait falloir choisir ce qui nous tenait le plus à coeur faute de pouvoir tout dire , mais au moins nous serons-nous posé ces questions ensemble et les poserons-nous à ceux qui verront le spectacle (donc, entre autres, quatre cent jeunes ou plus) ce qui peut éventuellement apporter une petite pierre à l'édifice...

J'en profite pour évoquer le fait que l'art à l'école est en situation de plus en plus précaire , car dans la logique de profit de nos dirigeants il est l'un des domaines où l'on va "faire des économies" ...........Il est donc de plus en plus difficile de faire accepter des projets qui amènent à un vrai parcours long, complexe, impliquant, où l'on peut faire un bout de chemin avec des artistes en même temps qu'on se construit soi-même........Fausses économies d'ailleurs , car les dégats sur les humains et la société à venir seront grands je crois. Enfin, bonne année à tous quand même! Amicalement, Danielle Vioux.

PS Au fait, je suis aussi prof d'anglais, entre autres casquettes.....et j'aime ça, malgré.....malgré....


From: Dimitri Wagner

Sent: Saturday, January 10, 2004 1:04 AM Subject: Re: [EcriThéa] Appel à texte - Pétition

Bonjour,

Le 8 Jan 2004, à 15:48, Danielle Vioux a écrit: "J'en profite pour évoquer le fait que l'art à l'école est en situation de plus en plus précaire , car dans la logique de profit de nos dirigeants il est l'un des domaines où l'on va "faire des économies" .

Il est donc de plus en plus difficile de faire accepter des projets qui amènent à un vrai parcours long, complexe, impliquant, où l'on peut faire un bout de chemin avec des artistes en même temps qu'on se construit soi-même........Fausses économies d'ailleurs , car les dégats sur les humains et nous vivons actuellement au niveau mondial, mais de manière de plus en plus accentuée depuis quelques années aussi dans les pays occidentaux, une période de régressions sociale et politique telle que le monde n'en a pas connu à mon sens depuis les années 30 avec la montée en Europe des totalitarismes

Vous trouverez sans doute que j'exagère. Et qu'il y a quand même une grande différence entre les autodafés de l'Allemagne nazie et la mise à mort programmée de la Culture en France par 1/ la suppression de ses acteurs (les intermittents) 2/ la promotion d'une sous-culture obscène destinée autant à faire de l'argent qu'à abrutir les masses. Les deux buts se rejoignent d'ailleurs merveilleusement bien puisqu'on abrutit les masses en leur inculquant les valeurs par lesquels ils vont devenir les acteurs de leur propre servitude Il suffit de lire les rapports de l'OCDE et l'AGCS pour comprendre qu'il y a une réelle entreprise de démantèlement de l'Education et de la Culture en tant que services publics. Il s'agit de les soumettre à la logique générale du profit. En ce sens bien entendu, l'enseignement des arts à l'école est doublement concerné. . Cependant, il n’y a rien d’inéluctable! Ansi connaissez-vous peut-être cette pétition:

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg

L’école, l’art et la culture: urgences!

Plus de 700 signatures ont été recueillies au 31 décembre 2003 par une pétition qui demande que soit maintenue et développée la place de la culture et des arts à l'école.Texte de la pétition

Citoyens, parents, artistes, enseignants, universitaires, responsables culturels, éducateurs... nous apportons notre contribution au “grand débat” sur le devenir de l'Ecole publique, sur la question de l'art et de la culture dans l'éducation. Plus que jamais, dans un monde fragmenté, soumis au laminage culturel commercial, aux communautarismes rampants, aux pertes des repères... l'école se doit de préparer l'élève à l'interprétation du monde et de ses représentations. La question de l'art et de la culture est aujourd'hui capitale. Depuis plus de vingt ans, de très nombreux enseignants, artistes et médiateurs culturels ont travaillé en “partenariat ” au développement de nouvelles pratiques, permettant à nos enfants de découvrir, puis d'approfondir leur relation à l'art et à la culture dans toutes les disciplines (musiques, arts plastiques, théâtre, photographie, danse, arts du cirque, écritures, cinéma-audiovisuel...) Ce sont les ateliers de pratique, les options artistiques, les fréquentations de structures culturelles, de théâtres, de musées, de cinéma... Ce sont les jumelages entre établissements scolaires et artistiques, les résidences d'artistes, les classes culturelles... Ce sont les innombrables présences d'artistes au sein des classes, dans de nombreux projets artistiques et culturels... La plupart des gouvernements successifs ont apporté leur pierre à l'expérimentation, puis au développement de ces actions et un récent Plan à cinq ans se proposait de généraliser ces pratiques. Les récentes orientations du ministère de l'Education nationale privilégient les seuls enseignements et minorent ainsi les formes plus ouvertes de “projet partenarial” avec les artistes, les structures culturelles... La place de la culture et des arts à l'école semble absente du “Grand débat” et de la réflexion sur le devenir de l'école.

22 questions ont été élaborées par la commission nationale chargée du Grand débat, portant sur :

Les valeurs de l'école républicaine ? Les missions de l'école ? Vers quel type d'égalité doit-elle tendre ? Le socle commun de connaissances, de compétences et de règles de comportement à maîtriser ? L'adaptation à la diversité des élèves ? Comment motiver et faire travailler efficacement les élèves ? Les modalités d'évaluation ? L'orientation ? Comment les partenaires extérieurs peuvent-ils favoriser la réussite scolaire ? La prise en charge des élèves en grande difficulté ? La lutte efficace contre la violence et les incivilités ? Les relations entre les membres de la communauté éducative ? La qualité de la vie des élèves à l'école ? La répartition des responsabilités de l'Etat et des collectivités territoriales ? Les métiers de l'école ? La formation des enseignants ?... Chacune de ces questions peut trouver, dans les projets d'éducation artistique et culturelle, un élément de réponse majeur. Nous demandons:

> que la dimension artistique et culturelle soit inscrite aux programmes de l'école, dès le plus jeune âge et tout au long de la scolarité, permettant de multiples projets d'expression et de fréquentation des oeuvres

> que soit développée la politique d'ouverture et de partenariat entre les établissements scolaires et les professionnels de l'art et de la culture

> que tous les moyens soient accordés, par l'Etat et les collectivités territoriales, au développement de ces pratiques : le temps, l'espace, les projets, les formations, les financements...

Cette pétition d'initiative citoyenne a reçu, au 31 décembre 2003 , 724 signatures d'artistes, responsables culturels et éducatifs, enseignants, parents... parmi lesquels :

ABIRACHED Robert Professeur émérite Paris X Paris3
ADOLPHE Jean-Marc Rédacteur en chef revue Mouvement Paris
AVRON Philippe Auteur Comédien Issy-les-Moulineaux
AZAGURY Odile Chorégraphe Cie Les Clandestins Poitiers
BESNEHARD Daniel Secrétaire général Théâtre national populaire Lyon
BLANDIN-ESTOURNET Christophe Parc et Grande Halle de la Villette Paris
BODSON Lucile Dir Institut international de la marionnette Charleville Mézières
BORDEAUX Marie-Christine Chercheur Université Avignon
BOSELLI Anne-Laure Directrice de Danse au coeur Chartres
BOSSEUR Jean-Yves Compositeur, Directeur de Recherches CNRS
BRUGUIERE Jean-Noel Responsable culturel CEMEA Paris
BUISSON Georges Administrateur Palais Jacques C¦ur Bourges
CARASSO Jean-Gabriel Directeur de l'OiZeau rare Paris
COUTANT Philippe Directeur Maison de la culture Loire Atlantique
CRESPIN Michel Fondateur du Festival d'Aurillac / FAIAR Marseille
DASTE Catherine Directrice des Rencontres de Pernand Pernand- Vergelesses
DRUBIGNY Gérald Directeur de Europe.Arts Paris
DUSIGNE Jean-François Professeur des Universités Amiens
EL AZAN Nabil Metteur en scène Sceaux
ENGELBACH Jean-Pierre Editeur de théâtre Paris
FAVEY Eric Secrétaire national Ligue de l'Enseignement Paris
FIEVET Stéphane Metteur en scène directeur du Salmanazar Épernay
FRIZE Nicolas Compositeur Paris
GARLAN Alain Théâtre Gérard Philipe Saint-Denis
GAUTIER Nicole Directrice Théâtre de la Cité internationale Paris
GRUMBERG Jean-Claude Ecrivain Paris
GUITART Cecil Adjoint au Maire Grenoble
JOLIVET Michel Directeur, La Maison du Conte Chevilly-Larue
KERLAN Alain Dept sciences de l'éducation, Université Lyon 2 Lyon
LACOSTE Jean-Pierre Directeur de l'ODIA Normandie Rouen
LALLIAS Jean-Claude Enseignant IUFM / Créteil Conseiller théâtre Paris
LAMARRE Chantal Directrice de Culture Commune-scène nationale Pas-de-calais
LE GREVELLEC Nelly Directrice Théâtre Dunois Paris
LEMAHIEU Daniel Ecrivain de théâtre, Maître de conférences Paris III Paris
LOYON René Metteur en scène Paris
MAUPIN Isabelle Conseiller régional Creil
MEIRIEU Philippe Professeur d¹université Lyon
MNOUCHKINE Ariane Théâtre du Soleil Paris
ORY Pascal Historien. Professeur à la Sorbonne Paris
PAREJA Jean-Claude Très tôt théâtre Quimper
PARIENTE Thierry Directeur adjoint du Th. de l'Union, CDN Limoges
PERARD Hervé Maire adjoint culture Évry
PICON-VALLIN Béatrice Directrice de recherches au CNRS Paris
RAMPONI Daniel Directeur Le Manège / Scène nationale La Roche/Yon
RANCILLAC François CoDirecteur Comédie de Saint-Etienne CDN Saint-Etienne
RENUCCI Robin Comédien
RIZZARDO René Retraité Grenoble
RYNGAERT Jean-Pierre Professeur des universités Paris
SAEZ Guy Directeur de recherche au CNRS, IEP Grenoble
TAQUET Henri Directeur du Granit, scène nationale Belfort.
VINAVER Michel Ecrivain Paris
WALLACH Jean-Claude Directeur Art, culture et développement Paris
WALLON Emmanuel Maître de conférences Université Paris X Nanterre
YENDT Maurice Théâtre des Jeunes Années/CDN Lyon
YERSIN Claude Nouveau théâtre d¹Angers/CDN Angers
et Le SYNDEAC Syndicat National des Entreprises Artistiques et Culturelles

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From: Marie Do Freval

Sent: Saturday, January 10, 2004 10:09 AM Subject: Re: [EcriThéa] Pétition

Bonjour est ce une pétition que l'on peut signer ? et alors où est le mode explicatif ? il y a beaucoup de pétitions caduques qui circulent ! pouvez vous vérifier me donner ces informations complémentaires ? merci d'avance marie-do fréval


From: Philippe ABSOUS

Sent: Saturday, January 10, 2004 10:11 Subject: Re : [EcriThéa] Pétition

Bravo Dimitri ! Tu as raison, rien n'est inéluctable. Résistons ! Ph Absous


From: Dimitri Wagner

Sent: Saturday, January 10, 2004 11:08 AM Subject: Re: [EcriThéa] Pétition

Bonjour,

Ce n'est pas un hoax, mais il semblerait que la phase de signatures soit terminée puisque la pétition a été envoyée...

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg

Voici ce qu'en dit Le Monde :

Une pétition en faveur de l'enseignement de l'art à l'école LE MONDE | 07.01.04 | 14h04

Plus de 700 personnes - responsables culturels, artistes, universitaires, enseignants et parents d'élèves - ont signé une pétition intitulée "L'école, l'art et la culture : urgences !" qui constitue leur " contribution au grand débat sur l'éducation". Les signataires proposent d'inscrire "dès le plus jeune âge et tout au long de la scolarité" la présence de l'art et de la culture à l'école et souhaitent voir se développer une " politique d'ouverture et de partenariat entre les établissements scolaires et les professionnels de l'art et de la culture". Ces mesures devraient, selon eux, s'accompagner d'une augmentation des moyens accordés par l'Etat et les collectivités territoriales. La pétition a été adressée, lundi 5 janvier, à la Commission du débat national sur l'avenir de l'école, à Paris. Parmi les signataires figurent notamment Ariane Mnouchkine (directrice du Théâtre du Soleil), Robert Abirached (professeur émérite à l'université Paris-X), Bernard Allombert (directeur du Grand Bleu, à Lille), Lucien et Micheline Attoun (codirecteurs du Théâtre ouvert), Jean-Claude Berutti et François Rancillac (codirecteurs de la Comédie de Saint-Etienne), Jean-Noël Bruguiere (responsable culturel Cemea), Jean-Gabriel Carasso (directeur de l'Oizeau rare), Nicole Gautier (directrice du Théâtre de la Cité internationale), Jean-Claude Pareja (directeur de l'association Très Tôt Théâtre), Michel Vinaver (écrivain), Maurice Yendt (codirecteur du Théâtre des Jeunes Années), Catherine Treilhou-Balaude (directrice de l'Institut d'études théâtrales de l'université Paris-III), Jean- Yves Bosseur (compositeur, directeur de recherches au CNRS). • ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 08.01.04


From: Dimitri Wagner

Sent: Saturday, January 10, 2004 7:21 PM Subject: Re: [EcriThéa] Pétition

Bonjour,

Le 10 Jan 2004, à 9:11, Philippe ABSOUS a écrit: > "Bravo Dimitri ! Tu as raison, rien n'est inéluctable. Résistons !"

Ce qu'ont fait l'autre soir encore à la fin de la représentation les comédiens d'Oncle Vania au TNS en rappelant la situation. Ce que font chaque jour de nombreuses compagnies en Alsace et ailleurs... en lisant des textes; en étant présents partout là où on ne les attend plus... Bien sûr, cela peut sembler dérisoire et plus pathétique qu'autre chose surtout après le 1er janvier. Mais dans cette situation je crois que le silence est pire que tout !

"Ui und der Rest ! Wo seid ihr ? Helft ! Stoppt keiner diese Pest ?"

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg


From: Yves Heurte

Sent: Sunday, January 11, 2004 1:21 AM Subject: RE: [EcriThéa] Pétition

Les idées que tu formules ici, Dieu merci deviennent une prise de conscience générale. J'ai commencé à la prêcher (dans le désert ) sur le net il y a des années, sur le carnet interdit, puis sur pages libres que j'ai fondé, et sur francopolis. Voici si cela vous intéresse un débat que j'avais engagé il y a quelques jours sur pageslibres avec un membre qui se laissait blouser par les médias. (il y a des fragments de texte et à la suite mes réponses.)

**************

Dans ta réponse tu répands, comme beaucoup, la version patronale relayée par la presse et les médias auxquelles les intermittants n'ont pas eu droit. Ces informations sont au moins orientée, au pire mensongères et je vais répondreà ta lettre, sans animosité. (Je ne suis ni engagé politiquement, ni intermittant, bien que travaillant avec eux comme auteur de théâtre.) Tu dis, de bonne foi:

**************

Je suis bien d’accord avec tout ce qui se dit là, que je trouve juste à la fois sur le plan des idées et de leur formulation. Sauf peut-être sur un point qui est celui des intermittents du spectacle. On met sur le dos du seul patronat un accord qui a été signé aussi par des organisations syndicales.

**************

Réponse:

Faux. Les organisations syndicales qui ont signé sont d'une part très minoritaires dans la profession et d'autres part sont inscrits dans ces syndicats ceux qui abusent du titre d'intermittents du spectacle et n'ont rien à voir avec le spectacle vivant. Ce sont eux qui pour beaucoup par des emplois qui devraient en faire des fonctionnaires ou des salariés purs et simples ou des employés de grosses boites bénéficient illégalement de ce statut. Ils avaient donc tout intérêt à signer l'accord, celui dont ils dépendent étant le patronat. Ils n'avaient aucune envie qu'on remette en question leur statut d'intermittant....

Il faut savoir que l'état a parmi ses travailleurs habituels qui sont légalement des fonctionnaires au titre de la loi dix sept pour cent qui travaillent au noir , aussi incroyable que ce soit. Ce qui permet à l'état de ne pas cotiser pour les charges sociales et de ne pas leur donner le statut de fonctionnaire.

***********************

Ne pas reconnaître que les intermittents contribuaient – à leur corps défendant - à un déficit déjà abyssal de l’Unedic, c’est se voiler la face.

***********************

Personne ne se voile la face sur ce fait réel mais mal présenté. Personne n'a dénié à l'état de faire des réformes. Mais il se trouve en situation ainsi que le patronat de ne pas pouvoir engager un débat sur le fond.

D'une part c'est le patronat et les grosses entreprises qui ont pour une part la responsabilité du déficit en déclarant comme Intermittants des employés qui ne le sont pas. Les motifs des actions des intermittants sont de faire reconnaître en France le spectacle vivant comme institution et non comme un commerce mercantile (ce que voudraient et l'état et le patronat suivant en cela l'exemple américain. ) Il y a en France des catérogie qui comprennent des centaines de milliers de salariés qui travaillent et cotisent moins que les intermittants et qui ont des régimes de retraite infiniment plus rémunérateurs et un salaire égal toute l'années alors que leur nombre de jours chomés dépasse celui des jours de travail. Ce sont les enseignants. Mais si l'on touche au moindre de leurs statuts c'est le gouvernement qui se trouve en difficulté et le ministre saute.

**********

Et en tant que salarié du privé, je ne me sens pas de vocation de mécénat vis à vis de la culture, dans la durée. Même modestement. De la même façon que je ne me sens pas solidaire du maintien des avantages acquis de la fonction publique en matière de retraite, par exemple.

*******

Il ne s'agit pas de mécénat de la culture. Dans le budget national la culture est celui qui rapporte le plus avec le minimum d'investissement et on l'oublie trop. C'est la vache à lait. Car la culture c'est aussi le disque la télé le cinéma, les redevances etc...qui sans artistes ne rapporteraient pas et engrangent plus dans les caisses de l'état que l'industrie automobile .

*

Les intermittents sont des travailleurs comme les autres qui concourent à leur manière au bon fonctionnement de notre société. Mais ni plus ni moins que ceux qui comme moi, fabriquent des transmissions automatiques pour les voitures. Leur maintenir un statut dérogatoire du droit commun des participants de l'assurance chômage me choque quelque peu car je ne vois pas pourquoi les intermittents seraient mieux traités que tous ceux qui dans notre société sont victimes de la précarité des emplois (cdd, stagiaires, emplois à temps très partiels dans le commerce, etc...).

* Réponse : Parce que les intermittents artistes dans leur grande majorité, comme lesécrivains, font partie de ceux que tu cites. Leurs revenus moyens sont inférieurs au smic. Quant aux écrivains dont je suis, cinq à dix pour cent vivent de leurs écrits, et ce sont souvent des écrits sur commande des grandes maisons d'édition ou des animations scolaires. La différence entre les artistes et les employés même précaires c'est que chez le créateur le travail est précaire mais aussi la rémunération. Un salarié pour un an de travail va toucher un salaire d'un an, et dans l'immédiat. Un écrivain peut travailler un an sur un roman sans avoir la moindre assurance que son travail recevra un sou de rétribution. Il peut travailler des mois sur une pièces de théâtre mais si le public ne vient pas, non seulement il n'aura rien gagné mais il sera lourdement endetté....Dans le meilleur des cas, le tirage et la vente d'un ouvrage étant donné l'écrasement des droits d'auteurs depuis quelques années devra atteindre des ventes importantes rarement atteintes avant qu'il puisse en vivre. Et de toute façon, pour un travail qui lui aura demandé six mois ou plus, un romancier ne touchera rien avant un an et demi après la parution, c'est à dire trois ans après l'écriture en moyenne et n'aura aucun contrôle sur la validité des ventes que l'éditeur lui aura attribuées. Dans beaucoup de cas, le rapport de force est tel que l'éditeur ne donnera rien et si l'auteur réclame il perdra tout travail .

Pour les troupes de théâtre la situation est aussi fragile. Les frais de mise en oeuvre seront souvent couverts en empruntant aux banques sans garantie que les rentrées d'argent les couvriront tant ces rentrées sont aléatoires. Rares sont les comédiens qui gagnent décemment leur vie hors des médias.

***********

Ceci dit, le maintien de ce statut même moins favorable que le précédent par les signataires me convient finalement bien. (il tempère ma radicalité parfois excessive ! o:)) )

*

Je crois qu'il y a une ignorance générale en France de la part du public du fait que la culture qui veut créer avec une liberté relative étant en compétition avec la culture spéculative celle ci a actuellement des plans rigoureux pour la limiter à l'amateurisme et favoriser par contre tout ce qui est culture assurée de rentabilité privée. S'assurer de la domination des produits sur commande sur les produits qui y échappent. Le système d'édition américain y a abouti. Les créations représentent dans les cinq pour cent de ce qui est publié. Le patron de la plus grande maison d'édition U.S n'a-t-il pas déclaré qu'il était pour la disparition totale de l'auteur créateur ?

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Ce qui ne veut pas dire que je sois contre toute forme de soutien à la création. Je pense dur comme fer que la création doit être aidée et l’accèsà la culture facilité pour le plus grand nombre. Je pense simplement qu’il s’agit là d’un rôle qu’il appartient à l’état et aux collectivités locales de tenir, sur leur budget. En d’autres termes, il s’agit d’un choix politique.

***

Et c'est exactement le contraire de ce que font l'état et certaines collectivités. Le budget de la culture en France est dans la plus grande part un budget de prestige. (Pompidou, l'opéra, le monde arabe, la grande bibliothèque rien que pour leur fonctionnement consomment le tiers de tout le budget culture). Chaque place à l'opéra coute 500 francs par soirée au contribuable. Un seul décor de Patrice Chéreau suffirait à faire vivre 80 troupes de théâtre en province. Voilà où va réellement l'argent.

*

En la matière je suis frappé de voir que l’argent n’est pas toujours bien employé. L’essentiel des budgets de la culture va aux frais de fonctionnements d’organismes lourds financièrement (opéras, orchestres philharmoniques, compagnies de théâtre, grandes bibliothèque, etc…) dont les personnels se battent bec et ongles pour obtenir des statuts favorables (ce qui est parfaitement légitime en soi) mais qui sont loin de profiter au plus grand nombre. Une exception notable, le cinéma que je crois être un produit à la fois culturel et commercial. De ce point de vue, je me réjouis par exemple qu’un film comme " Le fabuleux destin d’Amélie Poulain " ait été préfinancé. Il importe peu à cet égard que ce film ne soit pas un chef d’œuvre du cinéma universel. Compte finalement le plaisir de ceux qui s’en sont distrait.

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Le bon film dont tu parle a reçu un préfinancement faible et a rapporté des sommes énormes à l'état. Qu'en a-t-il fait ? Qui en a profité ? Pour quel usage ?

*****

J’ai été outré qu’un spectacle subventionné par la Région Alsace ait donné lieu à une distribution massive de places gratuites aux personnels de cette administration. Bref, l’argent ne va peut-être pas là où il devrait aller, ce qui là encore est une question politique.

Bref, le soutien de la création ne relève pas, de mon point de vue, de l’ Unedic. Ni de près, ni de loin. Ce sera mon seul point de désaccord avec les propos tenus ci-dessous.

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La distribution de places gratuites est un mode de lancement généralisé. Le public ne vient pas spontanément à un spectacle et n'en parle que s'il l'a vu.

La création ne relève pas de l'UNEDIC, ni l'UNEDIC de l'état. . D'abord, ce n'est pas tellement l'état qui soutient actuellement la création mais les collectivités locales pour une large part. Et elles dépendent des politiciens, sponsors, etc. Un auteur qui veut faire jouer une pièce est devant une course d'obstacles qui finalement décourage. Le décideur n'aura que rarement lu la pièce.Celui qui écrit est dans la même situation pour l'édition. La réalité du pouvoir quant au choix de ce qui sera publié glisse de plus en plus des comités de lecture aux conseils d'administration, c'est à dire aux actionnaires, qui décident avant toute publication quel sera le prochain best seller. (preuves à l'appui. Quand une maison d'édition tire à 100.000 d'emblée c'est qu'elle a des garanties)

*

Quand à dire que la multitude croissante des lieux de création sont des lieux de pouvoir qui échappent au patronat, c’est peut-être aller un peu vite en besogne. Je crois beaucoup plus prosaïquement que l’argent se raréfie et que quand l’avoine vient à manquer, les chevaux se battent à l’écurie. Mais ceci est une autre histoire !

*

Oui, c'est une autre histoire. Comme j'ai tenté de te le dire, il y a actuellement une tentative de mise au pas de tout ce qui est culturel et liberté de pensée par l'argent. La raréfaction de l'argent pour l'expressions culturelle est programmée et délibérée. Il n'y a pas multiplication de lieux culturels mais multiplication de ceux qui veulent faire eux-même les choses, même dans les plus grandes difficultés. Paradoxalement ces structures peuvent acquérir une grande liberté et inquiètent les politiques parce qu'elles ne manient pas de grosses sommes. . Et je pense que le bouillonnement associatif est pour le moment le seul lieu de résistance contre le totalitarisme réel qui avance peu à peu sans qu'on s'en rende compte. Le débarquement de Lepen n'est pas un hasard. Ce n'est pas non plus un hasard, quand le F.N prend une ville si c'est aux associations qu'il s'attaque en premier.Sous des apparences libérales la censure monte dans l'édition. Il y a des sujets qu'on ne peut plus aborder, mais personne ne sait dans le public ce qu'il n'aura pas le droit de lire.( Mon dernier bouquin, Journal de Nuit, qui n'avait trouvé aucun éditeur en France a dû passer par Alan Sutton éditeur Anglais pour débarquer en Français sur le marché français)

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Je garde pour la fin ce que j'estime essentiel : les intermittants sont des gens qui gagnent mal leur vie mais font vivre le pays en étant les grands pourvoyeux de travail gratuit et d'activités bénévoles, ce qui les différencie des salariés. La montée associative actuelle s'appuie sur ces vrais professionnels qui acceptent de renoncer non seulement à leur retraite mais à leur salaire pour que puissent vivre théâtre, chorales, ateliers d'écriture, manifestations les plus diverses où ne s'expriment pas seulement le mercantilisme plus ou moins déguisé..

Ouf !

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From: Dimitri Wagner

Sent: Sunday, January 11, 2004 11:51 AM Subject: RE: [EcriThéa] Pétition

Bonjour,

Réponse à Yves Heurte

D'accord avec l'essentiel. Juste deux ou trois remarques.

Première remarque:

Il y a une logique argumentative qui se généralise actuellement en Europe (sur les conseils d'ailleurs de l'OCDE...) Cette logique suit le raisonnement suivant :

1/ On part du constat de l’état déplorable dans lequel se trouve un service public, une institution, un organisme public ou une corporation donnée (système de l’intermittence, état de la recherche, régimes des retraites, assurance sociale, éducation nationale, etc.. ). Au besoin on en rajoute sur ce mauvais état, jusqu’à déclarer la très prochaine faillite du système.

2/ On trouve la cause de la situation catastrophique dans les difficultés financières (réelles souvent et indéniables effectivement) dans lesquelles se trouvent ces services ou organismes.

3/ Et c’est là que tout se joue ! On signale l’incapacité pour l’Etat de résoudre le problème avec ses “ maigres ” moyens et l’on propose une solution qui revient à refiler le bébé au domaine privé, d’une part en faisant porter les charges financières aux particuliers et d’autre part, dans le même mouvement en proposant aux sociétés privées le profit d’un tel transfert. Il s’agit là d’un processus extrêmement grave parce qu’il va à l’encontre de tout ce que les régimes démocratiques ont cherché à construire depuis la vieille Athènes (idéal d’une cité juste basé sur la res publica) Je ne crains pas de dire qu’une telle démission de l’Etat qui se vend aux grandes sociétés pourrait être qualifié de haute trahison! Le caractère totalement pervers d’une telle démarche réside dans le fait que l’on exploite un problème réel afin d’imposer la sauvagerie d’un libéralisme basé sur la recherche d’un profit immédiat et lequel, à long terme, débouchera sur une complète désorganisation des sociétés occidentales. Objectivement on crée les conditions d’une situation pré-révolutionnaire que l’on combattra naturellement en rendant chaque jour la société plus totalitaire ( et je n’utilise pas ce terme à la légère!)

Deuxième remarque:

Cette logique générale s’attaque donc tout naturellement en premier aux domaines de ce qui semble économiquement inutile car, encore, dans la générosité du gratuit ou plutôt du souverain au sens où G. Bataille entendait ce terme, c’est-à-dire de profondément érotique dans la mesure où l’érotisme est “l’acceptation de la vie jusque dans la mort” et s’oppose par le fait que l’on s’y dépense sans compter à la simple fornication reproductive qui cherche le profit d’une survie, peu importe à quelles conditions. Ce que je veux dire par là, c’est que les intermittents se trouvent peut-être aujourd’hui attaqués parce qu’il y a sans aucun doute un problème réel de financement et qui n’a jamais été à ce jour sérieusement posé (malgré les propositions répétées d’Etat des lieux ou d’Etat généraux) , mais aussi parce qu’ils sont la face économique de quelque chose qui s’est toujours situé par- delà le bien et le mal de l’économie, dans la souveraineté de la jouissance. Or, c’est bien aussi de cela qu’il s’agit: du fait que l’Art a toujours été insupportable au bourgeois à moins de le réduire à la dimension rassurante du commerce.

“Et en tant que salarié du privé, je ne me sens pas de vocation de mécénat vis à vis de la culture, dans la durée. Même modestement. De la même façon que je ne me sens pas solidaire du maintien des avantages acquis de la fonction publique en matière de retraite, par exemple.”

C’est effectivement sur des craintes et des considérations petites-bourgeoises de ce type que les barbares du néolibéralisme peuvent compter. On n’imagine pas à quel point dans la perversité simplificatrice d’un tel raisonnement la propagande est active. (cf. les cahiers de l’OCDE, n°18 je crois) Comme si, le nivellement par le bas devait être la règle. La frustration sociale, constamment entretenue ( faire baver le M6ziquien moyen sur la vacuité glamoureuse de la lointaine et naturellement inaccessible jet set. ) rend insupportable l’idée que quelqu’un comme soi pourrait avoir plus que soi est inenvisageable que l’on a le droit de posséder ce pourquoi on a lutté dans un juste combat, et que cela peut se partager. Comme il ne vient pas à l’idée de cette restauratrice privée de clients par le festival annulé et voulant porter plainte contre les Intermittents que c’est grâce à eux qu’il y a du monde dans son trou perdu !!! Comme s’il n’était plus possible de se penser autrement que comme une victime passive qui cherche juste à survivre. Hegel appelle cela un esclave.

Et ça c’est le pire! “Leur maintenir un statut dérogatoire du droit commun des participants de l'assurance chômage me choque quelque peu car je ne vois pas pourquoi les intermittents seraient mieux traités que tous ceux qui dans notre société sont victimes de la précarité des emplois (cdd, stagiaires, emplois à temps très partiels dans le commerce, etc...).”

En un mot, soyons tous esclaves!!! En clair et crûment: il n’y a pas de raison pour que quelqu’un se fasse moins baiser que moi. Quelqu’un qui parle comme cela est déjà mort.

Troisième remarque:

L’offensive est générale mais l’attaque ne porte à chaque fois que contre un domaine ou une catégorie donnée. Du coup les réactions, sont sectorielles et semblent corporatistes. Les syndicats sont, pour la plupart, consciemment ou on, objectivement complices de ce morcellement en tant qu’ils ne pensent pouvoir mobiliser leurs bases que sur des menaces concrètes immédiates. Mais en tant aussi qu’ils luttent souvent aussi pour leur simple survie et adoptent du coup la position de l’esclave. Aussi, si nous ne voulons pas TOUS nous laisser manger tout crus par le Moloch, il faut une réelle solidarité et surtout comprendre que la meilleure défense c’est l’attaque !

Cordialement Dimitri Wagner

Strasbourg


From: Marie Do Freval

Sent: Saturday, January 31, 2004 9:14 AM Subject: [EcriThéa] Nouvelles Écritures Scéniques

A vous tous je participe aux Nouvelles Écritures Scéniques en lisant deux textes : le monologue de Louise Doutreligne " La bancale se balance " et " Promenades " de Noëlle Renaude ( voir lieux et horaires plus bas ) Venez découvrir l'ecriture de deux femmes

Et profitons en pour se voir ! marie-do Fréval

[détail des journées supprimé]

Suivez l'événement des Nouvelles Ecritures Scéniques - extraits sonores et photos - sur theatre-contemporain.net. RENSEIGNEMENTS, RESERVATIONS THEATRE 95 Tel. 01 30 38 11 99 http://www.theatre95.fr

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From: Jean-François Jacobs

Sent: Sunday, February 01, 2004 6:51 PM Subject: Re: [EcriThéa] Nouvelles Écritures Scéniques

Appel aux projets

La Cie Les Terribles Enfants organise le Festival des Arts Mort-nés fin juin.

Pour ce, nous recherchons des artistes (troupes de théâtre, écrivains, musiciens, peintres, photographes, sculpteurs, BD, court-métrage.) qui ont du mal à promouvoir leur travail. Grâce à cette initiative, il leur sera possible de se montrer pour que l'on puisse peut-être, un beau jour, les reconnaître. Nous désirons rencontrer des « artistes » ou des personnes bénévoles souhaitant participer de près ou de loin à l'événement... Pour contacts ou informations :Les Terribles Enfants, 58 boulevard du midi, à 1000 Bruxelles. lefestivaldesartsmort_nes@hotmail.com


From: Bruno Liviero

Sent: Thursday, February 12, 2004 8:17 AM Subject: [EcriThéa] Appel texte jeune public

Nous avions parlé, voilà quelques semaines, d’une « manifestation » qui se tenait à Lyon… Il s’agissait d’envoyer une pièce qui serait lu par un comité de lecture. L’un d’entre vous aurait-il des précisions, car tout cela est bien vague.

Disposant d’une structure et d’un cadre afin de jouer, j’essaye de bâtir un projet afin de monter l’une de vos pièces durant la saison 2005-2006. Il s’agit d’un spectacle jeune public, joué par des adolescents, devant un auditoire pour qui le français n’est pas la langue maternelle. Le spectacle serait diffusé au Luxembourg devant des classes et il y aurait une couverture médiatique, ces représentations étant là pour célébrer le cinquantenaire d’une association importante au Luxembourg. Si certains sont intéressés, ils peuvent me contacter. La durée du spectacle doit être environ de 90mn. Amicalement

Bruno


From: Philippe ABSOUS

Sent: Thursday, February 12, 2004 9:58 AM Subject: [EcriThéa] Re: [EcriThéa]

Bonjour bruno. Voici les renseignements que tu cherches sur les journées de Lyon

Les Journées de Lyon des auteurs de théâtre» ont pour objet de repérer, de faire connaître et de promouvoir des textes d'écriture théâtrale contemporaine, au sens le plus large du terme. Sont ainsi recueillis des textes d'expression française qui n'ont jamais été ni joués ni publiés, et qui ne sont pas des traductions ou des adaptations de textes dramatiques étrangers. Vous trouverez tous les renseignements nécessaires sur le site : http://www.auteursdetheatre.org Date limite de dépôt des manuscrits : le 31 mars 2004

D'autre part, j'ai un texte en 14 tableaux, "le fil du rasoir" qui raconte les joies et déboires survenant au cours de la création d'une troupe de théatre. Chaque scénette est indépendante, on peut en jouer 1,2,3,9...14. Distribution variable de 1F2H à 12F21H... maximum 2 heurs si l'on joue l'ensemble. Quelques titres de scènes : le trou, le trac, mise en scène, la remplaçante... Cordialement philippe ABSOUS


From: Pascal MARTIN

Sent: Thursday, February 12, 2004 1:42 PM Subject: [EcriThéa] Le Proscenium : Nouvelles de janvier 2004

Pour ceux qui écrivent et qui souhaiteraient publier (gratuitement) leurs textes sur internet, je vous présente le site http://www.leproscenium.com

La vocation du site Le Proscenium est de publier gratuitement des textes de théâtre d'auteurs francophones contemporains non édités.

L'objectif est de permettre à des auteurs de faire connaître rapidement, simplement et gratuitement leurs textes. C'est aussi d\'offrir la possibilité aux compagnies et troupes de découvrir tout aussi aisément des textes inédits. Et au final de faire profiter le public de cette rencontre.

En janvier, 37 nouvelles pièces ont été publiées. Cela porte le répertoireà 290 textes de 118 auteurs.

[détails supprimés, visitez le site : http://www.leproscenium.com]


From: Danielle Vioux

Sent: Friday, February 13, 2004 1:17 AM Subject: Re: [EcriThéa]

en ce qui concerne lyon j'ai cru comprendre (mais je me trompe peut être) qu'il s'agit des journées d'auteurs (annuelles je crois) de la médiathèque de vaise place valmy lyon (j'avais envoyé un texte l'année dernière) pour le texte à jouer en as tu un déja ou en cherches tu un? peut on t'en proposer? en ce qui me concerne , côté jeune public j'en ai 2 possibles, mais l'un fait environ 30 mn et l'autre 45 (maxi) mes cordonnées sont sur le site des auteurs de l'ombre

danielle vioux

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From: bruno liviero

Sent: Friday, February 13, 2004 1:20 PM Subject: [EcriThéa]

Chère Danièle, Merci de ta réponse… Je n’ai pas encore trouvé de textes. Je ne parviens pas à trouver tes coordonnées sur le site dont tu m’as parlé. Merci. Bruno


From: Danielle Vioux

Sent: Friday, February 13, 2004 11:48 PM Subject: Re: [EcriThéa]

mon adresse mail [supprimé]

auteurs de l'ombre http://www.auteurs de l'ombre .com

puis aller ds rubrique "les auteurs" ou sur banque de données avec les résumés et caractéristiques des pièces des auteurs de ce collectif

les 2 textes jeunes public dont je te parlais ne sont pas encore répertoriés là , donc tu peux m'écrire ou m'appeler [supprimé] sinon tu peux voir aussi le site de "sur les planches" (souvent des messages sur ce forum)il y a de nombreuses pièces en ligne ou le catalogue de "art et comédie" sur internet aussi sinon selon ta région voir une bibliothèque spécialisée : dans ma région par exemple celle du CNEC la chartreuse de villeneuve lès avignon ou celle du théâtre de la Minoterie à Marseille. amicalement. Danielle


From: Lou Pelle

Sent: Sunday, February 15, 2004 12:54 AM Subject: Re: [EcriThéa] Le Proscenium : Nouvelles de janvier 2004

Je crois qu'il faut se montrer vigilent avec cette diffusion anarchique qui ne revendique aucun droit de paiement pour les droits d'auteurs. Aucun frais à l'accès aux textes. L'écriture doit rester ce qu'elle est rare et sacrée. Levol de textes, d'idées existe. Je suis contre ce genre de diffusion à tout vent. Lou

Sent: Sunday, February 15, 2004 12:57 AM Subject: Re: [EcriThéa]

Bruno, Il y aura toujours ceux qui promettent et ne tiendront jamais leur promesse... Bref, je me suis renseignée de mon côté car j'étais dans la même déveine que toi.Je te réponds : va faire un tour sur le site de la sacd et tu trouveras la réponse. Si tu ne t'en sors pas dans tes recherches, lance de nouveau un message. Lou


From: Pascal MARTIN

Sent: Sunday, February 15, 2004 12:48 PM Subject: Re: [EcriThéa] Le Proscenium : Nouvelles de janvier 2004

Les auteurs qui publient sur le site le font en toute connaissance de cause et en toute liberté. Ils ne sont pas non plus obligés de publier l'intégralité de leur texte pour conserver un certain contrôle. Beaucoup de textes ont été joués grâce au site et ont généré des droits d'auteur lors des représentatations, ce qui n'aurait pas été le cas sans la publication sur le site. En effet, ces textes étaient dans "les tiroirs" des auteurs et n'étaient ni joués ni édités. Ces textes étaient donc en effet sacrés au sens où personne ne pouvait y avoir accès. Cordialement. Pascal MARTIN webmestre du site : http://www.leproscenium.com


From: Gabrielle Durana

Sent: Sunday, February 15, 2004 6:44 PM Subject: [EcriThéa] Re: [EcriThéa] Le Proscenium : Nouvelles de janvier 2004

Juste pour ajouter mon grain de sel.

Définition du mot sacré:

Main Entry: sa·cred
Pronunciation: 'sA-kr&d
Function: adjective
Etymology: Middle English, from past participle of sacren to consecrate, from Old French sacrer, from Latin sacrare, from sacr-, sacer sacred; akin to Latin sancire to make sacred, Hittite saklAi- rite
1 a : dedicated or set apart for the service or worship of a deity <a tree sacred to the gods> b : devoted exclusively to one service or use (as of a person or purpose) <a fund sacred to charity>
2 a : worthy of religious veneration : HOLY b : entitled to reverence and respect
3 : of or relating to religion : not secular or profane <sacred music>
4 archaic : ACCURSED
5 a : UNASSAILABLE, INVIOLABLE b : highly valued and important <a sacred responsibility>
- sa·cred·ly adverb
- sa·cred·ness noun

Désolée, je sais, je sais. Mais le seul dictionnaire décent que j´avais sous la main, c´était le Webster. Je crois que vous avez tous les deux raisons. Soyons constructifs. Chacun prend ce qui l´enrichit dans ce forum. Cordialement, Gabrielle

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From: Lou Pelle

Sent: Sunday, February 15, 2004 8:16 PM Subject: Re: [EcriThéa] Re: [EcriThéa] Le Proscenium : Nouvelles de janvier 2004

Je suis pour la connaissance telle la bibliothèque de Babel.Il faudrait que ce site se donne les moyens de ses ambitions et crée une charte d'accès et de déontologie.Un droit de paiement et les références de tous ceux qui consultent.Voilà. J'essai d'être constructive. Je suis auteur.Je vais monter ma première pièce. Et crois moi, on ne me lira pas sur ce site. LOu


From: Gabrielle Durana

Sent: Sunday, February 15, 2004 9:03 PM

Moi aussi je suis auteure. Bonne chance pour ta production. Quelle aventure !


From: Thierry FRANCOIS

Sent: Sunday, February 15, 2004 11:26 PM Subject: RE: [EcriThéa] Re: [EcriThéa] Le Proscenium : Nouvelles de janvier 2004

Bonjour,

Euh... là j'en ai un peu assez. Ce débat sur qui veut publier sans risquer de se faire pirater, qui veut être vu sans se montrer, qui veut être écouté sans être enregistré, qui veut être lu sans être copié... ce débat, je l'ai entendu 1000 fois sur tous les sites diffusant des textes qu'ils soient de théâtre ou autre. Je pensais que Pascal avait répondu très simplement et très clairement... a priori non. C'est bien noté, Lou, on ne te lira pas sur ce site. Tu n'es pas webmaster de ce site et donc, ne te tracasse pas non plus pour la charte déontologico-alambiquée, ce ne sera pas à toi de l'écrire. Lou, je te souhaite une pleine réussite pour ta première pièce. Et je transmets tous mes compliments à Pascal pour la qualité du travail qu'il fournit pour le bien de tous ceux qui lui font confiance.

Thierry FRANCOIS


From: Pascal MARTIN

Sent: Wednesday, February 25, 2004 1:49 AM Subject: [EcriThéa] On peut causer

Ja vais être un peu long, mais étant à l'origine du débat, je me devais d'être aussi exhaustif que possible dans mon exposé.

Je suis content que le débat s'ouvre et j'espère que chacun pourra y apporter une contribution constructive. Ce n'est pas le sentiment que j'avais eu en lisant les premières interventions de Lou qui me semblaient être des affirmations péremtoires et dogmatiques (voir plus bas) plus qu'une invitation au dialogue. La forme écrite d'un forum ne peut pas rendre toutes les nuances de la conversation je suppose.

Ceci étant dit, il ne faut pas tout mélanger : la publication gratuite (pour les auteurs et pour les lecteurs), la protection des oeuvres et le manque de savoir vivre des internautes. Il est interessant que le site Le Proscenium soit à la croisée de tout cela.

Quant à la protection des idées, cela n'existe pas en droit. On protège la réalisation, la concrétisation d'une idée, pas l'idée elle-même

Je fais le même constat concernant le manque de savoir vivre des internautes. Je fréquente assidûment les forums pour répondre à des questions, proposer des textes... je n'ai pratiquement jamais de réponse. A cela 2 attitudes. Soit on continue en se disant qu'il en resssortira toujours quelque chose un jour (c'est mon cas), soit on arrête en se disant que le manque élémentaire de civilité est inadmissible (ce sera peut-être mon cas un jour).

Concernant la protection (ou la vulnarabilité) des textes. Si des solutions électroniques évitant le piratage existaient, Universal et Sony les auraient appliquée depuis longtemps. Donc il faut admettre qu'il n'y a pas de système inviolable. En revanche on peut limiter les risques. D'ailleurs quels sont les risques ? Quels sont les enjeux autour des textes de théâtre ? Risque de plagiat ? OK, admettons. Un plagiaire récupère un texte sur le site, il change le tire, les noms des personnages et un peu le texte. Bien. Si ce texte reste totalement inconnu, je pense que le préjudice sera très faible pour l'auteur originel. Si ce texte devient un immense succès, l'auteur originel qui je suppose s'interesse à l'actualité du théâtre va finir par reconnaître son oeuvre. Comme cet auteur est avisé il avait pris soin de protéger son texte, et il n'aura aucun mal à faire valoir ses droits. Pour qu'une telle hypothèse se réalise, il faudrait que ce texte soit vraiment très très bon et que l'auteur et son entourage "théâtral" (auquel je suppose il fait lire ses oeuvres) ne s'en soit pas rendu compte, car sinon il l'aurait proposé à un éditeur ou à un metteur en scène qui n'aurait pas laissé passer le chef d'oeuvre. Je pense que l'enjeu financier (car au final c'est quand même le seul moteur du plagiat je pense) autour d'un texte de théâtre fut-il bon est très faible. Mais je veux bien qu'on me convainque du contraire, j'aimerais beaucoup d'ailleurs car cela prendrait une allure de revalorisation du rôle de l'auteur.

Sur le site, les textes sont publiés au format pdf, dit non modifiable. C'est purement psychologique si la source est un fichier texte. En effet, on peut faire un copier coller dans Word en 10 secondes. Si le texte était publié comme des pages scannées, la copie serait plus difficile (de l'ordre de quelques dizaines de minutes). Quoiqu'il en soit, si l'enjeu est important (on en revient à cette question) on pourra toujours retaper le texte à la main, mais est-il important cet enjeu ?

Sur le site un auteur a la possibilité de ne publier qu'une partie de son texte afin que les lecteurs se fasse une idée précise du texte. En fin de texte une phrase indique que la totalité du texte peut être obtenue directement auprès de l'auteur en lui envoyant un email. Ainsi l'auteur peut avoir le sentiment de "contrôler" la diffusion de son texte. C'est autant un leurre que la publication au format pdf. Personne ne sait qui se cache derrière une adresse email. Mais allons plus loin, imaginons que l'auteur envoie son texte par la poste pour savoir qui est vraiment cette personne qui s'interesse à son texte. Déjà la question des frais se pose, le lecteur va devoir payer les frais d'envoi. Si c'est dans le même pays, ça va. Si c'est dans des pays différent, c'est plus compliqué, mandat postal ? virement bancaire ? Bref. Imaginons que le lecteur reçoive le texte. Au final, soit il ne lui plait pas et il en informe aimablement l'auteur, soit il lui plait et il monte le texte. Il y a alors 2 options : Option 1 : il joue le jeu et informe l'auteur. Celui-ci en plus de la satisfaction de savoir que son texte est joué (qui pour moi est la première des récompense), percevra des droits d'auteur (si et seulement si il est membre d'une société de perception de droits, comme la SACD en France). Option 2 : il ne joue pas le jeu et monte la pièce sans rien déclarer. Il y a donc préjudice moral et financier à l'encontre de l'auteur. Mais que peut faire l'auteur pour autant ? Rien. A moins que la pièce soit montée dans un rayon de 10 km autour de chez lui, je ne vois pas comment il peut surveiller les lieux de représentations suceptibles de jouer son texte même si il connaît l'adresse du lecteur.

J'ai donc tendance à croire, qu'un lecteur qui respecte les droits de l'auteur (quelque soit le moyen qui lui a permis de lire le texte : téléchargement, réception par email ou par la poste) fera le nécessaire pour déclarer la représentation. A contrario celui qui ne s'en préoccupe pas ne pourra pas être empêché de frauder.

Enfin concernant la rémunération, qui doit rémunérer qui ? Faisons l'hypothèse que le site s'oriente vers une logique marchande et non plus de mécénat comme actuellement. Car si les auteurs sont rémunérés, alors les coûts d'exploitation doivent être couverts : hébergement, connexion, développement et mise à jour du site. Le site propose un service de publication aux auteurs, donc il est logique que ceux-ci remunèrent ce service car ils en tirent profit au travers des droits qu'ils perçoivent lors des représentations. Le site propose un accès aux textes aux lecteurs, donc il est logique que ceux- ci rémunèrent ce service car ils en tirent ensuite un revenu (on espère) lors des représentations et surtout ça les aide à trouver un texte facilement. Mais il faut que les auteurs perçoivent une partie de cette rémunération.

Si l'on compare à l'édition papier, sur un livre vendu 10 euros j'imagine que 1 euro revient à l'auteur, le reste servant à couvrir les frais de l'éditeur. Mais l'auteur a investi pour faire connaître son texte à l'éditeur (frais de copie et d'expédition au minimum) sans garantie d'édition d'ailleurs, alors que sur le site, c'est garanti. Les lecteurs ne sont pas prêts à payer un téléchargement aussi cher qu'un livre, mais imaginons qu'un téléchargement soit facturé. Premièrement cela représente un surcout d'exploitation (paiement en ligne et comptabilité avec les auteurs pour de petites sommes) du site qui devra être financé. Ensuite cela découragera certaines personnes (pas forcément ceux qui ne paieront pas les droits d'auteurs d'ailleurs). Donc les auteurs sont les premiers perdants de la non lecture de leurs textes.

Donc je pose ces questions : combien un auteur est-il prêt à payer pour être publié sur un site ? Combien est-il raisonnable de facturer un téléchargement ? Quel pourcentage de ce prix doit être reversé à l'auteur. Pour info, cela existe déjà, ce sont des éditeurs en ligne, vous pouvez chercher sur le web.

Si il s'était agi de publier des poèmes ou des romans, la question se serait posée différemment. Là il s'agit de publier des textes à jouer et ceux qui les lisent, les lisent pour en choisir un à jouer. J'ai donc considéré que l'enjeu important dans ce projet était de faciliter au maximum la lecture en vue du choix dans le but de la représentation. Faciliter la sélection des textes c'est faciliter le montage des projets des troupes et donc au final l'intérêt de l'auteur. J'ai fait l'hypothèse (mais je me trompe peut-être) que l'intérêt ultime de l'auteur est d'être joué, premièrement parce que c'est une forme de reconnaissance de son travail et deuxièmement parce que c'est une source de revenus plus important qu'un pourcentage sur une petite somme au téléchargement.

Pour conclure, quelques faits vérifiables. Toutes mes pièces ont été jouées grâce à leur présence sur le site et toutes ont fait l'objet d'une déclaration à la SACD au moins une fois (c'est comme ça que je le sais d'ailleurs). Je sais aussi qu'au moins une a été jouée sans être déclarée. D'autres pièces d'autres auteurs publiées sur le site ont été jouées et ils m'en ont informé, les dates et lieux sont sur le site. Il y a 4500 lectures par mois pour 300 pièces actuellement. Si on fait une moyenne simple cela fait 15 lecture de chaque texte par mois. Je ne connais pas de moyen de d'exposer aussi fortement un texte. La moyenne n'a évidemment pas de sens car certains textes sont plus lus que d'autres, mais le nombre de téléchargements est publié aux auteurs pièce par pièce et mois par mois.

Comme je le disais en préambule, je suis ouvert au débat et à l'amélioration du site dans tous les domaines. Ceux qui le fréqentent en tant qu'auteur ou lecteur savent qu'il évolue régulièrement et toujours dans l'optique de faciliter la rencontre entre les troupes et les auteurs au travers des textes. Ce qui est, me semble-t-il, l'intérêt ultime des auteurs. Cordialement

Pascal MARTIN webmestre du site : http://www.leproscenium.com

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From: Nati

Sent: Wednesday, February 25, 2004 2:05 AM Subject: [EcriThéa] Qu'importe?

Pascal, Je dois reconnaître que tes propos ont beaucoup de sens. Je crois que la frilosité de mettre en ligne nos textes provient davantage d'un choix personnel qu'autre chose, et chacun ses lubies et son instinct, -oui un jour, non un autre. Pourquoi? Parce que! Est-ce irrationnel ou manque de lucidité quant à la visibilité de notre travail? Qui sait? Bonne chance et bravo pour ton initiative. Nati


From: Joseph Vebret

Sent: Thursday, March 04, 2004 11:06 AM Subject: [EcriThéa] Gide au théâtre ?

Bonjour, Je cherche à savoir si des ouvrages ou des textes d’André Gide ont déjà été adaptés (et joué) au théâtre. Merci à tous. Joseph Vebret


From: Benoit Lambert

Sent: Friday, March 05, 2004 9:17 PM Subject: [EcriThéa] bonjour, présentation autre forum

Bonjour, Mon nom est Benoît Lambert, je suis étudiant en maîtrise de philo à Paris et j'ai 21. Je viens de créer moi aussi un groupe qui pourrait être complémentaire au vôtre.Afin que vous sachiez de quoi il retourne plus exactement, je vous transmets, en fin de courrier, le mail type que j'envoie pour ma recherche de contact. Mon souhait serait de mettre en place avec vous un partenariat avec ce groupe. Merci de prêter attention à mon projet, Bien cordialement, Benoît Lambert

Bonjour,

Je viens de créer un forum qui a pour ambition de fédérer tous les acteurs possibles dans tous les domaines de la culture(théâtre, spectacle de rue, danse, art plastiques, livres etc. etc.), de les mettre en contact pour qu'ils créent ensemble, mais aussi de permettre à des jeunes talents de s'exprimer et d'être en relation avec des personnes déjà membres des réseaux. Le but est aussi de favoriser les petites structures et de tenter de les faire se rencontrer et annoncer leurs activités via une association et sans doute une publication pour les aider à aller vers leur public potentiel (dans un premier temps étudiants lettres et art qui ont besoin de culture et ne savent pas où trouver "la culture")

Rejoignez nous annoncer vos activités, vous avez tout à y gagner. Parlez en s'il vous plait à vos propres contacts, c'est la seule façon pour que ce groupe parvienne à son but en prenant de l'essor. Il n'est créé que depuis le 21 février et compte à ce jour 39 membres. http://fr.groups.yahoo.com/group/cultureactive/ Si vous désirez en savoir plus sur le projet qui se trouve derrière se forum contactez moi...cordialement, [adresses e-mail supprimées] Benoît Lambert

description du forum: Ce forum a pour ambition de fédérer tous les acteurs possibles dans tous les domaines de la culture(théâtre, spectacle de rue, danse, art plastiques, livres etc. etc.), de les mettre en contact pour qu'ils créent ensemble, mais aussi de permettre à des jeunes talents de s'exprimer et d'être en relation avec des personnes déjà membres des réseaux. Le but est aussi de favoriser les petites structures et de tenter de les faire se rencontrer et annoncer leurs activités via une association et sans doute une publication pour les aider à aller vers leur public potentiel. Si vous êtes acteur de la culture ou spectateur assidu rejoignez nous


From: Joseph Vebret

Sent: Sunday, March 07, 2004 10:20 PM Subject: [EcriThéa] Recherche

Bonjour, Dans le cadre d'une adaptation théâtrale, l'un d'entre vous aurait-il en sa possession le Bulletin des Amis d'André Gide N° 54 (avril 1982), notamment les pages pp. 166-190. Merci d'avance.


From: Pascal MARTIN

Sent: Thursday, March 11, 2004 6:37 PM Subject: [EcriThéa] Les cadavres exquis des auteurs vivants

Bonjour,

Le site Le Proscenium (Bibliothèque de textes à jouer francophones), propose un projet un peu fou à l'échelle de la Francophonie. Cette initiative s'inscrit dans le cadre : De la journée de la Francophonie (20 mars) De la journée internationale du théâtre (27 mars) De la semaine de auteurs de théâtre vivants (20 au 27 mars) De la fête de l'internet (29 mars au 4 avril). Il s'agit de proposer à tous ceux qui aiment le théâtre d'écrire tous ensemble et en toute liberté des textes à jouer, selon le principe du cadavre exquis. Ces textes sont écrits, complétés par les visiteurs. Ils ont été initiés par le webmestre (titre, genre et personnages) et ils doivent maintenant vivre leur vie. Les vies de ces personnages sont entre les mains des visiteurs. A eux d'en faire ce qu'ils veulent. Ils peuvent ajouter une réplique ou dix, préciser les décors, les costumes, la psychologie des personnages. Chaque contribution vient s'ajouter à celles des autres contributeurs. Il y a plusieurs genres, pour que chacun puisse trouver de quoi participer. Si le résultat obtenu est satisfaisant, les textes seront publiés sur le site, libres de droits. Si ce n'est pas le cas, tant pis, il s'agit avant tout de s'amuser et de participer à une expérience inédite. Rendez-vous sur : http://www.leproscenium.com/ListeCadavreExquis.php

N'hésitez pas à apporter votre contribution. --Cordialement Pascal MARTIN webmestre du site : http://www.leproscenium.com

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From: Nati

Sent: Wednesday, March 17, 2004 4:21 PM Subject: [EcriThéa] Avis de lectures (Belgique)

Lectures : "Auteurs à vendre", les 26 et 27 mars à Liège et à Bruxelles , à 20H Dans le cadre de la Semaine Mondiale des Auteurs Vivants. Deux soirées organisées avec le soutien de Vincent Romain, animateur au Centre d'Ecritures Dramatiques - Wallonie-Bruxelles (CED-WB). Messieurs les Ministres de la Culture, Messieurs les directeurs et programmateurs artistiques des Théâtres Nationaux, Monsieur le Président Directeur Général de Brodway Production, chers dévoués Mécènes, venez déguster notre sélection de jeunes auteurs, une cuvée exceptionnelle : ivresse et rentabilité garanties, sans langue de bois. Le vendredi 26 mars, à 20h, à la Mezza Luna, 50 rue Souverain-Pont 4000 Liège. Le samedi 27 mars, à 20h, au Théâtre de la Balsamine, 1 avenue Félix marchal, 1030 Bruxelles. Entrée (en promotion) : 3 euros

Textes et auteurs "à vendre" : (5 extraits de 20 minutes)

· "Moïse en colère" de Chantal Boedts.

· "Des oreilles dans le dos" de Nati

- "Nous avons développé des oreilles dans le dos. Des gardiens invisibles. Une angoisse qui rebondit entre-nous, obligés de nous surveiller les uns les autres".

· "Marx et Dingo" de Michaël Lambert.

Laetitia - Comment faites-vous pour savoir ce qu'il veut ? Marx - J'observe ses yeux. Ils s'écarquillent. Ses pupilles se dilatent. Vous savez, comme un enfant devant la vitrine d'un marchand de jouets."Marx et Dingo", Michaël Lambert

· "Mère par procuration" de Simon Liétaert.

Véronique - En retard ! Quel manque de respect ! Alyssa - Ce n'est pas grave ! Véronique - C'est catastrophique. L'autre fois, j'ai raté deux émissions très intéressantes. Aujourd'hui, ça recommence. "Mère par procuration", Simon Liétaert

· "Cuisine intérieure" d'Olivier Rosman.

Cendres - A d'autres les petits bonheurs quotidiens, ce soir, pour vous plaire, J'agite l'ennui, je l'extirpe du logis, je l'enfouis sous les cendres, Il renaîtra bien vite, ce phénix de malheur, ce soir, je m'amuse. Cuisine Intérieure, Olivier Rosman

· "Gérontophobie" de Alexandre Drouet. On entend clairement deux mouches faire de vilaines choses contre la vitre de la fenêtre tandis que l'air du salon situé entre la télévision et les spectateurs devient électrique comme un paratonnerre agonisant."Gérontophobie", Alexandre Drouet

Chargé de l'animation entre les extraits.

Homme 1 - Ce sont de jeunes auteurs qui montent. Homme 2 - Vendez !

Semaine Mondiale des Auteurs Vivants

Ces soirées lectures - spectacle ont lieu dans le cadre de la Semaine Mondiale des Auteurs Vivants, organisée par les Auteurs de l'Ombre.

"Pour la première fois dans l'histoire du théâtre, 37 pays participants à travers des centaines de structures théâtrales, culturelles, éducatives. relaieront l'événement au même moment dans le monde. Le principe consiste à montrer sa solidarité avec la « parole de vivants » en montant depuis son lieu de résidence : une pièce, une lecture ou un débat. Internet servira de moyen d'échanges entre les différents acteurs de la manifestation. Principe : Solliciter un lieu culturel de sa ville ou sa région (théâtres, bibliothèques, ambassades, centres culturels, maison des jeunes et de la culture, cours de théâtre, conservatoires.) pour y organiser des lectures d'auteurs vivants, des pièces contemporaines, voire des colloques sur le sujet. Tout en sachant que l'objectif consiste à jouer un maximum de pièces d'auteurs vivants. Objectif : Dynamiser l'engouement pour les écritures nouvelles, faire une grande promotion pour le registre actuel." (Source, site des Auteurs de l'Ombre : www.auteursdelombre.com)


From: Nati

Sent: Wednesday, March 17, 2004 4:23 PM Subject: [EcriThéa] Site Web EcriThea

Bonjour à tous,EcriThea se développe! Une version site Web voit le jour et je vous invite à la découvrir : http://homeusers.brutele.be/ecrire/index.htm

[...] Encore ceci : d'ici peu, le nom de domaine EcriThea sera enregistré et passera en mode php. Le site aura son serveur propre (qui est actuellement "brutele" et deviendra www.EcriThea.qqchose , mais attention cette adresse n'est pas encore active, je vous préviendrais lorsque cela sera le cas). Ainsi, notre petite liste de 72 participants aussi aura son serveur propre (plutôt que Yahoo). Elle sera potentiellement plus active et comportera plus de fonctionnalités pour vous permettre d'intervenir, de laisser vos textes ou extraits, puis un journal intime et collectif d'auteurs, la possibilité d'avoir une adresse e-mail de type votrenom@ecrithea.org etc., etc... Mais soyez patients, il me faut à présent du temps pour la partie technologique!!! (l'affaire de quelques semaines à quelques mois) Si vous désirez collaborer à ce projet en tant que modérateur ou si vous avez des suggestions, faites-le moi savoir.


From: Dimitri Wagner

Sent: Friday, March 19, 2004 1:28 PM Subject: Re: [EcriThéa] Site Web EcriThea

Bonjour Nati, Je viens (malheureusement je suis très pris en ce moment) de faire un petit tour rapide sur le site. J'ai été particulièrement sensible à l'exergue. Thomas Bernhard est pour moi un auteur immense et sa révolte vitupérante a toujours été pour moi d'une grande consolation. A une amie qui avait de lui un avis réservé, j'ai immédiatement acheté "Béton". Elle a révisé depuis son jugement. Et là, je sens que dans le train tout à l'heure je vais relire "Oui" En tous les cas, félicitations pour ce site que je vais visiter plus longuement dès que j'en aurai le temps. Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg


From: Alain GRAS

Sent: Saturday, March 20, 2004 11:19 AM Subject: [EcriThéa] LECTURE A MARSEILLE

Bonjour,

"Qui est cette femme qui, un soir, après l'avoir suivi depuis la gare, débarque dans la vie d'un homme et lui déclare qu'elle est sa fille ? Un flic venu enquêter ? Une journaliste à la recherche d'informations ? Une voleuse ? Une bonne sour venue l'absoudre ? L'homme n'a qu'une certitude : bientôt, il passera devant la justice pour avoir torturé et fait disparaître les opposants du régime qu'il servait. Mais ce soir, cette femme est là, et l'oblige à considérer ses actes, sa vie, en toute vérité."

Le jeudi 25 mars à 19 heures à la cité des associations 93, la Canebière à Marseille (en face du théâtre du Gymnase) Je lirai avec la comédienne Sylvie Brignatz ma pièce : "ELLE ET LUI"

Au plaisir de se rencontrer ou de se revoir. Bien amicalement à tous. Alain GRAS


From: Cassandre (Alexandra Rice)

Sent: Wednesday, April 07, 2004 11:28 AM Subject: [EcriThéa] metteur en scène cherche texte

Bonjour je suis une jeune metteur en scène et je démare doucement ma compagnie. je suis pour l'instant en recherche de textes: Un texte qui mets en scène deux femmes entre 25 et 35 ans je cherche un langage proche du quotidien senssible dans le style d'écriture du théâtre américain. (c'est pour une commande ce serais joué en février 2005) Je cherche aussi des textes de théâtres fantastique ou de sience fiction qui pourrait être traité en pluridisplinarité (danse théâtre - accrobatie) et qui ne comporterais pas plus de 6 personnages.

je profite de ce mail pour me permettre de dire un petit mot aux jeunes auteur. Voilà en lisant des textes comptemporain je me rends compte que toujours à l'heure actuel les personnages masculin sont plus intéressant et plus nombreux que les personnages féminin hors il y a plus de commédienne que de commédien sur le marché. Autre chose comme beaucoup de jeune metteur en scène je préfère travailler avec des auteurs de mon époque. Mais je ne peux le faire si les textes comporte trops de personnages une jeunes compagnie ne peux engager plus de 4 ou 6 commédien restriction de budjet...je souhaitais donc vous le signaler. merci et à bientôt. Alexandra Rice.

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From: FJT (Dominique Bousquet)

Sent: Wednesday, April 07, 2004 11:41 AM Subject: Re: [EcriThéa] metteur en scène cherche texte

Bonjour, En réponse à votre mail, j'ai bien une pièce à vous proposer, qui je crois rentrerait dans les critères que vous recherchez, à la seule réserve qu'il est question d'un couple... hétéro. Cela dit, ça peut le faire quand même. Pourquoi pas. Ou alors, ce texte peut vous intéresser pour un autre projet. Si ça vous dit, je vous l'envoie. A bientôt.


From: Alexandre Drouet

Sent: Wednesday, April 07, 2004 12:24 PM Subject: Re: [EcriThéa] metteur en scène cherche texte

Bonjour,

Comme (jeune) auteur de théâtre, voilà deux ans que je me spécialise dans le théâtre de science-fiction. J'ai écrit plusieurs pièces et j'ai rédigé mon mémoire de fin d'études sur le sujet. J'ai peut-être une pièce qui pourrait vous intéresser, dans le sens où elle se prêterait particulièrement bien à un traitement théâtre-danse-acrobatie. Elle nécessite entre 4 et 7 comédien(ne)s, selon certains choix de mise en scène. Si cela vous intéresse, contactez-moi : [**], et je vous enverrai un résumé complet de la pièce (ou la pièce en entier). Bonne journée, Alexandre Drouet.


From: Pascal MARTIN

Sent: Wednesday, April 07, 2004 2:20 PM Subject: Re: [EcriThéa] metteur en scène cherche texte

Bonjour Alexandra,

En réponse à votre demande, je vous propose de visiter le site que j'ai créé : http://www.leproscenium.com. Ce site est destiné à la publication de textes à jouer francophones. Grâce à un moteur de recherche multi-critères (distribution, genre, thème...) vous pourrez peut-être y trouver la pièce qui vous convient parmi les 352 textes actuellement disponibles. J'ai fait une recherche pour vous avec 2 femmes, j'ai trouvé 2 textes : Une comédie dramatique : Juliette et Natacha http://www.leproscenium.com/Detail.php?IdPiece=88

Une comédie à sketches : Tout est bon chez elles http://www.leproscenium.com/Detail.php?IdPiece=98

Si aucune ne vous convient, vous pouvez contacter des auteurs publiant sur ce site et qui se proposent d'écrire sur mesure. http://www.leproscenium.com/EcritureSurMesure.php

Afin de "faire connaissance" avec les écritures de ces auteurs, vous pourrez lire leurs textes (ou des extraits) en ligne. Je suis d'accord avec vous sur le fait que les personnages d'hommes sont privilégiés et j'essaie d'inverser la tendance dans mes textes. Hélas, ceux que j'ai écrits ne correspondent pas à votre recherche car la distribution est plus importante. Si ça vous interesse quand même de jeter un oeil vous les trouverez à cette adresse : http://www.leproscenium.com/TextePascalMartin.php

Je profite de cette réponse pour inviter les auteurs à publier leurs textes (ou des extraits) sur le site http://www.leproscenium.com afin de les faire connaître (5000 visites et 5500 lectures de textes par mois). A bientôt et tous mes voeux de succès pour votre projet.--Cordialement Pascal MARTIN


From: Nati

Sent: Wednesday, April 07, 2004 3:18 PM Subject: Re: [EcriThéa] metteur en scène cherche texte

Bonjour Alexandra, Ha qu'il est bon et soulageant d'entendre un appel de metteur en scène! Outre le site du Proscenium de Pascal, je voudrais vous inviter à visiter le site de Macamada (http://membres.lycos.fr/macamada/), un regroupement d'une dizaine de jeunes auteurs, dont vous pourrez lire quelques extraits de pièces et dont vous trouverez les coordonnées pour les joindre. Bonne recherche, Amicalement, Nati


From: Yves Heurte

Sent: Wednesday, April 07, 2004 4:11 PM Subject: RE: [EcriThéa] metteur en scène cherche texte

J'ai un texte pour deux femmes Le Musée Noir, qui a été créé il y a longtemps à Paris (Théâtre Plaisance) et repris récemment dans une école de théâtre à Toulouse. Comme toujours, ce genre est d'interprétation difficile pour de trop débutantes, non par le langage mais parce que la comédienne aura à interpréter successivement diverses générations de jeunes femmes de Catalogne . Il a été publié dans une première version par René Rougerie mais a subi pas mal de modifications en cours de route, selon qu'on le jouait avec deux femmes sur scène ou une femme sur scène (la fille) et une off qu'on ne voit jamais (la mère). Voir le thème sur mon site. http://yves.heurte.free.fr où l'on trouve les analyses de grand nombre de mes textes adultes ou jeune public. Ce qui veut dire que je ne suis pas un jouvenceau (:-) Amitiés Yves.

Contrairement à mes collègues, la plupart de mes personnages essentiels sont des femmes. ( Dans la série de textes consacrés aux femmes sur F. Culture, j'avais été le seul auteur rescapé masculin, na !...)


From: Sandrine Bettinelli

Sent: Thursday, April 08, 2004 12:31 PM Subject: Re: [EcriThéa] Envoi groupé n° 110

Bonjour à tous et notamment à Alexandre,

Je suis très intéressée par ton message sur le théâtre de SF. Cela fait un moment que j'en entends parler mais je ne crois pas en avoir lu...quelles pièces me recommanderais-tu ? Où peut-on lire les tiennes, ou des extraits ? Quand on dit théâtre SF, est-ce à prendre au sens large comme littératures de l'imaginaire ou SF pure ? Bien entendu, si d'autres de la liste peuvent me donner des précisions, je serais très intéressée aussi. Et puisqu'on parle de SF, j'en profite pour me faire de la pub, ma nouvelle Rendez-vous avec la mort (plutôt du fantastique d'ailleurs), publiée chez l'Oxymore, est en lice pour le Prix Rosny Ainé..> http://www.noosfere.org/rosny2004/accueil.htm .Tiens, à votre place (je veux dire à la place de ceux qui écrivent du théâtre SF), je contacterai les organisateurs pour leur suggérer de mettre une section théâtre SF l'an prochain (pour l'instant, il y a Romans et nouvelles). Amitiés, Sandrine


From: Alexandre Drouet

Sent: Sunday, April 11, 2004 2:20 PM Subject: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

Bonjour Sandrine (et les autres)

Cela tombe bien : je viens de lancer mon site internet essef-théâtre, consacré au théâtre de science-fiction.

http://users.skynet.be/esseftheatre

Tu y trouveras qqs approches théoriques, une première liste de pièces, ainsi qu'une présentation de mon travail, de mes pièces, un article sur mon précédent spectacle,...

Le site n'est pas tout à fait achevé, j'aimerais encore réaliser une liste (avec chq fois une courte introduction) de pièces de science-fiction inédites. Ceux que ça intéresse peuvent m'envoyer leur texte ou un résumé.

Voilà, j'espère que ce site éveillera quelque intérêt... :-)

Alexandre

PS : je viens juste de lancer ce site, n'hésitez donc pas à me faire connaître vos impressions, remarques, suggestions...


From: Dimitri Wagner

Sent: Monday, April 12, 2004 11:56 AM Subject: Re: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

Bonjour,

J’ai parcouru avec beaucoup d’intérêt votre site.

On pourrait peut-être ajouter à votre liste de pièces : MikhailBoulgakov : Ivan Vassilievitch (l’histoire d’un inventeur qui fabrique une machine à remonter le temps et qui malencontreusement envoie le concierge de son immeuble sur le trône d’Ivan le terrible dont il est le sosie parfait, alors que ce dernier débarque dans un appartement collectif soviétique ) BorisVian : Les Bâtisseurs d’Empire AmélieNothomb : Les combustibles Etc…

Cependant, permettez-moi quelques remarques et questions.

Vous semblez définir le théâtre de science-fiction essentiellement par sa thématique. C’est à dire que le théâtre de science-fiction reprend les thèmes qui sont ceux du roman de science-fiction. Et donc, de la même manière qu’il y a des adaptations cinématographiques il y a des adaptations théâtrales, ou des créations originales d’ailleurs, qui développent les thèmes classiques de la science-fiction (projection dans le futur ou dans un hors temps, description de société utopiques ou atopiques, transposition dans le futur et dans l’ailleurs de certaines problématiques politiques ou scientifiques actuelle, etc..). Tout cela, je le conçois bien.

Cependant, si je n’ai aucun mal à considérer que le théâtre peut développer, tout comme le roman ou le film, des thèmes issus de la science fiction, j’ai beaucoup plus de mal à comprendre ce que pourrait être un théâtre de science- fiction en tant que genre spécifique.

Je m’explique. Je travaille, depuis quelques temps et de manière un peu distraite (comme ces projets qu’on a dans le tiroir et que l’on reprend de loin en loin) sur l’adaptation théâtrale d’un roman soviétique que son auteur qualifie effectivement de “ politique-fiction ” et qui a le thème suivant : durant la perestroïka le KGB, inquiet de l’évolution de la société soviétique, envoie, grâce à une machine par encore vraiment au point, un agent dans le futur afin de voir ce que l’Union Soviétique va devenir. Il débarque dans une société libanisée où Moscou est devenu Beyrouth.

Cependant - et c’est en ce sens que votre site m’a donné à réfléchir – je n’avais jamais pensé que je travaillais sur quelque chose comme du théâtre de science-fiction !

En effet, pour vous donner une idée. Dans le cadre de la réflexion sur le même projet ( mener une réflexion sur l’évolution politique des sociétés européennes après la chute du Mur et surtout sur les nouvelles formes de conflits rendus possible par celle-ci), il y avait aussi bien comme textes possibles les “ Dialogues d’exilés ” de Brecht, “ Le brave soldat Schweyk de Hasek, “ Les Sept contre Thèbes ” d’Eschyle et “ Les Pièces de Guerre ” de Bond , entre autres…

Donc, voici ma question : quelles sont, selon vous, les caractéristiques qui permettent de définir le “ théâtre de science-fiction ” comme genre “ théâtral ” (et j’insiste sur ce point) spécifique ? Est-ce que le fait de développer des thématiques classiques de la science-fiction est un critère suffisant pour distinguer un genre théâtral déterminé ?

En effet, je conçois sans peine que l’on distingue le roman de science-fiction du roman d’aventure, du roman policier ou du roman d’espionnage comme genres particuliers. De même, dans le domaine du cinéma, je comprend que l’on distingue le film de science-fiction, du polar, du film de cape et d’épée, etc… Mais peut-on distinguer au théâtre un genre d’un autre en vertu de sa seule thématique ?

Ne faudrait-il pas alors distinguer aussi un théâtre de science-fiction d’un théâtre d’espionnage, d’un théâtre policier ou d’un théâtre d’aventure ? Je conçois sans peine que l’on distingue un théâtre tragique, comique, épique, politique, intimiste, de boulevard, etc…

Vous avez, il me semble, travaillé là-dessus et pourrez sans doute me répondre.

Je précise encore ma question. En effet, ce qui m’a donné à réfléchir dans cette idée d’un genre “ théâtre de science-fiction ” c’est qu’à aucun moment dans mon travail sur le texte de cet auteur russe Kabakov, je n’ai pensé dans la perspective de la mise en scène à la nécessité d’un dispositif spécifique afin de signifier au spectateur que nous sommes dans le futur. Par exemple, aucun intérêt en ce qui me concerne de mettre en scène pour cette pièce là, une quelconque machine à remonter le temps…Il suffit que cela soit dit au spectateur à un moment ou un autre.

Ou pour le dire autrement . Je n’ai aucun mal à concevoir le roman de science- fiction comme genre. Dans le roman, il y a effectivement développement de thématiques propre à la science fiction : prolongement dans le futur et/ou l’ailleurs de données scientifiques ou politiques actuelles, description de dispositifs techniques ou d’organisations politiques de la société, etc… Encore que ce n’est pas toujours très évident là non plus : ainsi pour Jules Verne par exemple : “ De la terre à la lune ” effectivement de la science fiction. Mais les 500 millions de la Begum : plutôt pour moi un roman utopiste au même titre que “ La ville blanche ” de George Sand.

Pour ce qui est du cinéma, il me semble que la seule distinction thématique ne suffit plus à déterminer le genre parce tout simplement nous sommes déjà dans le domaine de la représentation. En ce sens, on pourrait souligner l’importance des effets spéciaux et signaler que le cinéma sert particulièrement bien la science-fiction en tant qu’il est un art industriel et que la question de la technique s’y pose du coup à tous les niveaux. C’est à dire que la technique des effets spéciaux permet une exposition particulièrement intéressante du thème de la technique comme l’un des thèmes essentiels de la science-fiction. Ou dit autrement la science-fiction est particulièrement bien servie par le cinéma en tant qu’il est l’art par excellence de l’ère industrielle et technique. Mais là encore, des films comme “ Metropolis ” de Lang ou “ Stalker ” de Tarkovski sont-ils avant tout des films de science-fiction ?

Maintenant pour le théâtre, si l’on laisse provisoirement de coté la distinction thématique que devient le “ théâtre de science fiction ” ? Existe-t-il encore ?

C’est à dire, y a-t-il dans la représentation moyen de penser un dispositif théâtral spécifique susceptible de déterminer un théâtre proprement de science-fiction

De fait, là durant que j’écris m’apparaît plus clairement ce qui me dérangeait un peu dans cette idée de “ théâtre de science-fiction ”, et je vous remercie de m’avoir donné l’occasion d’un tel approfondissement.

En effet, la science-fiction comme genre n’est-elle pas un genre spécifique à l’ère industrielle ?

Je ne suis pas spécialiste en la matière, mais à quand remonte, dans l'histoire de la littérature, la science-fiction comme genre ? Quel est le premier roman de science-fiction ?

Peut-on parler de science-fiction avant, disons, le XIX ème siècle, c’est-à- dire, justement la révolution industrielle ? N’est-il pas en effet parlant de pouvoir distinguer chez J. Verne des romans qui seraient plutôt de science fiction et des romans que l’on pourrait ranger dans la catégorie plus classique des romans utopistes ? N’est-ce pas justement là le moment du passage ? Et peut-être de l’invention du roman de science-fiction à partir du roman utopiste ? En effet iriez-vous jusqu’à qualifier l’Utopie de Thomas More (qui a d’une certaine manière la forme de la fiction) ou même La République de Platon dont Nietzsche disait, non sans ironie, que c’était finalement un roman, donc la fiction de la cité idéale, de romans de science-fiction.

Il me semble que la science-fiction est un genre propre à l’ère industrielle en ce sens que sa thématique principale est non pas tant la question de la science traitée par la fiction, mais les problèmes posées par les applications techniques et industrielles de la science traités par la fiction. Ce qui est en jeu dans science fiction est donc moins la science elle-même que les conséquences, humaines, sociales et politiques de l’application technique et industrielle de celle ci.

Il n’est peut-être pas gratuit que l’un des premiers films marquants du cinéma soit justement Metropolis que l’on peut effectivement considérer comme un film de science fiction. Et il serait intéressant de mettre en regard M le Maudit. Il se pourrait que l’on découvre, mais ce n’est là qu’une intuition, que c’est la même question de la société moderne qui s’y trouve posée d’une part du point de vue de la technique (l’homme comme robot) et d’autre part du point du vue de l’humain…(l'homme comme victime)

Pour conclure, et désolé d’avoir été un peu long, je suis un grand bavard, il me semble que la détermination du “ théâtre de science-fiction ” comme genre théâtral spécifique pose un problème majeur qui vient du fait que l’art théâtral est précisément un art préindustriel, artisanal. Vous allez me dire que le roman aussi.

Bien sûr, mais la différence réside dans le fait que dans le théâtre comme dans le cinéma nous sommes dans le domaine de la représentation. C’est-à-dire non seulement dans la Vorstellung (ce que le roman permet aussi) mais dans la Darstellung. En ce sens on peut dire que théâtre et cinéma fabriquent tous deux de la représentation (en tant que Darstellung) c’est-à-dire présentent. Mais la différence c’est que cette fabrication est artisanale chez l’un et industrielle chez l’autre.

Or, il me semble que le problème central que pose la science-fiction est précisément celui de notre représentation industrielle du monde ou de notre représentation du monde à l’ère indsutrielle. Du coup, c’est (et aussi bien en tant que genre littéraire) un genre essentiellement moderne.

Et pour en finir, dans le roman de science-fiction se pose la question: comment pouvons-nous nous représenter ( au sens de Vorstellung, c’est-à- dire concevoir et comprendre) notre monde actuel.?

Dans le cinéma, cette même question se pose dans un lieu tout fait privilégié puisque s’y ajoute la question : comment pouvons-nous représenter (au sens de Darstellung, c’est à dire aussi la question de sa présentation technique et industrielle, ce qui est propre au cinéma contrairement au théâtre) le monde actuel en ce qu’il a de spécifique, c’est à dire en sa dimension technique.

Dans le théâtre par contre, se rencontre une contradiction. La machinerie théâtrale n’a rien à voir avec la technique cinématographique. Si l’une ne saurait rester qu’artisanale l’autre est toujours essentiellement vouée à ce que Walter Benjamin appelait la “ reproduction industrielle de l’art”

En ce sens si le théâtre peut reprendre, cela je ne le conteste aucunement, les thèmes de la science fiction, cela sera toujours sur son mode propre qui est artisanal, autrement dit, il ne pourra reprendre essentiellement de la science fiction que ce qui se refuse à la réplication industrielle, c’est-à-dire ce qui est proprement humain.

En ce sens je conçois que la science fiction puisse être un genre spécifique de la littérature (en tant que s’y déploie la question d’une Vorstellung propre) et aussi un genre spécifique du cinéma (en tant que s’y construit en plus une Darstellung propre) mais non pas par contre un genre spécifique du théâtre: en tant que même si peut s’y poser la question de la Vorstellung (reprise des thématiques propres à la science-fiction) toutefois ne peut s’y construire une Darstellung spécifique.

Autrement dit, il n’y a pas de représentation spécifique possible dans le théâtre propre à la science fiction.

S’il peut y avoir du théâtre de science fiction, c’est donc au même titre qu’il peut y avoir un théâtre d’espionnage ou d’amour ou d’aventure en tant qu’il en traite les thèmes. Mais il me semble impossible de parler d’en théâtre de science fiction qui viendrait prendre place comme genre spécifique et distinct à coté par exemple de la tragédie ou de la comédie ou du boulevard.

Tout simplement, parce que sur le plan de la représentation théâtrale, il me semble qu’il n’existe pas de forme propre au théâtre de science fiction. Cordialement

Dimitri Wagner Strasbourg


From: Nati

Sent: Monday, April 12, 2004 4:55 PM Subject: Re: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

Alexandre, Dimitri et tous les autres,

Ce débat que vous ouvrez, par la proposition d'Alexandre d'un théâtre proprement dit de science-fiction, me plonge dans la plus grande perplexité et me titille.

Sébastien Harrisson (un auteur compatriote), après lecture de ma pièce Des oreilles dans le dos, avait déclaré à son propos deux choses : 1° qu'elle lui faisait penser à l'écriture d'Edward Bond. Ne l'ayant pas encore lu (honte!), je ne sais que penser à ce sujet. 2° que ma pièce appartiendrait au genre d'anticipation.

Nous y voilà! Si je suis la définition d'Alexandre Drouet, alors ma pièce obéirait en partie au genre SF à caractère politique, voire "biotechnologique". Pour ma part, à aucun moment je n'ai pensé à écrire de la science fiction, même si je lui reconnais une part d'anticipation au sens large si l'on tient compte du fait que ni l'endroit décrit (un huis clos) ni la situation (une population prisonnière d'une cité dorée) n'existent comme tels. Quoique.... et c'est là où mes questions commencent dans l'écriture, et où la mise en scène intervient.

Le problème est que ces thématiques de SF en cachent une autre, qui est pour moi beaucoup plus importante : celle de la liberté dans une situation de contraintes politiques. Et n'est-ce pas toujours le cas? La SF invente une situation aberrante et futuriste pour interpeller sur nos sociétés réelles. Si le théâtre de SF n'obéit qu'à la dimension futuriste, ma pièce ne peut pas appartenir à cette définition de SF.

Ou serait-ce que l'auteur (votre Bibi Nati) se rebiffe à la classification par simple crainte des étiquettes? Ou bien parce que ma vision de la SF est trop vieillotte pour l'accepter comme telle? En tous les cas, merci de ce débat, je reste ouverte aux possibilités ou interprétations multiples.

Quel est donc le critère précis qui ferait basculer une oeuvre dans l'anticipation? Franchement, excepté les évidences (robots et projections futuristes), je ne sais pas. Amitiés à tous,

Nati

(Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez télécharger "Des oreilles dans le dos" sur le Proscenium au lien : http://www.leproscenium.com/Detail.php?IdPiece=439 )


From: Philippe Dohy

Sent: Monday, April 12, 2004 10:34 PM Subject: Re: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

Dans un e-mail daté du 12/04/2004 11:57:31 Paris, Madrid (heure d'été), d.wagner a écrit :

> En ce sens je conçois que la science fiction puisse être un genre > spécifique de > la littérature (en tant que s’y déploie la question d’une Vorstellung > propre) et > aussi un genre spécifique du cinéma (en tant que s’y construit en plus une > Darstellung propre) mais non pas par contre un genre spécifique du théâtre : > > en tant que même si peut s’y poser la question de la Vorstellung (reprise > des > thématiques propres à la science-fiction) toutefois ne peut s’y construire > une > Darstellung spécifique. > > Autrement dit, il n’y a pas de représentation spécifique possible dans le > théâtre propre à la science fiction.

parfaitement d'accord ; très bien résumé ; encore !

P. (agent scientifique de fiction)


De: Yves Heurté

Date: lundi 12 avril 2004 22:59 Objet: [EcriThéa] S.F

Il m'arrive parfois d'être un peu agacé, que ce soit s'agissant de romans, de nouvelles, de théâtre ou de tout ce qu'on voudra dans la création artistique, par le besoin qui me semble assez français de fabriquer des boites pour y caser nos créations. Et de coller aussi les auteurs dans ces boites avec ordre de ne pas en sortir sans permision. Mon premier texte a été joué dans la salle d'essai du théâtre National de l'Odéon tandis que mon premier roman paraissait chez Gallimard. Deux coups de chances ? Oh la la ! Pas du tout. Il me fallait être ou romancier ou auteur de théâtre, et des deux côtés on me fit la gueule. Il en est de même pour les auteurs dits de jeunesse et les auteurs dits pour adultes.

Vous êtes auteur jeunesse ?

Non.

Alors auteur adulte ?

Non. Alors vous êtes quoi ?

Je suis ce que j'écris quand je veux et où je veux. Et c'est à vous de vous en démerder. Comment vous faire confiance ? Et voili et voilà le mot...

******

Ceci pour dire dire que je ne vois pas bien ce qu'est le truc-machin science fiction. Je vois surtout du commercial dans ce sous-titrage . Le plus souvent c'est au cinéma et parfois dans le roman une commande aprèsétude du marché. Avec des recette à suivre. Et des techniques rigoureuses de conditionnement du public pour le futur marketing. Ce qui entraîne par exemple des films à gros budgets et grand marketing pour lesquels on a pratiqué des tonnes de technologies de pointe et images de synthèses, mobilisé les meilleurs spécialistes de la prospective et de la manipulation mentale et qui n'apportent rien. Strictement rien. La science dite fiction est là comme moyen de spéculation et de manipulation. Grattez un peu, vous allez trouver cela partout actuellement. On nous crée et impose une esthétique de masse préfabriquée avec des moyens énormes et ça marche. Et on marche.

J'ai écrit et publié une fable théâtrale caricaturale qui montre la prise du pouvoir mondial par les vieilles femmes avec des techniques de pub et de communication fondées sur nos réalités contemporaines. ( Science fiction ? Sais pas et je m'en fous ) Pour faire bon poids d'incongruité j'ai transposé le tout en roman publié au Seuil. Un autre roman va sortir chez Gallimard, de science fiction...à rebours. Thème : un pirate du temps de Louis 13 écrit un déclaration du droit de l'homme et créé une société égalitaire dont je montre l'effondrement et la fuite dans le délire technologique. Archéo science Fiction ? Pas du tout. Le pirate Misson, deux siècles avant l'amérique a réellement écrit la déclaration des droits de l'homme et créé cette société, Libertalia, où il s'est passé ce qui est en train de nous arriver. En réalité, quand j'ai pondu, je me fichais comme colin tampon d'être ou de ne pas être loti dans telle ou telle cabane littéraire...C'est aux spécialistes à nous classer où ça leur chante et surtout pas à nous. Une oeuvre se doit d'être présente mais peu importe qu'elle soit ou non située. Que les critiques fassent leur job et nous le nôtre ! Amitiés

Yves Heurté

http://yves.heurte.free.fr


De: Nati

Date: mardi 13 avril 2004 14:15 Objet: Re: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

Bonjour, (petite remarque par étonnement : Alexandre, si la SF exprime un monde d'athées qui l'expliquent, alors définitivement mon humble pièce n'appartient pas à la SF. Reste le genre fantastique d'après ton interprétation, si tu y tiens. Après tout je m'en fiche complètement, je laisse le soin aux metteurs en scène la liberté et le plaisir de délirer mille interprétations). Mais si en privé (pour ne pas casser les oreilles des autres avec mes "oreilles dans...") tu veux m'expliquer pourquoi tu penses cela, vas-y!

Le plus intéressant n'est peut-être pas de débattre pour définir si le théâtre de sf ou de fantastique existe à part entière mais le fait que toi, en tant qu'auteur, tu te revendiques comme tel. Pourquoi?

Sourires à tous, Nati


From: Alexandre Drouet

Sent: Tuesday, April 13, 2004 4:00 PM Subject: Re: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

Pourquoi je me revendique "auteur de théâtre de science-fiction" ? Ben... disons premièrement que ce n'est pas une revendication, mais juste une info que je donne sur mon travail actuel (j'ai écrit autre ch et j'en écrirai sans doute encore)... Et puis - c'est assez simple - j'aime vraiment beaucoup la science-fiction... Ce qui m'intéresse c'est un type d'écriture, de dramaturgie. Un type de pièces... Il y a qqch, dans ce que j'appelle théâtre de science-fiction, qui me plaît, qui éveille mon intérêt, qui me touche profondément, et j'avais envie d'en parler, de faire part de mes observations et de certaines opinions que j'ai sur le sujet. Voilà pourquoi j'ai fait ce site. Rien de plus. Je ne pense pas qu'il faille absolument classer toute création artistique dans une petite boîte avec étiquette... Je voulais juste présenter un style de dramaturgie qui, moi, me passionne. Mais je comprends tout-à-fait que d'autres ne s'y intéressent pas...

Bonne semaine à tous,

Alexandre

http://users.skynet.be/esseftheatre


From: Yves Heurte

Sent: Tuesday, April 13, 2004 11:48 PM Subject: RE: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

"La science régit notre société. La connaissance, la compréhension, l'explication rationnelle, sont les valeurs de base de notre monde."

************

Je crois rêver, Alexandre, à te lire, quand je vois notre monde que l'idéologie religieuse a rendu fou, avec la croisade dite chrétienne d'un côté et la charia universelle de l'autre, les deux appuyées sur la troisième idéologie aussi irrationnelle qu'est la croyance au progrès par les sciences. Quand la menace de Ben Laden utilisant la fission nucléiare pour tuer quelques millions de new yorkais peut déjà se réaliser, je me demande pour qui travaillait Einstein et quand nous laissons mourir trente mille enfants de faim par jour dans le monde tout en faisant les quelques pas sur la lune ou sur mars qui permettrait d'en sauver un grand nombre je ne trouve rien d'admirable à notre explication rationnelle de la nécessité d'aller dans le kosmos. Pas plus que lorsque Bush, s'appuyant sur la recherche scientifique de son pays arrive à la guerre zéro mort, en télé massacrant des populations, je ne trouve pas que cette guerre zéro mort soit un progrès enviable. J'ai été médecin pendant une quarantaine d'années et fait bénéficier le monde de riches (nous) que je soignais des avancées de la recherche. Mais quand je vois que dans le pays le plus avancé sur le plan de la recherche et des sciences que sont les Etats Unis l'espérance de vie diminue, cela me pose des questions sur l'inadaptation à notre société réelle de cette science qui la régirait pour son bien... J'aimerais écrire une oeuvre de science fiction (?) qui montrerait la catastrophe que représentent la science guidée par une raison dont tout le monde parle et dont personne ne sait ce qu'elle est sinon une religion délirante où on se laisse emporter à toute allure les yeux fermés sans réussir à rien contrôler. On part d'une affirmation incohérente et d'une idée sur l'homme qui l'est tout autant, comme le nazisme ou le communisme et la rationalité rigoureuse qui va suivre nous mène en toute logique où nous l'avons vu.Je ne vois pas hélas le délire rationaliste ou les recherches fondamentales incontrôlées guérir cette folie de mort inscrite dans nos gènes.


From: Alexandre Drouet

Sent: Wednesday, April 14, 2004 9:56 AM Subject: Re: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

"J'aimerais écrire une oeuvre de science fiction (?) qui montrerait la catastrophe que représentent la science guidée par une raison dont tout le monde parle et dont personne ne sait ce qu'elle est sinon une religion délirante où on se laisse emporter à toute allure les yeux fermés sans réussir à rien contrôler. "

C'est déjà fait. Une proportion énorme de récits de science-fiction parlent de ça ! C'est vraiment LE sujet de la sf (et donc aussi du théâtre de sf). C'est justement pour ça que j'aime tant cette littérature. Mais il me semble que vous en avez une image totalement fausse ! Je termine par cette citation que je trouve très juste : "La science n'est pas un humanisme mais la science-fiction est peut-être sa rédemption" (Th. Jandrok).


From: Yves Heurte

Sent: Wednesday, April 14, 2004 2:12 PM Subject: RE: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

...et Nietsche qui disait aussi : L'art, nous n'avons plus que l'art pour ne pas mourir de la vérité Amitiés ecritheatiennes. YV


From: Dimitri Wagner

Sent: Friday, April 16, 2004 9:41 PM Subject: RE: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

Bonjour,

Le 14 Apr 2004, à 14:12, yves heurte a écrit:

> ...et Nietsche qui disait aussi :> L'art, nous n'avons plus que l'art pour ne pas mourir de la vérité> Amitiés ecritheatiennes. YV

"Wir haben die Kunst um nicht an der Warheit zugrunde zu gehen" Littéralement : nous avons l'art pour ne pas sombrer (ou nous anéantir ou nous abîmer) de par la vérité.

Zugrunde gehen : on pourrait aussi traduire par "crever". En fait, ce qui est intéressant dans l'expression de Nietzsche, c'est l'idée de toucher le fond, alller (gehen) zum Grunde (au ou vers le fond) Mais le mot Grund désigne aussi la cause ou la raison en allemand. Ce qui cherche à donner à toute chose une raison est bien la métaphysique qui est non seulement ce qui est par delà le monde physique mais aussi ce qui est à la base, ce qui fonde toute réelle physique et qui lui donne sa raison d'être, le sens. L'idée métaphysique par excellence est bien celle de l'existence d'une Vérité ou d'un Dieu qui donne sens au monde. A cela Nietzsche oppose l'art. Inutile des cherche à "Coucouville-les- nuées" ce qui ne se trouve qu'ici bas. L'homme est fondamentalement artiste en tant qu'il est volonté de puissance et qu'il lui faut avoir la légèreté du danseur de corde qui danse au-dessus d'un abîme qui est sans fond (ohne Grund) sans raison, sans vérité qui fonde. Mais ils sont peu nombreux ceux qui supportent le vertige que provoque la prise de conscience qu'il n'y a pas de fond à l'abîme au-dessus duquel nous sommes et qui savent que seule la légèreté du danseur leur permettra de ne pas tomber. Si je parle de cela, ce n'est pas pour vous étourdir de considérations philosophiques, mais parce qu'il me semble que nulle part mieux que dans le théâtre (et plus précisément la mise en scène) s'éprouve la profonde pertinence de cette phrase de Nietzsche sur l'art. Ce que la mise en scène nous apprend, entre autres, c'est qu'il n'y a rien jamais de définitif et d'acquis. Que le propre du vivant réside dans le perpetuel dépassement et que la tentation de figer dans une forme définitive est toujours grande. Que le metteur en scène qui travaille dans la perspective de faire oeuvre fait toujours à nouveau cette douloureuse expérience du désoeuvrement qui lui vient du fait que la soir de la Première il se trouve dépossédé. Qu'il doit accepter que cela ne lui appartient plus, mais aux comédiens et au public, etc...Et qu'une pièce, qui est devenue la sienne parce qu'il lui a donné vie, est vouée à la disparition et à l'oubli. Pourquoi parle-t-on de spectacle vivant pour le théâtre ? Justement parce que c'est peut-être la seule forme d'art vouée à la mort. Le film de cinéma n'est pas spectacle vivant parce qu'un film ne peut pas mourir (bien que parfois tous les acteurs qui y ont joué sont délà morts) C'est ce qui fait, je dirais, tout l'érotisme du théâtre. Parce qu'il est, selon la formule de Bataille, l'acceptation de la vie jusque dans la mort.

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg

Bonjour,

Le 14 Apr 2004, à 9:56, Alexandre Drouet a écrit: Je termine par cette citation que je trouve très juste : "La science n'est pas un humanisme mais la science-fiction est peut-être sa rédemption" (Th. Jandrok).

Je dois avouer que je ne comprend pas le sens de cette phrase. Pourriez-vous m'éclairer ?

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg


From: Yves Heurte

Sent: Saturday, April 17, 2004 1:59 PM Subject: RE: [EcriThéa] Théâtre de science-fiction

...et cette petite impression qui corrobore:

Dans ce théâtre, trois cents enfants regardent jouer ma pièce. Ils vibrent et rient, à chaque réplique, de cette humanité que j'inventais pour trois acteurs et pour eux. Ma silhouette obscure, debout derrière le dernier rang, ne les concerne pas. Je vis exclus de ma pièce. Ce rôle de solitaire silencieux n'est pas facile dans les rumeurs de ceux qui sont devenus, le temps d'un spectacle, mes trois-cents moi-même.


From: Nati

Sent: Thursday, April 22, 2004 10:58 AM Subject: [EcriThéa] Le CALCRE est en danger!

Le Calcre : http://www.calcre.com/ Association d'Information & de Défense des Auteurs LE CALCRE LOURDEMENT CONDAMNÉ

LA COUR D'APPEL DE PARIS A RENDU LE 5 FÉVRIER 2004 SON ARRÊT DANS L'AFFAIRE QUI OPPOSAIT LE CALCRE A UN ANCIEN SALARIÉ. APRÈS UNE PREMIÈRE VICTOIRE DEVANT LES PRUD'HOMMES, LA COUR CONDAMNE LE CALCRE A PAYER LA SOMME DE 42 500 € ! C'EST LE NAUFRAGE...

LA FIN DU CALCRE ?

CHRONIQUE D'UNE MORT ANNONCÉE

L’Association Calcre est aujourd’hui en danger de mort subite non à cause de ses prises de positions courageuses pour une information libre et complète des écrivains mais du fait de l’appétit outrancier d’un ancien salarié.

Après avoir foutu la grouille à la direction de la revue Ecrire&Editer, nous nous sommes séparés de ses services en 2001.

Aujourd’hui, Lorenzo Soccavo entend nous faire payer notre ignorance des arcanes du droit du travail et la magnanimité dont Roger Gaillard a fait preuve envers lui, tout au long du conflit.

Pire, il entend bien être le fossoyeur d’une association qui, pour reprendre ses propres termes « l’a sorti de la merde » !

UNE SEULE SOLUTION POUR SAUVER LE CALCRE, ECRIRE&EDITER ET VOIR PARAÎTRE AUDACE :

ADHÉRER MASSIVEMENT À COSE-CALCRE !

Cette association tampon a été créée en 1992 pour nous aider à franchir un premier cap difficile. Huit calcriens viennent d’y adhérer en versant 2 500 €.

IL NOUS FAUT ENCORE TROUVER 40 000 €... LA SURVIE DU CALCRE DÉPEND DONC DE VOUS !

Aujourd’hui, le CALCRE est connu de tous. Pour la quantité et la qualité des informations qu’il véhicule, pour ses succès juridiques, pour son parler vrai, pour AUDACE et ses bouquins « pratico-pratiques ». Souriez ; il a remplacé son bulletin l’Écho du Calcre par un vrai magazine Ecrire&Editer. Sur Internet, son site www.calcre.com diffuse une foule de conseils et se situe parmi les plus visités.

MAIS LA CROISADE NE S’EST PAS FAITE EN PANTOUFLES !

Scepticisme, condescendance de nos amis, hargne et haine de nos détracteurs, tel fut le lot commun pour ceux qui voulaient moraliser l’édition. Le Calcre a bataillé sans l’aide des pouvoirs publics, sans caution littéraire, ni relations. De l’inconvénient d’être Bastille tendance popu plutôt que BCBG à St-Ger-des-Prés, le « vilain petit canard » assène de son bec acerbe des vérités utiles, mais pas bonnes à entendre.

LE CALCRE EST-IL UTILE AUX AUTEURS ? C'EST À VOUS DE NOUS LE DIRE...

42 500 €, C’EST DEUX FOIS LA TOTALITÉ DES ADHÉSIONS D’UNE ANNÉE.

SANS UNE MOBILISATION MASSIVE ET GENEREUSE POUR L’ASSOCIATION COSE-CALCRE, L'ESPRIT CALCRE VA BIENTÔT DISPARAÎTRE...

ET, IRONIE… SES 3 SALARIÉS IRONT POINTER AU CHÔMAGE !

Plus d'infos sur "cose-Calcre : http://www.cosecalcre.com/index.htm


From: Pascal MARTIN

Sent: Thursday, April 22, 2004 2:28 PM Subject: Re: [EcriThéa] Le CALCRE est en danger!

Le problème c'est qu'il n'y a qu'un seul point de vue, celui du Calcre et aucune explication sur le différent qui opposait Le Calcre à son employé. Il n'y a pas non plus le résultat du jugement. Il se trouve que j'ai adhéré au Calcre juste avant cet épisode facheux et même le numéro de leur revue consacré au sujet ne donne pas d'explications claires sur le fond de l'affaire. Difficile dans ces conditions de prendre position.--Cordialement

Pascal MARTIN webmestre du site : http://www.leproscenium.com


From: Nati

Sent: Thursday, April 22, 2004 2:56 PM Subject: Re: [EcriThéa] Le CALCRE est en danger!

Il ne s'agit pas tant de prendre position et se substituer à la justice mais d'éventuellement les aider fiancièrement afin que ce service puisse être maintenu.»Nati


From: Hervé LOTH

Sent: Thursday, April 22, 2004 10:33 PM Subject: Re: [EcriThéa] Le CALCRE est en danger!

B. Nati L. a écrit :> Il ne s'agit pas tant de prendre position et se substituer à la justice mais d'éventuellement les aider fiancièrement afin que ce service puisse être maintenu.

Si "on ne prend pas position et qu'on ne se substitue pas à la justice", c'est qu'on accepte la décision de justice. Dans ce cas, doit-on aider un organisme qui ne reconnaît pas ses torts en matière de droit du travail (il suffit de parcourir succintement les 2 sites internet pour s'en rendre compte) ? Il me semble qu'un changement de Bureau serait la moindre des choses pour rallier un bon nombre de personnes, si toutefois il ne s'agit que de sauver le "service"... Cordialement,

Hervé LOTH
------------------

LE LOUP THEATRE
2, rue Flatters 80000 AMIENS (F)
Tél. : 03 22 39 08 30
site internet : http://lelouptheatre.free.fr
nouveau spectacle : http://lelouptheatre.free.fr/TERMOR


From: Nati

Sent: Friday, April 23, 2004 2:13 AM Subject:Re: [EcriThéa] Le CALCRE est en danger!

C'est précisément la question que je vous partage et soumets, merci de l'avoir mieux formulée. Amitiés, Nati


From: Marie-Do FREVAL

Sent: Saturday, May 01, 2004 9:04 AM Subject: [EcriThéa] Rappel: invitation spectacle "enfant phare"

Bonjour J'aimerais que vous découvriez le travail que je mène avec la troupe "Enfant Phare" Nous venons de réaliser la première partie de notre projet franco russe. Nous revenons de Moscou où nous avons créé une adaptation ( spectacle bilingue ) de "Chère Elena Sergeievna" avec 8 jeunes de la troupe et 9 jeunes comédiens russes. Ce spectacle reviendra sur Paris à l'automne. En attendant je vous invite à venir découvrir notre création parisienne et espère vous voir à cette occasion. Marie-Do Fréval

La Cie Catherine Hubeau et la troupe Enfant Phare Subventionnée par le Ministère de la Jeunesse la Direction Jeunesse et Sports Ile de France et la Ville de Paris vous invitent Les 4 et 5 mai 2004 à 20h30 au THÉÂTRE 14. Délire à 2 . à tant qu'on veut de Eugène IONESCO

[** pub supprimée]

LA TROUPE « ENFANT PHARE » Une troupe de jeunes, entre 11 et 17 ans, qui existe depuis 10 ans au cour du 14e arrondissement. 14 créations à Paris, mais aussi des spectacles bilingues créés avec d'autres jeunes à Moscou, Rostov sur le Don et Oslo et bientôt encore MOSCOU.


From: Alexandre Drouet

Sent: Friday, May 07, 2004 12:17 PM Subject: [EcriThéa] Appel à textes

Appel à textes dans le cadre du Festival des Arts Morts-Nés

Fin juin, se déroulera dans différents lieux à Bruxelles (Théâtre de Poche, Dolce Vita, Théâtre du Ratinet,.) le festival des Arts Morts-Nés, organisé par les Terribles Enfants.

"N'importe quelle oeuvre d'art si elle n'est pas partagée, diffusée et soumise à une réflexion publique ne trouve son salut que dans la mémoire de l'artiste qui l'a créée. Et pour lui, cela n'a évidemment rien d'excitant, ni d'enrichissant de devoir par la force des choses se renfermer sur lui-même, le but étant de raconter quelque chose à quelqu'un. Tout cela va de soi. Le parallélisme assez dur fait entre un enfant "mort-né" et un oeuvre d'art "sans avenir" se comprend mieux quand on connaît l'ardeur, le temps et la passion mis par un artiste pour donner naissance à son travail."

Une exposition littéraire interactive

Dans le cadre de ce festival, les Terribles Enfants organisent une exposition sur les écrits vains : "Les écrivains d'aujourd'hui, tu connais ?" Il y aura des manuscrits à emporter, à lire sur place, ou mis sous verre ; un acteur-auteur sera présent qui écrira et qui chaque jour, de déception, brûlera ce qu'il aura écrit ; d'autres auteurs viendront parler de leur situation ; les visiteurs pourront brièvement s'essayer à l'écriture ; et ainsi de suite.

Nous sommes actuellement à la recherche de textes courts : poésies, essais, extraits de nouvelles, de romans, ou de théâtre - bref quelques unes de vos plus belles pages, que vous souhaiteriez offrir à notre public. Certains des textes seront lus par l'acteur.

Nous vous proposons également de rédiger - non sans un brin d'humour et une pincée de dérision - une lettre de refus type, inspirée de celles que vous avez sans doute déjà reçues de la part de maisons d'éditions.

C'est avec impatience que nous attendons vos textes...

"Les écrivains d'aujourd'hui, tu connais ?"

A la Dolce Vita, du 22 au 25 juin 2004. Mise en scène : Jean-François Jacobs. Avec : Alexandre Drouet


From: Pascal MARTIN

Sent: Monday, May 10, 2004 10:27 AM Subject: Re: [EcriThéa] Appel à textes

Bonjour,Je comprends votre démarche de sensibilisation du public à la difficulté de faire connaître une oeuvre littéraire. En revanche, je trouve l'acte de destruction par le feu d'un texte assez discutable. Sans doute cherchez-vous a créer un choc, mais je crains que cela soit contre-productif et brouille le message. Brûler les livres renvoie inévitablement à l'autodafé et aux pires heures de notre Histoire. Or nous n'en sommes pas là, en tous cas si j'ai bien compris, vous voulez attirer l'attention sur la diffusion d'une oeuvre et non la destruction d'oeuvres existantes. Ce n'est pas tout à fait le même chose.

Je suis prêt à vous envoyer des textes de théâtre mais je ne veux pas qu'ils soient détruits, en particulier par le feu.

Par ailleurs, je vous propose de visiter mon site destiné à la publication de textes à jouer francophones : http://www.leproscenium.com C'est une alternative pour des auteurs de faire connaître leurs textes, et cela fonctionne puisque nous avons des témoignages de représentations : http://www.leproscenium.com/ActualiteTexteSite.php

Si vous voulez connaître le génèse de ce site, cliquez sur le lien ci-dessous: http://www.leproscenium.com/PourquoiCeSite.html

-- Cordialement Pascal MARTIN webmestre du site : http://www.leproscenium.com


From: Dimitri Wagner

Sent: Monday, May 10, 2004 3:00 PM Subject: Re: [EcriThéa] Appel à textes

Bonjour, Le 10 May 2004, à 10:27, Pascal MARTIN a écrit: "En revanche, je trouve l'acte de destruction par le feu d'un texte assez discutable. Sans doute cherchez-vous a créer un choc, mais je crains que cela soit contre-productif et brouille le message.Brûler les livres renvoie inévitablement à l'autodafé et aux pires heures de notre Histoire".

Tout à fait d'accord avec vous. J'ai vu pratiquer cela une fois dans une sorte de pièce qui je crois se voulais être de théâtre et je dois dire que jusqu'à aujourd'hui je ne suis plus jamais allé voir quoi que ce soit de ce metteur en scène qui a fait preuve d'une telle irresponsable inconscience politique et d'un tel manque de sens artistique. C'était juste l'effet pour l'effet. Attention ! Cela ne signifie pas que cela est un tabou absolu. Mais ne brûle pas un livre sur scène qui veut, et surtout pas n'importe comment..

Mais à lire le message d'Alexandre, il me semble qu'il s'agit de simplement brûler des feuilles au fur et à mesure que celles-ci sont écrites, de manière à souligner le caractère éphémère de l'écrit, la fragilité des mots, etc...Donc en tous les cas pas un livre. Qu'on ne pourrait de plus pas qualifier de mort-né puisqu'il aurait déjà connu le baptème de l'édition

Par contre, il me vient une question. J'ai vu, il y a quelques années cette pièce d'Amélie Nothomb, "Les combustibles" je crois, où l'on brûle toute une bibliothèque afin de se chauffer. Dans la salle de théâtre universitaire où avait lieu la représentation, il n'était bien entendu pas question de brûler quoi que ce soit puisque vous vous faites jeter déjà si vous allumez une cigarette en sortant. Mais si quelqu'un avait vu la création de cette pièce, cela m'aurait intéressé de savoir si effectivement des livres ont été brûlés. Il y a tant de manière de ne pas le faire, tout en restant dans des effets crédibles !

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg


From: Sandrine Bettinelli

Sent: Monday, May 10, 2004 3:31 PM Subject: Re : [EcriThéa] Appel à textes

Bonjour Pascal, Ton interrogation est tout à fait intéressante. Mais si j'ai bien compris, d'après l'appel à textes, l'acteur qui brûle les textes représente l'auteur qui les écrit (?). Or, pour moi, lors d'un autodafé, on détruit les textes de quelqu'un d'autre. Mais je suis d'accord sur le fait qu'il faut être prudent et bien réfléchir à ce que l'on veut montrer lorsqu'on utilise ce genre de mise en scène. Amitiés, Sandrine


From: Nati

Sent: Sunday, May 09, 2004 2:26 PM Subject: [EcriThéa] Pourquoi le théâtre?

Cher tous, Nous sommes auteurs, nous écrivons. Bien! (?) Mais pourquoi du théâtre en particulier? Serait-ce que ce genre répond mieux à une certaine parole? urgence? (pourquoi votre sujet se développe-t-il en pièce plutôt qu'en roman ou autre?).

Bien à vous, Nati

P.S. : j'ai commencé à mettre en ligne les archives des messages postés, car la lecture sur Yahoo est plus fastidieuse, donc vous trouverez celles de 2003, en vrac, au lien : http://homeusers.brutele.be/ecrire/archives2003.htm


From: Dimitri Wagner

Sent: Monday, May 10, 2004 3:00 PM Subject: Re: [EcriThéa] Pourquoi le théâtre?

Bonjour,

Pour répondre sans aucun doute de manière très partielle et insatisfaisante à la question de B. *, j’aurais été tenté, il y a quelques années encore de reprendre la réponse de Marguerite Duras dans “ Sauve qui peut (la vie) ” à la question de Godard : “ Si je fais de films c’est pour occuper mon temps, si j’avais la force de ne rien faire je ne ferais rien. C’est parce que je n’ai pas la force de ne rien faire que je fais des films. Voilà ce que je peux dire de plus vrai sur toute mon entreprise”

*(Je me rends compte que j'ai été une fois de plus épouvantablement long. Si vous voulez juste la réponse passez au dernier paragraphe)

Il y a sans doute de cela dans toute entreprise artistique et créatrice en général.

Non pas dans le sens qu’elle serait une distraction ou un divertissement dont on peut effectivement, au sens le plus fort du mot, devenir l’esclave, mais qu’elle procède d’une impossibilité profonde de laisser les choses reposer en elles-mêmes, d’une incapacité à accepter le monde dans la certitude rassurante de sa prétendue évidence.

Ce qui est intéressant chez Duras, c’est qu’elle lie l’activité créatrice non pas à la force mais à la faiblesse. C’est parce que je n’ai pas la force que je fais…Si j’avais la force je ne ferais rien… Quelle serait-elle cette force qui me permettrait de ne rien faire ? D’où pourrait-elle me venir ? Et si je ne faisais rien, qu’est-ce que je ferais ? Que serait un temps inoccupé ?

J’ai toujours pensé que la nécessité de la création artistique procédait d’un handicap profond face à la vie. Et de ce fait, je crois avoir toujours secrètement envié ceux qui pouvaient s’en passer. Mais là attention ! Il faut immédiatement préciser.

Dire que l’art procède d’un handicap, d’une incapacité face au monde ne signifie pas qu’il s’agit du problème personnel d’un individu particulier face au monde. Pour la littérature par exemple : on n’écrit pas pour s’exprimer soi ou ses états d’âmes. Pour se raconter soi , ou ses bonheurs et ses malheurs, sa famille ou sa petite histoire personnelle. Enfin, on le peut. Mais cela n’a rien à voir avec la littérature.

Ce qui s’y joue c’est un rapport entre le langage et le monde, je dirais même une certaine rivalité entre le langage et le monde quant à la question du sens. Car le langage c’est bien cette faiblesse qui fait que l’on ne peut pas laisser reposer le monde en lui-même. On pense que dans le langage on trouvera le sens du monde

Donc pour aller vite deux côtés : d’un côté le monde, de l’autre le langage.

Le monde, c’est le sérieux. Etre sérieux, c’est laisser le monde reposer en lui- même sans lui adresser de question. Celui qui fait est dans le sérieux. Des actes, non des paroles. Pas de place pour les mots, il est tout à son affaire. Celui qui est tout à son affaire ne pense pas. L’ouvrier tout occupé qu’il est à suivre le rythme de sa machine ne pense pas à faire la Révolution. Tout comme le spectateur et l’acteur de La Ferme ne pensent pas. Ils sont tout à leurs affaires. En ce sens, il n’y a rien de plus sérieux au monde que le divertissement. Parce qu’il nous plonge dans un pur faire sans question. Dans le sérieux du pur faire (jouer au flipper par exemple) j’occupe pleinement mon temps et je vis dans un monde sans souci, dégagé de toute préoccupation. Cela rassure .même les rois

Juste en passant : il est à remarquer que dans La Ferme ou autre Loft, il y a absence totale de langage. C’est-à-dire que ça parle bien sûr, mais seulement au sens d’un vague échange d’informations ou de l’expression d’états d’âmes. La preuve, c’est que personne, enfin il me semble, n’a jamais l’idée d’exprimer la question justement en ce lieu si métaphysiquement cruciale : “ mais qu’est-ce que je fous là ? ”

Il est clair que ce n’est pas à cette manière d’occuper son temps que pense Duras. Car ça, c’est la manière du divertissement qui, sous le couvert du jeu, nous détourne de la faiblesse dans laquelle nous engagerait le langage. et fait diversion de ce fameux plus grand malheur des hommes qui est de ne pas pouvoir rester seul avec soi-même dans une chambre.

Or c’est bien là, dans l’intimité de la chambre que le langage peut advenir vraiment, c’est-à-dire autrement que comme bavardage. C’est là où le seul enjeu est celui des mots, dans le jeu de leur combinatoire, que le langage devient une chose sérieuse, c’est-à-dire vraiment littéraire.

Donc, d’un côté le sérieux du monde qui atteint son comble crispé dans la diversion du divertissement. De l’autre, le langage qui lorsqu’il se présente comme littérature paraît la chose la moins sérieuse, pur jeux de mots.

Et puis il y a la femme du boucher de Truchtersheim qui entre en scène sous les applaudissements de la salle. Et chaque fois que la femme du boucher de Truchtersheim entre en scène ou sort de scène tous les spectateurs applaudissent. Bien que la femme du boucher de Truchtersheim joue épouvantablement faux. Mais les spectateurs ne s’en aperçoivent pas, pas plus que la femme du boucher de Truchtersheim d’ailleurs, heureusement pour elle. Non pas parce que les uns comme les autres sont des amateurs, mais parce que ce n’est pas cela qui est jeu. Lorsque la femme du boucher de Truchtersheim entre en scène ce n’est pas Antigone qui entre en scène, ou Juliette qui entre en scène, mais la femme du boucher de Truchtersheim qui joue Juliette ou Antigone . Elle joue, sans le savoir vraiment, quelque chose de beaucoup plus compliqué en effet que Juliette ou Antigone: Elle le rôle de “ la femme du boucher de Truchtersheim qui joue Antigone ou Juliette ”, ce qui naturellement trouble un peu la pureté dramaturgique de la pièce mais sans quoi la femme du boucher de Truchtersheim ne pourrait pas monter sur scène, ni les spectateurs de Truchtersheim apprécier la pièce. Parce que le sérieux c’est d’être dans le monde, donc d’être la femme du boucher de Truchtersheim.

Et que le théâtre ce n’est pas sérieux justement, ce n’est que du jeu. Si l’on commence à prendre le jeu au sérieux, où vas-t-on ? On risque aussi de remettre en question le sérieux du monde et peut-être d’en révéler la futilité. Si la femme du boucher de Truchtersheim se prenait au jeu, c’est-à-dire jouait sérieusement le personnage de Juliette, il faudrait qu’elle entre réellement dans le langage, qu’elle prenne Antigone au mot. Elle renoncerait et inviterait à renoncer au divertissement pour entrer dans l’intimité d’une chambre. Mais s’exposant ainsi au langage, elle risquerait effectivement le malentendu avec le spectateur de Truchtersheim qui n’est pas venu pour voir Antigone et qui lui reprocherait de “ faire du théâtre ” et qui se dirait : “ qu’est-ce que j’ai à voir moi dans la chambre de celle qui n’avait jamais été pour moi que la femme du boucher de Truchtersheim ? ” Il refuse de réaliser que c’est dans sa propre chambre qu’il se trouve… Une telle intimité ne serait pas la bienvenue dans le théâtre amateur.

Permettez-moi de signaler que la même chose peut arriver dans ce que l’on appelle le théâtre professionnel lorsque ce n’est plus Antigone ou Juliette qui entre en scène mais la “ grande-comédienne-machin-chose-qui-s’est- provisoirement-incarnée-en-Antigone ” A ceci près qu'on y prend le jeu au sérieux et que la convention attend Antigone ou Juliette

Alors ? Pourquoi le théâtre ? Peut-être parce que nous sommes tous un peu cette femme du boucher de Truchtersheim ou Marguerite Duras. Si j’avais la force de ne rien faire… je ne ferais rien justement, pas même parler. Renoncer même au langage qui est ma faiblesse, me reposer en le silence Est-ce possible ? Mais je ne peux pas non plus occuper mon temps dans le faire pur et sans questions du divertissement Donc, je parle, et il m’arrive même d’écrire.

Cela explique la littérature, mais le théâtre? Je répondrai : par faiblesse et par incapacité de renoncer au monde dans ce qu’il a d’immédiat.

Il est vrai que je ne conçois le travail théâtral que comme un tout où l’écriture est toujours liée à la question de sa réalisation, c’est-à-dire ne va pas sans un travail d’adaptation, de dramaturgie et de mise en scène. Pas d’écriture théâtrale pure. Par opposition à l’écriture romanesque ou philosophique qui reste toujours en retrait du monde, le théâtre s’offre immédiatement à la réalisation. Il est donc le lieu d’un compromis nécessaire et consciemment consenti avec le monde. Il est l’intrusion du faire dans le dire et l’exultation du langage dans l’espace des autres c’est-à-dire du politique. En ce sens je crois qu’il n’y a que deux catégories d’écrivains de théâtre : ceux qui écrivent pour voir ce que l’on fera d’eux et ceux qui écrivent pour faire eux mêmes. En tous les cas, ils partagent face au langage la même faiblesse : l’impatience.

Cordialement
Dimitri Wagner
Strasbourg


From: Nati

Sent: Monday, May 10, 2004 4:10 PM Subject: Re: [EcriThéa] Pourquoi le théâtre?

Dimitri Wagner : "> Cela explique la littérature, mais le théâtre ? Je répondrai : par faiblesse et par incapacité de renoncer au monde dans ce qu'il a d'immédiat.> En ce sens je crois qu'il n'y a que deux catégories d'écrivains de théâtre : ceux qui écrivent pour voir ce que l'on fera d'eux et ceux qui écrivent pour faire eux mêmes. En tous les cas, ils partagent face au langage la même faiblesse : l'impatience".

Magnifique, Dimitri, ton long développement! Merci! Mais alors, tout de suite une autre question: pourquoi l'écrivain de littérature ne cède pas à cette impatience? Ou plus vicieusement un débat éculé : le théâtre est-il de la littérature? On voudrait répondre oui, de toute évidence et je le crois. Mais confrontée à cette impatience... Quid? Nati


From: Pascal MARTIN

Sent: Monday, May 10, 2004 4:36 PM Subject: Re: [EcriThéa] Pourquoi le théâtre?

J'écris sous la forme théâtrale d'abord parce que cela me vient assez naturellement et avec plaisir et que le résultat a fait ses preuves auprès de plusieurs troupes. Ca parait peut-être un peu présomptueux, mais après tout, si tout le monde y trouve son plaisir, autant privilégier cette forme. Il est bien évident que si c'était une souffrance d'écrire du théâtre et que le résultat n'interessait personne, je n'insisterai pas et je cultiverai mon jardin. Ensuite, et plus sérieusement, ce qui me séduit le plus dans l'écriture théâtrale c'est que le texte n'est qu'une partie d'un tout qui prendra des formes variées en fonction du metteur en scène, des comédiens, du décor, de la lumière, de la lumière voire du pays. C'est l'embryon d'une oeuvre collective où l'échange, le partage, la collaboration, la créativité sont motivés par une envie commune de construire "quelque chose".

L'écriture théâtrale pour moi est un acte de générosité consistant à offrir la matière première d'un spectacle à des troupes sachant qu'elles vont se l'approprier y apporter leur propre matière et l'offir à leur tout au public.

C'est un grand moment d'émotion de voir son texte joué alors que l'on n'a pas du tout été impliqué dans l'élaboration du spectacle.

L'écriture théâtrale a vocation à être partagée avec d'autres créateurs/artistes et à être rendue publique. C'est ce qui m'interesse.--Cordialement

Pascal MARTIN
webmestre du site : http://www.leproscenium.com


From: Dimitri Wagner

Sent: Tuesday, May 11, 2004 12:42 AM Subject: Re: [EcriThéa] Pourquoi le théâtre?

Le 10 May 2004, à 16:10, Natia écrit: >" Mais alors, tout de suite une autre question: pourquoi l'écrivain de littérature ne cède pas à cette impatience? Ou plus vicieusement un débat éculé : le théâtre est-il de la littérature? On voudrait répondre oui, de toute évidence et je le crois. Mais confrontée à cette impatience... Quid?"

Bonsoir B.,

Ce que je voulais dire c’est qu’il y a une différence dans la démarche selon que l’on choisit telle ou telle forme littéraire. Ce n’est pas la même chose de choisir d’écrire un roman, un poème, une nouvelle ou une pièce de théâtre. Or, il me semble que si je décide d’écrire une pièce de théâtre c’est que je sais qu’il s’agit certes d’un genre littéraire (en tant que le théâtre est texte et donc littérature), mais qu’il transcende la littérature du fait qu’il est voué à la représentation.

Je peux certes n’avoir qu’une approche disons littéraire du théâtre en considérant par exemple qu’il est simplement un texte qui se lit, mais je sais aussi que dès le départ (Eschyle, Sophocle) le théâtre est voué à autre chose (pour la tragédie à la religion et au sacré) ; son effectuation dans le monde, dans la re-présentation.

C’est-à-dire qu’il est aussi, lumière, couleur, musique, sons, fer, bois, tissus, respiration, sueur et corps. A une époque, dans la dernière phase du travail, au moment de la prise de possession des lieux de la représentation, je me prenais systématiquement une écharde dans le doigt. Je trouvais que c’était un bon signe. La rencontre du doigt et du bois, du texte et du monde. Doigt levé, je me disais : “ ça y est, la chose prend forme ! ”

En tant que le théâtre dépasse toujours la stricte littéralité du texte, il est fondamentalement politique. Il est bien ce que Guénoun appelle “ L’exhibition des mots ”.“ Le théâtre veut un rassemblement de spectateurs ” écrit-il au début de son petit livre Et plus loin : “ formulons ici une thèse : la convocation, par appel public, et la tenue d’un rassemblement, quel qu’en soit l’objet, est un acte politique ” (L’exhibition des mots, p 8) Il institue un rapport à l’autre, à la communauté. Il est toujours dans la cité et c’est en ce sens qu’il est politique.

Il est mise en scène, donc adresse à l’autre dans la cité. Or, il me semble que lorsque j’écris du théâtre, savoir ce que le mot devient lorsqu’il est ainsi exhibé à l’autre dans la cité n’est pas pour peu dans mon choix justement de ce genre plutôt que d’un autre. C’est ce que j’appellerais sa dimension proprement érotique. Il y a ces travaux de Picasso sur le théâtre (et aussi la corrida) où ce qu’il montre surtout, ce sont les spectateurs qui regardent la scène, avec avidité.

C’est là où se tient ce que j’appelle l’impatience. Ecrire du théâtre c’est toujours plus ou moins consciemment demander à voir, presqu’au sens du coup de poker. Et plus encore, c’est chercher à voir l’autre qui regarde, surprendre le regard de l’autre. Du coup, c’est toujours aussi une question de désir. Car nous savons que le désir ne vise pas le corps de l’autre, mais sa conscience, donc le regard qu’il porte sur nous, donc en fait son désir. C’est là aussi où peut se jouer le conflit entre un auteur vivant (comme on dit si joliment) et un metteur en scène

“ Si vous êtes venu ici, en ce lieu et à cette heure, c’est que vous cherchez quelque chose que vous n’avez pas. Et que moi je peux vous donner ” Koltès le savait bien dans ce qu’il demandait à Chereau. Le théâtre donne corps aux mots. Avec le théâtre, on est toujours dans la fébrilité du deal, dans le problème du compromis avec le monde, ou du monde comme compromis. Cela parcourt toute l’histoire du théâtre : la liberté et le destin, la famille ou la cité (Sophocle, Eschyle), l’amour ou l’honneur (Corneille) le client et le dealer (Koltès)

Ecrire du théâtre, c’est donc toujours se tenir dans le désir de la représentation, dans l’impatience de voir ce que cela donne quand on est vu. Trouvez-moi un auteur de théâtre qui prétendrait n’écrire que pour écrire et non pour être représenté. Je lui jetterai la première pierre !

Ecrire du théâtre, c’est demander à ce que les mots prennent corps. Alors c’est là où se joue sans doute ce que Pascal dans son message appelle “ générosité ”, la générosité de l’auteur qui offre des mots aux corps des comédiens. Je le veux bien. Mais c’est aussi cela la séduction : accepter de s’exposer, de s’offrir à l’autre. En ce sens le plus généreux et le plus séduisant, c’est le comédien qui chaque soir s’offre et s’expose.

Alors, pour répondre question de Nati, qu’en est-il de la littérature ? Pourquoi l'écrivain de littérature ne cède-t-il pas à cette impatience? Tout simplement parce qu’il n’est pas fondamentalement dans le désir de la représentation et donc dans l’impatience d’être vu. Ou pour le dire autrement l’écrivain quand il est lu n’est pas présent. Son but principal n’est pas d’assister à la lecture de son livre par un lecteur ou une lectrice. Je me souviens de Jean Tardieu assistant à la lecture de passage de son œuvre par un ami comédien. “ Merci à mon lecteur si inspiré ” a-t-il écrit en guise de dédicace. Bien sûr que cela fait plaisir ! Mais ce n’est fondamentalement pour cela que l’on écrit. Ce n’est pas un hasard si dans le très amusant “ Si par une nuit d’hiver… ” de Calvino où se joue aussi la question du rapport de l’auteur au lecteur, il y a cette scène très drôle des deux écrivains sur les deux collines qui de leurs bureaux respectifs s’observent jalousement à la longue vue.

Et puis plus essentiellement, l’écriture littéraire est une expérience, une expérience littéraire telle que la décrit Blanchot. Une expérience intérieure donc. En ce sens, il n’y a pas en elle d’impatience, ou du moins pas au sens que j’ai donné à ce mot dans mon précédent message, c’est-à-dire une certaine manière de se rapporter au monde, dans le désir de s’en saisir et de s’y réaliser. Bien sûr, il y a l’écrivain mondain : celui pour qui écrire est le moyen de construire le personnage public de l’écrivain. Mais je ne pense pas que la littérature soit cela. Dans la littérature je ne suis dans un rapport au monde, mais dans un rapport au langage. Il me faut “ creuser le vers ” comme dit l’autre, creuser le sens

En ce sens, il y a dans la littérature une exigence toute autre que dans le théâtre. Ce que j’y apprend peu à peu c’est justement l’exercice de la patience Il y avait cette revue dont le premier numéro était consacré à Levinas et le second à Blanchot : “ Exercices de la patience ” Dans la littérature se joue l’interminable et l’incessant. L’intrusion momentanée du monde sous la forme du livre édité par exemple ne saurait mettre fin au désir de l’oeuvre La littérature, dans l’écriture comme dans la lecture est fondamentalement océanique, talmudique; “ En cela comme une piété. Un exercice. De la patience.”. Cordialement

Dimitri Wagner
Strasbourg


From: Yves Heurte

Sent: Tuesday, May 11, 2004 5:50 PM Subject: RE: [EcriThéa] Pourquoi le théâtre?

si j'ose m'avancer sur la pointe des pieds après avoir chaussé mes grosses bottes de provoc déconnant , avec "pourquoi j'écris", je pense que ce qui fait diverger le théâtre par rapport à toute écriture et à l'art en général, c'est qu'il est un enchaînement de créations sur des créations. Dans le roman, je n'ai que deux niveaux : la création de l'auteur puis celle du lecteur, et c'est fini. Dans le théâtre c'est beaucoup plus complexe car il y aura obligatoirement plusieurs auteurs gigognes : l'auteur du texte, l'organisateur qu'est le metteur en scène, le créateur qu'est le comédien puis le musicien, ou le décorateur qui avec l'environnement va modifier totalement le sens qu'ont apporté ceux qu'il baigne et enfin le public, qui crée beaucoup plus qu'un simple lecteur car il est à la fois individu et réactif multiple. Si Les misérables seront toujours Les misérables, Hamlet est voué à n'être jamais Hamlet.


From: Yves Heurte

Sent: Friday, May 14, 2004 5:31 PM Subject: [EcriThéa] Moi

Pourquoi écris-tu, ô Narcisse , homme si peu sérieux ?
Pour vivre mieux ( Mais c’est de St John Perse ! Effet raté . Plagiat).
Pour moins mourir : ( Cette fois, c’est de toi. )
Parce que ton ciel est trop bleu ce matin.
Parce que le temps est tellement pourri, ce matin.
Parce qu’à ton âge non reproductif, tu veux rester encore un productif.
Parce que tu adores la tiédeur d’un stylo entre tes doigts.
En tout cas, tu te sens mieux en écrivant qu’en essuyant la vaisselle.
Parce que tes manuscrits sont un espoir éternellement posté.
Parce que les comités de lecture sont faits de crétins illettrés.
Les enseignants aussi.
Mon conseiller général aussi.
Tous les écrivains parisiens aussi.
Pour pouvoir discourir sur les variantes infinies de l’usage du cul sans risque d’être mis au pied du mur.
Parce qu’être aimer c’est aimer être ( Cette fois, c’est encore de toi ! )
Parce que partagent la table de ministres canadiens ils ne se doutent pas qu’avec tes talents et les prix dont ils te parent, tu n’es que le rêveur d’un village de rêve.
Pour vivre dans les délices d’un harem de mots.
Par un amour de je ne sais quoi. (Mon roman, lui, le sait.)
Par un amour de je ne sais qui (mes personnages se le papotent en douce sur trois cent pages restées pour toi inaudibles)
Pour auto réguler tes névroses d’une bonne plume le jour, plutôt qu’en sales cauchemars la nuit.
Pour être entouré de jolies femmes qui n’auront jamais lu que tes titres.
Pour que ces mêmes t’adorent d’assez loin pour ne pas traumatiser ton compte bancaire.
Pour chialer seul sur la dernière page d’un livre qui pour une fois est le tien.
Pour avoir un savoir faire . Et un faire savoir. Même un faire tout court.
Ou…
Tu écrit surtout parce que ta femme le supporte. Mais chut !

Yves Heurté

http://yves.heurte.free.fr


From: Joseph Vebret

Sent: Tuesday, May 11, 2004 5:40 PM Subject:

Bonjour à tous, Je suis moi même romancier (également directeur de collection) et auteur de théâtre. Auteur heureux puisque ma dernière pièce va être publié en novembre prochain. Si j'écris du théâtre, c'est pour être dans l'authenticité des mots, la soudaineté, la continuité... Faire passer une émotion à travers un dialogue, sans autre forme narrative...

Mon intervention ici est plus intéressée : je lis vos propos tous forts intéressants. Je relance un journal en juillet prochain sur le thème de l'écriture et de la création, littérature, théâtre, peinture, musique : je souhaiterai reproduire fidèlement ces interventions sous la forme d'un petit dossier, avec mention des noms et aussi portraits/bio des intervenants.

- M'en donnez-vous l'autorisation ? - Chacun de vous pourrait-il rédiger une courte notice biographique avec indication des dernières créations ? Merci, A vous lire.

Joseph Vebret


From: Nati

Sent: Wednesday, May 12, 2004 1:33 PM Subject: [EcriThéa] Vocation du site EcriThea

Cher Monsieur Vebret et chers tous,

Heureuse d'apprendre une telle initiative!

Peut-être que le message l'annonçant vous a échappé : j'ai récemment mis en ligne les archives de toutes ces "interventions" sur le site. Pour le moment, seuls les messages de l'année 2003 sont disponibles mais très prochainement les autres archives le seront également (année 2001 à la création de la liste et année en cours 2004). J'ai lancé ce site afin d'ouvrir plus largement cette porte aux auteurs, élargir le champ d'action et de parole de EcriThea (et aussi pour présenter mes propres pages, bien-sûr), rêvant d'une sorte de journal en ligne, ouvert. Visitez donc le portail qui explique tout ça : http://homeusers.brutele.be/ecrire/

J'étais sur le point de vous en parler. Les archives d'EcriThea jouent déjà - en quelque sorte- le jeu d'un sommaire, tant il est vrai que certains messages portent le caractère de vrais articles. Mon ambition est d'ouvrir l'espace Web à d'autres auteurs et de leur donner une vitrine libre. J'en profite pour vous dire que si vous désirez pondre des articles à part de la liste, des témoignages plus intimes ou -disons, plus exhaustifs de votre travail personnel, je me ferais une joie d'ouvrir une rubrique à cet effet! mais ausi des inédits, des billets d'humeur, des chroniques, etc... et ce que vous pouvez nous livrer quant à votre travail en cours. Bref, ce qui vous semblera pertinent. Sus à vos plumes et vos idées pour le site! Il reste encore beaucoup à faire sur le plan technique, comme trouver une formule plus navigable et interractive (le php notamment) et passer en serveur privé. Minute, minute!

Nous avons donc, Monsieur Vebret, des objectifs communs. Bien que je travaille artisanalement avec mes seules petites forces et donc aussi mes faiblesses. Il me serait très agréable de mettre en synergie nos efforts pour faire connaître l'écriture contemporaine et le point de vue des auteurs. Depuis trois ans que je m'échine à rassembler virtuellement des auteurs, répondre aux questions hors liste, les chercher un peu partout, je me sentirais presque l'âme d'une recherchiste si j'avais un peu d'ego. Très naturellement, je devrais sauter dans votre train puisque nous naviguons peut-être sur de semblables eaux. Oubliant une minute les hiérarchies du monde de l'édition, je poserais volontiers ma candidature pour joindre votre équipe rédactionnelle, si j'en savais plus sur votre projet, et dans l'éventualité où vous seriez disposé de travailler de concert avec l'esprit de EcriThea, liste et site, et ma petite personne.

Plus réalistement, je serais très heureuse de voir publiés quelques messages postés sur la liste, ce serait à tout le moins une belle récompense de mes petits efforts et très profitable pour les auteurs concernés (pour autant qu'ils soient d'accord). Je vous demande seulement d'en mentionner la source motrice - à savoir EcriThea, et de nous faire un peu de pub (ce qui nous amènerait peut être d'autres participants). Donc en résumé : d'inclure les références d'origine, l'adresse Internet et sa source.

Bien cordialement, et grand merci de votre intérêt pour nous tous.

Nati


From: Serge Sandor

Sent: Friday, May 21, 2004 12:33 AM Subject: [EcriThéa] Info stage

Je me permets de vous envoyer cette information. Cordialement Serge Sandor

La Compagnie du Labyrinthe présente La Comédie musicale de Cuba à Paris Découvrez la richesse musicale et chorégraphique de Cuba par le biais de textes dramatiques en passant par le chant et la danse.

Stage AFDAS pour comédiens, danseurs, chanteurs…

du 1er juillet au 20 août 2004 au théâtre du Chaudron (Cartoucherie) sous la direction de Serge Sándor Mijail Gonzales, Indira Valdés Ramos, Martha Gallagara…

Pour tous renseignements : 01 48 94 96 18 Courriel : ciedulab @ aol.com


From: Nati

Sent: Monday, May 24, 2004 1:32 PM Subject: [EcriThéa] L'affaire Brice Petit - Les poètes et la police

Bonjour, je vous invite à lire d'urgence sur les pages du site de l'auteur Jean-Michel Maulpoix , "appel du collectif du 28 avril pour la défense de Brice Petit, contre les violences policières, pour le respect de la personne humaine et du citoyen. "

"Brice Petit, notre collaborateur et ami, est convoqué au tribunal correctionnel de Montpellier le 5 octobre 2004 à 14h (Palais de Justice, salle Pierre Michel). Trois agents de police assermentés ont déposé contre lui, le 29 avril dernier, six lignes d'accusations parfaitement mensongères, qui mettent notre ami en danger et qui, plus gravement, tentent d'asservir la langue aux seules fins policières, aux logiques de l'arbitraire et de la brutalité. Les membres et amis de moriturus dénoncent, et dénonceront sans relâche cette calomnie, que l'on peut qualifier de criminelle. Nous produisons ci-après trois pièces du dossier - trois textes - trois points de vue : celui de la police (texte de la déposition contre Brice Petit), celui de l'intéressé lui-même, et celui de Cédric Demangeot, témoin principal de toute la scène du 28 avril. Ce témoignage s'achève sur un appel au soutien des poètes, et de tous ceux que la langue concerne."

pour prendre connaissance de l'affaire et réagir : http://www.maulpoix.net/police.html

Bien à vous, Nati


From: Nati

Sent: Saturday, June 05, 2004 2:11 PM Subject: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonjour,

Aujourd'hui, au risque de provoquer de l'urticaire chez certains mais sans provocation aucune, j'avais envie de vous partager quelques questions/réponses échangées avec un rabbin que j'estime beaucoup, qui interrogent le judaïsme quant à la littérature et la création artistique en général. Pour ceux que cela intéresse... mais aussi et surtout comme prétexte à une question plus générale (volontairement terre à terre et posée naïvement) :

A votre avis, qu'est-ce qui fait le secret de l'universalité d'une oeuvre? Comment le terreau d'où vous êtes issus et où vous vivez, comment vos particularités s'articulent à votre travail d'écrivain qui voudrait tendre à l'universel? (Appartenance locale ou régionale, refus ou fierté de celles-ci, communautaire ou non, ethnique, nationale, sociale, etc... tout ça est-il si "universel"?). Non, ne me dites pas -"le talent"... je pose la question au-delà de l'évidence et lapalissades.

Vous pensez-vous universel ou particulier?

Nati

[partie enlevée, pour respect de droit d'auteur]


From: Yves Heurte

Sent: Saturday, June 05, 2004 11:21 PM Subject: RE: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Petite anecdote qui pose question :

il y a des années que j'envoie des mails à un de nos grands site littéraires et on finit par lier amitié et complicité avec les membres, et à plus forte raison ceux qui les animent. Je téléphone un jour à son principal animateur et nous parlons en privé de ceux qui sont inscrits. Je lui dis : il y a dans notre site des bouddhistes, des juifs des chrétiens des athées. Et je lui fais cette réflexion : aucun musulman. C'est dommage. Il me répond : rassure-toi il y en a un. Moi.


From: Dimitri Wagner

Sent: Sunday, June 06, 2004 1:01 AM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonjour,

Ne faut-il pas penser avec Aher ?

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg


From: Nati

Sent: Monday, June 07, 2004 3:14 PM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Dimitri,

Tu parles de Elicha Ben Abouya? Celui qui renia sa foi? Pourquoi? Quel rapport avec ma question?

En d'autres termes, tu demandes s'il ne faut pas toujours être hérétique dès lors que l'on crée ou écrit? Qu'est-ce que "Aher" pour toi? Un simple "autre" ou un pur exemple de rhétorique, de philosophie? Et bien qu'en pensez-vous, chers amis?


From: Philippe ABSOUS

Sent: Monday, June 07, 2004 3:41 PM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Je trouve curieux que dans un espace de liberté on n'a de cesse de décréter "ça doit être comme ci comme ça". Et de citer des illustres auteurs connus de leur famille proche, comme si l'instinctif, le près du sol ne pouvait sentir, vibrer, créer, sans avoir les références incontournables. C'est une façon de tuer l'imaginaire, la liberté, la créativité folle... bien sûr imprévisible. Un d'en bas (économiquement parlant, car pour le reste, j'espère qu'il n'existe pas encore d'échelle de richeterre à terre)

PA


From: Yves Heurte

Sent: Monday, June 07, 2004 11:31 PM Subject: RE: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Le cher ami Yves nage dans la perplexité. Ce site est-il de théâtre et donc laïc, ou d'exégèse de textes et de sages rabbins, ce qui me laisserait complètement hors du coup. Je me suis amusé à donner une anecdote à l'extrème d'un animateur dont personne dans son site n'a jamais soupçonné l'appartenance religieuse tant il avait poussé loin la charte de ce groupe qui n'en faisait ni un lieu de discussion idéologique ni d'exposition théologique communautariste. Et voili et voilà. . (:-)


From: Nati

Sent: Tuesday, June 08, 2004 1:22 AM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Rassure-toi Yves, c'était une réflexion partagée, au même titre que l'on fait parfois référence aux philosophes Grecs ou autres théoriciens, pourquoi non? pourquoi les uns plus que les autres? Tous sur le même pied quant à moi, et non un appel à transformer l'espace de discussion en considérations religieuses. Je serai la première à ne pas m'y engouffrer. et voili et voilà... rien de plus. D'ailleurs ma question était : vous sentez-vous universel ou particulier?


From: Dimitri Wagner

Sent: Tuesday, June 08, 2004 1:28 PM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonjour,

En fait, B., tu poses deux questions.

D’abord, celle du rapport entre le particulier et l’universel dans la littérature en général et je suppose, puisque c’en est ici le lieu, le théâtre plus spécialement.

Et puis, celle, puisque c’est ainsi qu’elle tourne, du rapport entre les exigences d’une vie religieuse spécifique et, disons le comme cela, le désir de culture. Ou plus simplement celle du rapport entre expérience religieuse et expérience littéraire.

Ces questions sont sans rapport entre elles, en apparence seulement.

J’aimerais proposer quelques éléments de réponse et les transformer pour arriver à une troisième question qui ramène plus spécifiquement au but de cette liste: en quoi le théâtre yiddish par exemple , particulier s’il en est, puisqu’ils sont de moins en moins nombreux ceux qui parlent encore le yiddish, peut-il être parlant pur l’humanité toute entière?

J’ai été amené l’autre jour à revoir avec mes élèves, des passages de l’abécédaire de Deleuze. A un moment, il dit ceci: qu’il faut savoir sortir de la philosophie. Mais que l’on ne doit pas sortir de la philosophie n’importe comment. Que savoir sortir de la philosophie, c’est savoir en sortir philosophiquement.

Et de raconter comment après la publication de son livre sur Leibniz: “Le Pli”, il reçoit des lettres. Et tout particulièrement deux lettres de deux associations qui lui écrivent: “Et bien, Le Pli c’est nous” Le première association, c’est l’association des plieurs de papier. Ils le remercient pour son livre où ils disent s’être totalement reconnus. Gilles Deleuze est charmé. La deuxième association lui écrit exactement la même chose: là ce sont les surfeurs! Ils lui parlent des plis et replis de l’océan. De leur monde qui est la vague. Et Deleuze, qui ne se moque pas là, bien au contraire, de remarquer que ces gens-là ne sont pas seulement dans une pratique spécifique mais cherche à penser ce qu’ils font. Le surf est pour le surfeur enthousiaste non seulement une pratique de loisir mais aussi toute une manière de voir, de concevoir et de vivre le monde, justement dans les plis et replis de la vague.

Donc, en sortant philosophiquement de la philosophie, on retrouve la philosophie dans le monde et on retourne à elle.

Alors pourquoi parler de cela qui, pourront penser certains, semble nous éloigner encore de la finalité première de cette liste qui est de réfléchir et d’échanger sur le théâtre?

Revenons au livre de Deleuze. C’est un livre sur le philosophe Leibniz. Or quel est le boulot du philosophe? Fabriquer des concepts. Et pourquoi fabrique-t-il des concepts? Pour parvenir à un peu mieux comprendre le monde. Alors ce que nous dit Deleuze, c’est que Leibniz a tenté de comprendre le monde et que le monde de Leibniz n’était pas n’importe quel monde mais celui de son époque: le monde baroque. Et la manière dont il cherche à comprendre la monde le fait partir d’une idée qui est celle du pli.

Autrement dit, le pli (particulier) est le point de départ. Le monde (universel) est le point d’arrivée. Et vice versa. La démarche est donc la suivante: pour Deleuze, l’idée de pli (comme point de vue particulier) rend compte de la manière spécifique (baroque) dont Leibniz comprend le monde (comme objet universel). “Le trait du Baroque, c’est le pli qui va à l’infini” écrit-il. Replis de la matière, plis de l’âme…

Mais là encore, vous pourrez me dire: quel rapport 1/ avec la question de B. 2/ avec l’objet de cette liste?

La réponse est simple.

D’une part, l’idée du pli (qui va à l’infini) n’est pas simplement une idée philosophique mais se retrouve aussi bien dans les sciences (la mathématique leibnizienne des courbes) et dans les arts (peinture, architecture, théâtre baroques)

D’autre part, cette manière spécifiquement baroque de voir et/ou de comprendre le monde à partir du pli ne saurait nous intéresser au titre de la simple érudition mais constitue une proposition d’interprétation du monde en général et que nous pouvons et/ou devons considérer.

Il y aurait un néo-Baroque monderne que Deleuze prétend retrouver dans la poèsie de Mallarmé et le roman de Proust. J’ajouterai que peut-être aussi dans le cinéma de Peter Greenaway. Je dirais que la manière Baroque de voir le monde constitue du côté une des explications possibles du monde.

Donc, pour apporter une première réponse à la question de B.. Il n’y a pas à choisir entre le particulier et l’universel, et surtout pas en art.

Puisque le choix impliquerait scission et rupture.

Si en art j’opte pour le particulier, j’en reste à la particularité de ma petite histoire qui n’a aucun intérêt en elle-même. C’est tout le problème de cette de plus en plus abondante production nombriliste qui confond l’intime et le littéraire pour parfois tomber dans le simplement obscène.

Si à l’inverse j’opte tout aussi exclusivement pour l’universel, j’en reste à la généralité vague et abstraite, froide et sans vie de la théorie. C’est la roman à message ou l’art officiel.

Il est donc évident que la démarche de l’art est toujours dans un mouvement qui va de l’un à l’autre et verse sans cesse l’un dans l’autre, trouve toujours l’un dans l’autre.

Hegel le dit à sa façon: “l’art est la manifestation sensible du vrai”. pour lui donc une des trois manières, avec la philosophie et la religion, d’arriver à la vérité, pour parler vite. Mais justement celle où l’universel en s’incarne et se matérialise dans l’œuvre particulière.

On pourrait aussi le dire autrement: si “Madame Bovary” est un chef d’œuvre ce n’est pas parce cela raconte simplement l’histoire particulière d’une femme particulière, mais parce que ce faisant il raconte l’histoire de toutes les femmes, et pas seulement des femmes mais aussi bien comme vous le savez, puisqu’il l’a avoué “Madame Bovary, c’est moi”.

Je le dirai plus simplement, laissant de côté la question de la vérité. Chaque artiste (mais aussi bien philosophe) nous propose un point de vue spécifique sur le monde. Une manière particulière de concevoir ou comprendre et d’expliquer (pour le philosophe par le concept) ou de percevoir et de ressentir (pour l’artiste plus particulièrement mais sans toutefois le réduire à la seule dimension sensible) le monde.

Mais plus encore, chaque artiste est un monde. C’est sans doute cela son plus travail le plus profond: le devenir-monde. Le devenir-monde de Kafka. Le devenir-monde de Proust ou de Van Goch ou de Mozart, Et pour le théâtre le devenir-monde de Koltès ou de Thomas Bernhard.

C’est par cela qu’ils deviennent pour nous immédiatement reconnaissables. On parle de style, soit. Mais le style, c’est la manière qu’a trouvé un artiste de nous introduire dans son monde..

Je me suis souvent dit que le monde de Duras par exemple est un monde intéressant mais qu’il n’est finalement supportable qu’à condition de pouvoir en sortir; et que pour rien au monde je n’aimerais être Duras, enfermé dans le monde de sa lancinante musique, où “c’est tellement, tellement dur”, où “c’est la fin du monde, toujours. Toujours, la fin du monde”, etc…

Alors du coup, il y a des mondes où l’on se sent plus ou moins bien, où l’on se retrouve plus ou moins aisément. C’est cela la rencontre

J’arrête là, provisoirement.

Pour ce qui est de la deuxième question, réservons là pour un prochain message. Juste l’introduire par une histoire, que sans aucun doute tu connais, B..

Quatre sages pénètrent dans un jardin.Le premier meurt. Le deuxième devient fou. Le troisième devient autre. Le quatrième parvient à entrer sans dommage et à en ressortir indemne.

Le troisième est effectivement celui que l’on surnomme Aher (l’Autre) Elicha ben Abouya. Alors quel rapport avec la question de l’universel et du particulier?

Cordialement
Dimitri Wagner Strasbourg

PS: Pris par le temps, je ne relis pas On me pardonnera les multiples fautes.


From: Nati

Sent: Tuesday, June 08, 2004 3:33 PM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonjour, trop rapidement un petit message :

Oui Dimitri, tu as bien compris que ma question était plus large et très vicieuse, c'est pourquoi j'avais averti que je la posais naïvement... Ton développement va dans ce sens, ceci dit, en partageant un échange avec un rabbin, je ne voulais pas du tout parler du "rapport entre expérience religieuse et expérience littéraire". J'aurais pu vous fourguer le même type échange au travers de multiples autres cadres, religieux ou non, et pourquoi pas un échange avec un criminel "auteur" en prison, genre serial killer?? Je n'ai pas pour habitude de me censurer, et cet espace, s'il en est de liberté, n'a pas de tabou à avoir. Tout ce qui rassasie la curiosité n'est-il pas de mise chez un auteur? Si j'ai choisi celui-là, c'est d'abord que je l'avais sous la main. C'est aussi que ce qu'on sous-entend par "laïcité" est trop souvent synonyme de gage pour l'universalité et la neutralité, ce qui pour moi ne va pas de soi et ramène la question de départ, celle de ce va et vient du particulier à l'universel. Rien de pire que le neutralité... Parce que, qu'on le veuille ou non, nous sommes inscrits dans un lieu et un temps, influencés par un type d'éducation bien précis ou imprécis. Si je résume ton point de vue, par l'histoire que tu donnes en exemple -celle issue du Talmud, du jardin de la connaissance, comme celle de Deleuze, amènent un autre va et vient : pour pouvoir créer, il faudrait donc pouvoir sortir du moule, soit devenir hérétique (dans un cadre religieux), soit sortir philosophiquement du cadre de la philosophie?? Est-ce que ce n'est pas tomber simplement dans le cliché et l'évidence, où pour faire du neuf et briser les règles, il faut bien connaître ces règles?? J'aurais plutôt tendance à penser que plus on se débarrasse de l'universel plus on l'atteint, on plus on entre dans le particulier, non pas l'autobiographique mais dans la sincérité de ce qui relie notre histoire particulière au monde (notre inscription particulière s'effaçant).

Pour le reste, pas le temps de développer je posterai plus tard. Ma question en cachait une autre : celle de l'illusion de l'auteur (voire de la critique littéraire) quant à ce qu'il imagine écrire. Ce rapport toujours décalé...

Nati


From: Dimitri Wagner

Sent: Tuesday, June 08, 2004 4:55 PM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonjour,

Là aussi très rapidement et en ayant juste survolé ton message donc avec le risque de ne pas l'avoir trop bien compris. Mais Derrida est à Strasbourg et j'ai raté hier à la fac la rencontre avec les profs de Philo Donc dans une 1/2 heure, il sera question de l'Amitié.

D'abord, j'ai le sentiment que tu cherches comme à t'excuser d'avoir introduit sur cette liste une référence à la pensée juive. Sache que, pour ma part, j'ai un très grand respect pour toutes les "pensées religieuses" en tant qu'elles manifestent chez l'Homme un désir du divin ou du sacré. (Pour ce qui est du versant politique des religions et qui n'est pas d'ailleurs dans l'entretien avec le Rabbi, c'est une autre question qui n'a peut-être pas sa place ici et que nous pouvons poursuivre en privé si tu le souhaite.) En tant que philosophe mes références sont avant tout grecques et puis aussi culturellement allemandes. Mais comment pourrait-on négliger l'apport à la pensée, à la culture et à la science européenne des monothéîsmes !

Juste (je reviendrai là-dessus) pour ce qui est du Rav Elicha, je ne voulais pas souligner le fait qu'il est considéré comme hérétique, mais qu'il est considéré malgré cela, si je me souviens bien, quand même comme un sage ou un saint homme. D'autre part, je n'ai pas voulu dire que pour créer, il faut sortir du moule. Ce qui est effectivement, comme tu le soulignes, une naïveté d'adolescent romantique. Il n'y a pas de choix à faire entre universel et particulier, c'est cela que j'ai voulu dire. Ce n'est pas soit l'un, soit l'autre. Mais bien, comme tu le soulignes, que c'est du plus authentiquement particulier que surgit la dimension universelle.

Cordialement Dimitri WagnerStrasbourg


From: Yves Heurte

Sent: Tuesday, June 08, 2004 5:25 PM Subject: RE: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

B'jour, Nati. Difficile de vous répondre. Je n'ai pas la gymnastique philosophique, ni le vocabulaire. Ce qui m'a gêné dans ton message où tu veux nous faire parler d'universel c'est que tu invoquais les rabbins et les idées qu'ils avançaient ne me semblaient avoir aucun sens pour la grande majorité. Elles n'avaient donc rien d'universel. Car le langage universel n'existe que dès le moment qu'il s'adresse à l'universel de l'homme et non spécifiquement à un groupe, qu'il soit religieux, idéologique, technologique, dans son langage spécifique et crypté. Un échange universel très paradoxalement demande à être inscrit par ses racines dans une culture et une tradition et à être en même temps assez partagé pour se traduire immédiatement dans une autre. C'est en ce sens qu'on peut sans doute dire que le langage universel à quelque niveau qu'il s'élève reste toujours simple. C'est ce qui me fait dire que l'essentiel de la poésie et ce qu'elle a de plus rare et difficile n'est pas sa technique mais le sentiment de justesse qu'elle dégage. Une qualité qu'on ressent et qu'on reste incapable de définir quand on l'a rencontrée. Comme l'universel, par essence, se ressent mais ne se définit pas. Amitiés...YV


From: Nati

Sent: Tuesday, June 08, 2004 9:18 PM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Cher Dimitri, non, non, pas cherché à m'excuser (de quoi?) mais à expliquer pourquoi. Parenthèse : Au fait, pour compléter ton histoire, c'est Rabbi Méïr qui est resté malgré tout son élève, et les sages ont dit de lui, quelque chose comme : "Il a jeté l'écorce et gardé le noyau" (au sens où quelqu'un peut "fauter" et trahir mais demeurer précieux dans son enseignement., ce qui est intéressant lorsqu'on pense à tous ces auteurs parfaitement salauds dans la vie et qui ont pondu pourtant de grandes oeuvres (toujours la question de Diderot, on ne s'en sortira pas).

Cher Yves, ... à mon tour d'être perplexe, ou plutôt dubitative. Je n'avais pas imaginé un seul instant que le rabbin ne parlait pas un langage universel, une fois qu'on enlève les termes spécifiquement religieux!! Très franchement! Encore plus perplexe devant ta définition du langage universel, qui paraît pourtant couler de source et plein de bon sens. Alors posons la question sous cet angle-là : Qu'est-ce que le langage universel??

Amitiés, bien à vous,

Nati


From: Yves Heurte

Sent: Wednesday, June 09, 2004 12:08 AM Subject: RE: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Qu'est-ce que le langage universel? J'aurais tendance par provocation à dire : le langage universel est très exactement l'inverse du langage philosophique. Car il est infiniment plus difficile de dire de façon simple le complexe que de développer de façon complexe des banalités. Ouah Voilà pour rire cette petite nouvelle qui illustre mes méchancetés de charbonnier inculte :

********************

L'ombre portée

…Et Signore Nacali se leva. Il demanda si quelqu'un de l'assistance voulait poser quelque-question-que-ce-soit-sur quelque-sujet-que-ce-fût. Suivit un silence de terreur puis un intellectuel barbu osa balbutier:

- Signore Nacali... Il mit sur le tapis une problématique freudienne si complexe qu'il ne se comprenait pas lui-même. Illico, avec la plus grande aisance, il Signore Nacali lui signifia quelle question il avait voulu poser et lui apporta la réponse tant espérée. Les mots fins jaillissaient de ses lèvres comme un collier cristallin et baroque. Des séquences aussi comptées que les pas d'un chat effleuraient les crânes nus de l'assemblée.

Aisance! Aisance! Aisance? S'ils avaient su, ceux de l'intelligentsia, quelle terreur cachait cette maestria! S'ils avaient soupçonné sous la volubilité et la ferveur nacalienne sa terrible infirmité! Car si la moitié de la vie du grand homme était d'accoucher de sa gloire, l'autre moitié était de mettre son secret à l'ombre."Mettre à l'ombre" est le mot juste car le noir châtiment de son âme était justement son ombre qui, à force d'entendre parler liberté d'esprit avait décidé de s'y mettre à son tour en prenant à la lettre les exhortations de son illustre psychanalyste.

Quand Nacali s'envolait en supputations de haute voltige, quand la salle se pâmait sur les velours rouges, quand chaque esprit était le cerf volant du souffle nacalien, c'était moins, ô grand homme, pour consolider ta gloire acquise que pour cacher les frasques de ton ombre qui, par définition eussent été publiques. Ainsi certains soirs, comme Nacali haranguait une académie de Rotterdam, debout, les mains en "mixer à idées", son ombre assise s'endormit d'ennui. Les ailes du génie battaient si fort aux bras de l'illustre que personne ne se rendit compte de l'événement honteux que cachait l'estrade. Aucun anti-nacalien ne cria: "Et pourtant, elle dort"!

Ce fut pire quand Nacali heurta la table de son poing, frappant les mots comme on forge, jetant l'esprit en bouffées d'étincelles alors que l'ombre, projetée sur la toile derrière son dos, gardait obstinément les bras croisés. Nacali, heureusement, sentait d'instinct quand sa sœur noire tournait mal. Il avait le génie de couvrir ses arrières.Ô vie qui semblait paisible comme une boutonnière de notable, tu n'étais donc que combat avec un double obscur!

On peut certes dire qu'il en est ainsi de tout ce qui pense, mais pour Nacali son ombre était privée et non métaphysique. Ses seuls moments de paix, il les trouvait quand elle se défilait, quand elle se mettait à l'ombre, dirions nous, si nous n'avions peur parlant d'un tel homme, de faire un calembour aussi pauvre. Mais, hélas, ces jours là, le cheval spirituel de l'Illustre perdait son fouet. Sa mouche philosophique ne poussait plus son coche.

Heureusement pour l'humanité, l'ombre ne supportait pas longtemps de perdre son homme. Elle s'étiolait sans lui comme une femme de culture, si elleégare ses lunettes, se voit réduite aux commérages. Cet équilibre précaire bascula avec l'âge. Nacali, de plus en plus installé dans le fauteuil de la célébrité se rangea. Son ombre en conçut une sombre amertume, une jalousie maladive "de classe". Le géant écopa d'une ombre de concierge.

L'infirmité, c'est fatal, devait finir par être mise à jour. Ce fut à Milan, dans la Stella Majore dell'piccolo. Sous le feu des projecteurs, en pleine envolée, Nacali vit les yeux des auditeurs le quitter pour se diriger vers le pompier de service. L'ombre l'avait abandonné pour faire au brave fonctionnaire casqué...devinez? Les cornes immenses de Wotan. Allegro ma non troppo, puis dacapo furioso! Nacali, fou de rage, la gifla avant de botter ses fesses noires à grands coups de souliers vernis.

Heureusement, la gloire du psychanalyste libertaire était si tangente au zénith que l'assistance galonnée et cravatée pensa que faire le pitre dans ce salon mondain ne pouvait être qu'un pied de nez supra mental, une bouffonnerie "psy" géniale. Mais l'alerte avait été si chaude que l'intellectuel, faute de pouvoir faire entendre raison à cette pauvre infirme noire, la sienne hélas, décida de la perdre.

Il choisit d'accomplir ce méfait en plein désert des Pouilles, où il disposerait dans la solitude d'un grand décor, digne en tout point de la tragédie unique qui s'allait perpétrer. Il pensait aussi que ce paysage rude et sublime donnerait à cette querelle de ménage, pour peu qu'elle devienne sujet de publication, un parfum titanesque. Nacali monta donc sur un pur sang de louage pour se diriger vers les collines pelées du Tartiglio. L'ombre, qui avait une sainte horreur de la canicule, marchait à côté du bourrin quand ils croisèrent un brave paysan endormi sur sa mule.

C'était bien la première fois que cette pauvre mule voyait l'ombre d'un cheval le suivre à pied. Elle en fit un écart qui réveilla le muletier. Nacali ne trouva aucun discours pour convaincre le brave homme que son ombre avait de ces perversités, et l'empêcher de s'enfuir en suppliant toutes ses"Madones". Arrivés enfin sur une plaine aussi sèche que la tartine du pauvre, Nacali fit son grand coup. Volte-face subite suivie d'un coup d'éperon pour emballer la bête. Il ne tarda pas à être débarrassé de l'ombre qui n'avait pour courir que ses pauvres jambes bleues. Notre grand homme, enfin libre, allait entrer dans la première auberge quand sur la vitre embuée, il vit un doigt noir tracer:

! IOT EIFEM que son intelligence inversa aussitôt. Une ombre s'interposa, la sienne, et c'est elle que traversa le plomb du méchant tenancier. Impossible désormais, pour un homme d'une telle stature morale, de se débarrasser d'une suiveuse à qui il devait la vie. Il convenait de traiter au plus vite. Il s'assit sur une pierre, en posa une autre à l'inverse du soleil pour avoir son ombre en face et dit:

- Je te propose un marché.
- O K, fit l'ombre. Moi aussi.
- Nous nous adresserons tantôt l'un tantôt l'autre au public. Ma bouche dira ce que tu voudras quand ce sera ton tour de parole, mais quand ce sera le mien, en toute circonstance, tu te comporteras en ombre fidèle. Tes mouvements seront les miens, sans la moindre originalité, et quels que soient tes sentiments.

- C'est justement ce que je voulais te proposer. Et Nacali de penser: "Je peux bien me permettre une fois sur deux de dire des sottises, pourvu qu'on m'écoute sans être distrait par "l'autre" quand ce sera mon tour de parler."

Pour le premier congrès à la Schola Freudica de Brindisi, ce fut au tour de l'ombre de dicter son discours à son maître. Elle n'éprouva ni gène ni peineà lui faire proclamer, avec un prodigieux brio, l'inverse de ses théories. Un tonnerre d'applaudissements couvrit la fin de la péroraison. Nacali, (ou son ombre?), furent faits Doctor (es) de l'Academia Brindisia, et personne ne se douta à quel point les paroles nacaliennes avaient été ce soir là étrangères au grand homme. Ce fut comme si, pressant un citron, on avait obtenu du "ketchup". Le chagrin et la honte solitaire de Nacali furent poignants. Il venait lui-même d'assurer le triomphe des idées anti nacaliennes! Le lendemain, sur la même estrade, en discours de clôture, il décida de démolir les propos de l'ombre de la veille, tout en la surveillant du coin de l'oeil. Elle fut exemplaire, ne pipant mot et remplissant son contrat d'ombre si parfaitement que ç'en était touchant. Et comme la veille, un triomphe!

Cette fois, le savant flancha. Il ne savait plus ni qui il était ni où il enétait de ce qu'il avait cru être. Pour s'exprimer plus simplement comme il avait l'art de le faire: "sa sensation de conviction, relative à la justesse des conventions construites avec cette ombre n'étaient plus éveillées en son en-soi qu'une fois ce transfert résolu, mais le contre transfert s'avérait impossible. (Die Richtigkeit des Konstruierten Zusammen länge) Milan, Genova, Padoue!

A Assise, Nacali n'était plus qu'un pantin dont les gestes s'efforçaient de précéder les mots de l'ombre. On se battit pour entrer dans la salle, puis notre Illustre fut porté en triomphe, ô ironie, jusqu'à l'hôtel Sole Mio. Le groom déclara à la presse qu'il l'avait vu pleurer entre les bras d'une sorte de veuve noire. Propos que les post-mortem-up-to-date rapprochèrent de la célèbre visite à Mozart mourant. Nacali abandonna cette terre ingrate sans l'ombre d'un regret. Comme le ciel restait bouché sur toute l'Ombrie, son ombre ne suivit même pas le cortège funèbre. Le discours, déjà insipide, fut déclamé par un disciple. Sur la tombe du grand penseur, si vous passez par Assise, vous verrez gravée la plus célèbre réplique de Nacali:

- Maître, vous m'aviez bien dit " Tout n'est rien"? - Je n'ai jamais rien dit. Que ce soit tout. Depuis ce temps, un saule pleure sur ces grands mots qu'une ombre ténue caresse éternellement.


From: Roger Burton

Sent: Wednesday, June 09, 2004 2:39 AM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonjour à tous,

en lisant votre échange, j'ai l'impression que le référentiel de chacun est loin d'être commun. L'universalité n'est pas la neutralité (deux notions à tout le moins juxtaposées par Nati). Placer l'universalité du côté des sensations ne me paraît pas pertinent, puisque, si le fait d'avoir des sensations est universel (dans le sens "partagé par tous les êtres humains"), y a-t-il rien de plus façonné par le contexte culturel, de "conjoncturel", de contingent ?...

Nati semble vouloir poser la question, eu égard au champ qui est celui de cette liste de discussion, non sur la possibilité d'un universel ("il y a de l'universel"), ce qu'elle semble présupposé pour acquis (ce que je fais aussi d'ailleurs), mais sur la possibilité pour un système de représentation (ce qu'est toujours aussi une œuvre, de quelque nature qu'elle soit) ou de valeurs d'être universel.

Évacuons tout de suite d'autres hypothèses: la thématique ? non, évidemment, ou alors tellement généraux que l'universalité y perd son sens (le pouvoir, le désir, la mort ...) la "langue" (la poésie, les images, le rythme ...) ? non plus et même sûrement pas ! l'histoire racontée ? que non ... Certes les théories du récit ont pu établir des typologies cohérentes et consistantes qui recouvrent toute la combinatoire possible des quelques éléments de base de tout récit ...Typologies appliquées avec succès sur des récits de divers types et de toutes cultures. Mais ce n'est jamais qu'un fait de structure, comme si l'on disait que le résultat de 2 + 2 est 4 pour tout le monde: c'est un résultat universel ... le mot "universel" est ici inapproprié. Les émotions (je reviens à la proposition de Yves) ? Et sans doute veut-il pointer l'universalité des textes qui provoquent de l'émotion sous toutes les latitudes et en tous temps ? Mais l'ennui, l'incompréhension sont des émotions ? Veut-il dire des émotions "fortes" ? Mais je vous assure qu'il y a des gens que Shakespeare laisse de marbre (ce qui est aussi une émotion) ? Bref, cette hypothèse ne me paraît pas porter loin.

Reste donc le système de représentation et le système de valeurs ? Certes on retrouvera sans doute des invariants structuraux dans tous les systèmes de représentations du monde, mais encore une fois, faits de structure vide de son sens ce que l'on cherche à trouver de sens dans l'universalité d'une oeuvre ... Quant au système de valeurs, je doute, par un autre fait de structure, qu'il en existe un d'universel (les Droits de l'Homme en tant qu'universels ne sont qu'une fiction occidentale).

Bref je finis par croire que dire d'une œuvre qu'elle est universelle ou qu'elle véhicule un message, ce n'est peut-être qu'une façon imagée de dire:

1/ c'est une grande œuvre qui intéresse bien d'autres que celles et ceux pour qui elle a été écrite (dans le temps et dans l'espace);

2/ elle fait partie du patrimoine de l'humanité (qui décide, selon quelle légitimité, ...? et quel rapport avec l'Universel, sinon dans la reconnaissance mutuelle de ce qui fonde l'autre dans sa culture et de la coresponsabilité que nous prenons tous à préserver cet "agalma" de l'étranger).

3/ Nati, Roger sont nos prénoms, humain est notre nom ... une manière de faire acte de foi sur l'humanité que nous partageons tous en "un temps de manque" (pour détourner un très beau poème d'Hölderlin).

4/ Hollywood a encore de beaux jours devant lui à piller ainsi le patrimoine culturel universel pour faire du fric (Troie, La passion, etc.).

Les religions du Livre n'ont rien d'universel (les Toltèques s'en brossent et ont même été massacrés à cause d'elles), le fait religieux est sans doute universel ... mais on ne va pas très loin en disant ça.

Puis, en essayant d'entrer cependant dans le jeu, j'essaie de me demander pourquoi néanmoins, certaines œuvres résistent au temps ou au déplacement dans l'espace (Shakespeare au Japon en 2004, par exemple). Bref, qu'elles intéressent ici et maintenant quand elles ont été écrites dans le temps et ailleurs ?... La sociologie de l'art montre que des oublis et redécouvertes rythment l'histoire de la valeur des œuvres. Bach a été oublié, Van Gogh n'avait rien d'universel de son vivant, et Shakespeare au Japon, c'est surtout Macbeth et Hamlet (deux histoires de fantômes, et l'on ne comprendra rien au théâtre japonais dans son ensemble, si l'on ne croit aux fantômes !). Et donc cette "résistance" est bien relative.

Je crois donc que c'est un faux problème provenant d'une utilisation inadéquate d'un jeu de langage (et hop, un coup de Wittgenstein).

Par contre, je crois que certaines œuvres sont plus susceptibles que d'autres d'interprétations diverses. Elles sont plus que d'autres, des machines de production de sens "en tous sens". Ce n'est pas par hasard que l'œuvre de Shakespeare a suscité tant de commentaires. Elles le seront d'autant plus qu'elles touchent dans la structure de leur récit à ces quelques invariants anthropologiques mis au jour depuis Durkheim et Mauss, en passant par Lévi-Strauss ou Freud. Et mêmes ces invariants ne sont pas nombreux et sont mis en cause par d'autres théories, c'est dire que l'universalité de Shakespeare par cet abord reste bien fragile et très relatif.

Enfin, je reviens à l'origine "religieuse" de ce débat. Ts Ts Nati, c'est évidemment pervers comme question. Parce que, qu'il y ait de l'universel (en terme de sens, de représentation, de valeurs), c'est une nécessité pour les religions du Livre. Ce qui a d'ailleurs causé en partie le clash avec le Monde Romain (pour le christianisme); le panthéon romain n'était pas exclusif et les romains admettaient assez facilement que leurs dieux étaient des dieux romains, et que d'autres peuples avaient leur propre panthéon. Les lois de l'hospitalité réglaient ça, même chez les dieux. Et la prétention à l'universalité du christianisme naissant (non en tant qu'Eglise, mais dans ses dogmes mêmes, dans ses fondements théologiques) ne pouvait fonctionner que dans une logique d'exclusion, d'éradication du panthéon romain !

Je terminerai par une percée politique: Je peux vouloir défendre politiquement l'universalité d'une valeur, par exemple celle de l'égalité de tous, c'est-à-dire de chacun quelconque avec chacun quelconque. Je peux en faire un objectif: que cette valeur soit un jour partagée par tous. Mais c'est une construction politique, un processus contingent et certainement pas immanent ou transcendant à la nature humaine.

A propos, il n'y a pas de nature humaine. Seulement de la culture, c'est-à-dire du langage.

Un traité de théâtre d'il y a dix siècles disait (je cite de mémoire)"un bon spectacle est un spectacle qui apporte des réponses à chaque spectateur sur les affaires du Cosmos, des dieux et du Roi, c'est aussi un spectacle qui lui apporte des réponses sur ses affaires et sa famille, c'est enfin un spectacle qui apporte joie et consolation à l'ivrogne qui est entré là par hasard."

Désolé d'avoir été si long.

Bien à vous tous
Roger Burton


From: Roger BURTON

Sent: Wednesday, June 09, 2004 2:51 AM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Une dernière chose (désolé aussi pour les fôtes d'ortografe, et les phrases incompréhensibles du courriel précédent: il est tard et je suis fatigué):

il ne serait pas difficile de montrer que la notion d'universalité en terme de valeur ne peut être atteint comme concept (comme objectif, politique par exemple) qu'à partir d'une position matérialiste. Autrement nous ne pourrions être renvoyé qu'aux théologies (ou pire, aux théodicées): et l'on sait combien les dieux universels manquent d'hospitalité pour les autres dieux. Des peuples entiers en ont payé ou en paient encore aujourd'hui le prix.

A bientôt et c'est toujours un vif plaisir de vous lire, même si je n'ai pas le temps malheureusement de participer plus souvent à vos ébats (heu débats). (et des hauts aussi).

Bye Roger


From: Nati

Sent: Wednesday, June 09, 2004 11:29 AM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonjour,

Oui Roger, ma question était gentiment perverse, en ce sens que je ne crois pas la critique littéraire ou l'universitaire spécialiste lorsqu'il parle avec emphase d'universalité en matière d'art. Je ne nie pas qu'il en existe une -par accident?- et si oui d'après quelle recette? (puisqu'on parlait de Shakespeare) mais en matière de représentation théâtrale (un domaine codifié s'il en est!) je suis plus que sceptique. Cette notion d'universalité concernant l'art m'apparaît personnellement comme une invention de l'occident et issue effectivement du matérialisme le plus pur. Dès que l'on change d'angle, ces codes ne tiennent plus debout. Le théâtre=un espace laïque, comme dit Yves, ne va pas de soi partout, ou n'a pas la même signification. Il suffit de s'intéresser au théâtre Nô, au Kabuki, au théâtre Balinais, Africain, pour se dissuader de notre "vision universelle" si euro centriste (selon moi). Et même à l'intérieur de notre occident, il suffit de changer d'angle pour inverser tous les codes. Voilà pourquoi j'ai pris un exemple en puisant dans le domaine religieux, parce que c'est un exemple "fort" (et notez que même en ce domaine, le rabbin disait en substance : si vous êtes artiste, soyez rigoureusement pratiquant mais ne vous soumettez pas à la pensée religieuse!).

Ce que je reproche à la philosophie comme outil pour expliquer ces choses-là, c'est que précisément elle ne peut être universelle, elle aussi est partiale puisque son référentiel est purement occidental et issu de la pensée des philosophes Grecs. Parce que, par nature elle cherche à convaincre, et par nature, ne débouche que sur elle-même, comme un grand serpent se mordant la queue (tiens, un symbole universel). Vous me direz : c'est humain, il faut bien s'appuyer sur quelque chose, délimiter notre champ de recherche (typiquement universitaire!).

Et si, l'espace d'un instant, nous laissions tomber notre "savoir" culturel? nous partagions cette question en tant qu'artiste? Que répondrait votre intuition de créateur? Et ramenons le débat vers l'écriture, théâtrale en particulier mais plus largement, en tant qu'écrivain, vous pensez-vous écrire comme ci... ou comme ça?

Sourires, bonne journée à tous,
Nati


From: Dimitri Wagner

Sent: Wednesday, June 09, 2004 12:06 PM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonjour,

Le 8 Jun 2004, à 21:18, Natia écrit: "Au fait, pour compléter ton histoire, c'est Rabbi Méïr qui est resté malgré tout son élève, et les sages ont dit de lui, quelque chose comme : "Il a jeté l'écorce et gardé le noyau" (au sens où quelqu'un peut "fauter" et trahir mais demeurer précieux dans son enseignement., ce qui est intéressant lorsqu'on pense à tous ces auteurs parfaitement salauds dans la vie et qui ont pondu pourtant de grandes oeuvres (toujours la question de Diderot, on ne s'en sortira pas)."

"Mais Racine ? Celui-là certes avait du génie, et ne passait pas pour un trop bon homme. ..."

Ah ! Souvenirs ! Le neveu de Rameau a été la première pièce que j'ai mise en scène. Et puis un peu plus loin : "Lequel des deux préféreriez-vous ? ou qu’il eût été un bon homme, identifié avec son comptoir comme Briasson ou avec son aune, comme Barbier, faisant régulièrement tous les ans un enfant légitime à sa femme, bon mari ; bon père, bon oncle, bon voisin, honnête commerçant, mais rien de plus ; ou qu’il eût été fourbe, traître, ambitieux, envieux, méchant ; mais auteur d’Andromaque, de Britannicus, d’Iphigénie, de Phèdre, d’Athalie."

Du coup, une question : tu parles d'Elicha comme d'un traitre Pourtant, il semble qu'il a perdu la foi en voyant un enfant qui accomplissait un précepte de la Tora, mourir ?

Il s'agit là à mon sens, je ne suis pas spécialiste, plutôt d'une révolte un peu comme ce qui s'est passé après le tremblement de Lisbonne. Et pire, puisque le père dit à l'enfant de grimper à l'arbre pour chercher les oeufs ou les oisillons, comme le dit la Tora de le faire, et la branche casse. L'enfant meurt. (Là je pense à cette partie aussi du décalogue de Kieslovski où l'enfant meurt parce que la glace se brise alors qu'il avait avec son père calculé - là c'est la science qui est en jeu - qu'il n'y avait pas le moindre danger. Et le père, fou de douleur, saccage l'église)

Donc plus un révolté qu'un traitre, non ? Par contre, et que l'on me pardonne mon ignorance, ce que je ne comprends absolument pas c'est : pourquoi diable aller chercher des oisillons dans un nid ?

Cordialement Dimitri Wagner Strasbourg


From: Nati.

Sent: Wednesday, June 09, 2004 8:07 PM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Bonsoir bonjour,

Oui, "le Neveu de Rameau", c'est exactement à ce passage que je pensais. Tiens, on change de sujet? Mais change-t-on vraiment de sujet? Hum...

Parenthèse: Pour Elicha, c'est toi qui as amené cette histoire. Je ne voulais pas m'étendre en ce domaine pour ne pas raser tout le monde ici mais voilà, obligée de te répondre car il me semble que tu fais erreur. Je n'ai pas dit "traître" mais trahison. Il est des trahisons qui ne nous transforment pas en traître pour autant! Trahison, peut être au sens intime face à Dieu ou la foi (et encore, foi n'est pas ici le terme exact qui est trop simple), on dira un hérétique. L'histoire exacte est : "il a vu et il a coupé ses racines". Ou plus exactement, comme il est dit dans l'histoire, quelqu'un qui a renié sa foi pour ne pas faire comme les autres face au jardin de la connaissance, ni devenir fou, ni s'enfuir, ou plonger plus profondément dans la connaissance (mais là on tombe dans la kabbale qui est inaccessible pour chacun d'entre nous ici). Si tu veux je te recopierai l'histoire au complet et te l'enverrai en privé (si quelqu'un d'autre la veut, écrivez-moi).

C'est marrant, parce que c'est toi qui dévies sur l'aspect "religieux", alors que le témoignage du rabbin que je vous ai livré incluait la part de distance nécessaire rapport à la religion, et c'est ce message-là que j'ai voulu souligner. L'aspect dedans et dehors simultané. J'adore ces contradictions...

Par exemple tu parles du Décalogue de Kieslowski pour parler de révolte, pourquoi révolte? Révolte par rapport à quoi? J'ai toujours eu beaucoup de mal à comprendre la révolte, parce qu'elle suppose un assujettissement préalable. L'extrait filmique dont tu parles, c'est la même allégorie que celle du livre de Job (Bible). Or, il n'en est pas question dans l'histoire du Talmud que tu as esquissée. Mais on s'éloigne de nouveau du sujet principal. Enfin quant à moi, ou alors explique-moi que non.

Amitiés, Nati


From: Nati

Sent: Thursday, June 10, 2004 1:19 AM Subject: Re: [EcriThea] Etes vous universel ou particulier?

Pour éclairer différemment la question par un autre registre que j'aime beaucoup, je vous propose un tout autre univers, deux extraits de roman de l'écrivain Iranien, Réza Barahéni. (Superbe mélange des cultures, d'ailleurs, que ce roman: poésie persanne, légendes pré-bibliques, Torah, Coran, intimité avec Shéhérazade, en passant par Borges, Kafka, géomancie, politique, plus un climat Austerien, ouf!)

"Le képi est toujours assis sur la tête de Seyyed. Azodi se présente d'un côté et Lâdjevardi de l'autre. De deux glorieuses époques les deux représentants en chose de l'Enfer. Le képi a baissé le pantalon et le slip de Seyyed. Azodi et Lâdjevardi pénêtrent tête la première dans le cul de Seyyed et tous deux se mettent à clamer : "Loués soient les Grands, les maîtres!""

2° contexte : lors d'une coupure totale d'électricité à New York, deux amis iraniens, Seyyed et Rahmat, tous deux écrivains, parlent.

"Y a pas plus longtemps que l'année dernière, les philosophes iraniens, qui sont tous payés par le Shah, ont eu l'ingénieuse idée d'organiser une table ronde avec les philosophes américains afin de débattre des différences existant entre philosophies orientales et occidentales, entre autres foutaises. Je savais que l'opposition iranienne allait jouer les trouble-fête. J'ai téléphoné à deux de ces philosophes pour les rencontrer dès le lendemain. Ces deux maîtres penseurs avaient la trouille, mais nous avons fixé le rendez-vous loin de l'endroit où avait lieu le colloque. L'un était professeur de philosophie moderne, l'autre spécialiste des textes philosophiques persans anciens. Je les ai vus sur le coup de onze heures du matin, à l'angle de la 5e Avenue. Nous sommes allés sans nous presser à quelques pas de Broadway, nous avons bu quelques bières, puis nous avons continué tout en bavardant. Je les ai entraînés en douce jusqu'à un peep-show, une baraque où, moyennant une pièce de vingt-cinq cents, tu peux lorgner hommes et femmes à poil en train de s'accoupler dans différentes positions. J'ai glissé une pièce de vingt-cinq cents dans le machin ; j'ai saisi l'un de mes philosophes par la main et lui ai demandé de regarder. Et monsieur ne se lassait pas de regarder. Une fois le crédit épuisé, il m'a redemandé de la monnaie. je lui repassé une pièce. Alors, l'autre, le spécialiste des textes anciens, de plus petite taille que son confrère, l'a tiré par la manche et a collé son oeil sur le trou. Il répétait sans arrêt : "Etrange! Comme c'est très étrange! Ils n'ont pas honte? Docteur, passez-moi de la monnaie! Ah, les dévergondés! Ah, quels cochons!" - et il introduisait les pièces l'une après l'autre. Il ne pouvait détacher les yeux du spectacle et n'arrêtait pas de me réclamer de la monnaie. Il s'en est fallu de peu que ces honorables philosophes ne se cassent la gueule pour un peep-show. Bien entendu, ç'aurait été pour sauver l'honneur! ... Arrête de rigoler, Seyyed! Tu devrais plutôt pleurer. Voilà : je voudrais savoir ce que fait un type comme celui-là - qui peut parfaitement être bon philosophe et excellent chercheur - quand il est tout seul. Qu'est-ce qu'il dit à sa femme lorsqu'il couche avec elle? Hein? Pourquoi autant d'interdits? même entre toi et moi qui sommes assis l'un en face de l'autre, il y a plein de paroles interdites. Nous avons subis la censure des années durant ; pourtant nous sommes pires que n'importe quel censeur, et nous le resterons. Nous ne parlons toujours pas. A mon avis, ces éminents chercheurs pouvaient fort bien coucher ensemble, ou apporter leur contribution à la fameuse table ronde! Qui sait, peut être que, par-dessus le marché, ils n'en deviendraient que meilleurs philosophes et plus excellents chercheurs! "

"Elias à New York", de Réza Barahéni, publié chez Fayard, traduit du persan par Hamane Sahafi


From: Jean-François Jacobs

Sent: Saturday, June 19, 2004 11:38 PM Subject: [EcriThea] Le festival des Arts Mort-Nés

Re-bonsoir,

Désolé de la répétition du message mais je pense que le premier n'était pas lisible

Information sur un festival qui ne tape pas dans le commercial http://laurent.topgame.be/invit-vernissage.html

Merci de diffuser l'appel, nous ne faisons pas de publicité payante et il y a mille choses à voir et entendre

Jean-François Jacobs

Voir aussi : Archives EcriThea de 2003

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