Israël ou le revers de l’étoile (chronique)
Chronique
Mihal-Talia B.
Ecrite en Israël lors de la guerre avec le Liban été 2006
Le revers de l’étoile
Depuis quelques années, la nouvelle étoile juive que le juif diasporique doit porter, dès qu’il est identifié comme tel, est d’avoir à répondre de la politique israélienne. Devoir se justifier de tout, surtout s’il aime Israël un tant soit peu. Qu’il y ait des amis ou de la famille ou un simple attachement mais aussi lorsque celui-ci n’en a aucun.
Maintenant, avec la guerre (jour 27), le juif, presque un archétype malgré lui de l’israélien féroce sanguinaire à la gâchette légère dans un bombardier sur le Liban, a semble-t-il quelques projecteurs supplémentaires braqués sur lui. Bon sang ! ne me demandez pas ce que je pense de la guerre, surtout sous le prétexte que je me trouve en Israël et qu’il y pleut des roquettes! Comme si chacun pouvait en dire quelque chose, avait à répondre de ce qui lui tombe dessus. Pardon pour le jeu de mots…
Et pourtant… c’est une fameuse question d’écriture, autrement dit d’éthique, que de dire en vivant dans un pays en guerre sans parler d’elle en termes journalistiques, évitant et le débat d’idées et les opinions. C’est que, chers amis, je ne pense pas, j’écris. Oui, il y a une différence. Tout comme il y a cette foutue différence entre vivre et survivre. Je n’ai pas la prétention de penser le monde au sens intellectuel. Les journalistes et les penseurs sont dans le temps, je suis -ou plutôt je voudrais, demeurer hors du temps, dans ce recul nécessaire à la littérature. Mais celle-ci est-elle encore possible lorsque des Katiouchas vous tombent dessus? Compte et décompte morbide tous les jours, de part et d’autre de la frontière. Qu’écrire lorsqu’un demi million de personnes vivent comme des réfugiés dans leur propre pays, fuyant le nord, s’abritent dans les caves? Et sachant que les soldats, de très jeunes gens effectuant leur service militaire obligatoire, bombardent d’autres jeunes et moins jeunes gens?
Le Bruit dans le ciel
Tel Aviv, 10 août 2006
Pile un mois avant le début de la guerre le cours de la vie me sortait de la région du Nord d’Israël où j’ai vécu cet hiver vers les environs de Tel-Aviv. Soit en terrain jusqu’ici plus ou moins sûr.
Semaine 1
Imaginons que pour une raison débile dont j’ai parfois la manie, je n’ai eu accès aux infos, que je sois restée cloîtrée sans voir âme qui vive. Alors ? Alors je ne saurais rien de la guerre. A un détail près : le ciel. Bien que la guerre ait débuté un mercredi je ne me souviens que de son lendemain. Ce jeudi-là seul impressionne ma mémoire affective devant ce ciel soudainement défiguré par les avions militaires. Un incessant va-et-vient bruyant de trafic aérien, machines de guerre, jour et nuit (oui c’est cela que veut dire incessant). Hélicoptères de troupes, de combat, bombardiers et autres. Vers Gaza, vers le Liban. Les trois premiers jours il n’y a pas eu un moment durable de silence dans l’azur. Les premiers états d’urgence décrétés à Haïfa puis très vite ailleurs. L’impossibilité, souvent, de joindre ses amis ou sa famille, dans le Nord, le réseau étant saturé vu qu’une moitié du pays appelle ses proches à chaque pluie de missiles, par dizaines, parfois par centaines chaque jour. Toujours le bruit dans le ciel… des jours et des jours, les infos, les morts. Plus personne, s’il le peut, ne voyage. Aussi quelque part ce vrombissement permanent me rassure…
Résumons. Le 12 juillet, frontière israélo-libanaise: le Hezbollah, satellite de l’Iran, attaque Israël. 2 soldats israéliens capturés, 8 meurent. Jeudi 13, l’armée israélienne bombarde l’aéroport de Beyrouth. Raids aériens sur les ponts et routes, bases militaires et plus tard les villes. Aujourd’hui (jour 30), 30.000 soldats s’apprêtent à se lancer dans une offensive au sud Liban jusqu’au fleuve Litani. Du déjà vu… (Comme dit à la première chronique, n’attendez pas de moi que je débatte ici de politique). Ce jeudi là, soit le 17 Tammuz en calendrier hébraïque, était aussi un jour de jeûne commémorant le début de la destruction du Temple à l’époque post-biblique. La légitimité d’Israël encore une fois contestée et en danger. « Jacob aux pieds de son échelle… », m’écrivait un ami. Oui… Décompte morbide de civils. Riposte du Hezbollah par des dizaines puis bientôt des centaines de roquettes sur le nord d’Israël.
Semaine 2
S’il y a deux fronts militaires il a aussi deux pays, dirait-on. Ici, région du centre et sud, tout est apparemment normal (j’y reviendrai une autre fois). Les enfants font des dessins dans le sable de la plage, se jettent dans la mer et les touristes, pour la plupart français, sont au rendez-vous ; les gens travaillent, flânent, n’ont pas modifié d’un iota leurs habitudes de vie (mais j’y reviendrai aussi). C’est que les israéliens ont l’habitude de la guerre, des soldats, des alertes, des attentats. Nous vivons avec. Sordide, non? Bof. Même durant la guerre d’Irak ils n’ont pas suivi les recommandations de porter le masque à gaz prévu en cas d’attaque chimique. Sentiment fort que viendra bientôt le tour de Tel-Aviv. On ne sait juste pas quand. Notamment parce que la ville de Hadera, à peine à une heure de voiture a été touchée. Des batteries anti-missiles ont été installées tout autour au cas où la Syrie entrerait dans la danse macabre. On nous rabâche quoi faire en cas d’alerte, ce qui me pompe. Comme si les israéliens en étaient à leur première guerre et ne savaient pas depuis longtemps quoi faire ! Les abris (miklat), sont enfin débarrassés de leurs brols. Sans trop croire à l’utilité de la chose cependant.
Semaine 3
Dans le Nord aussi les gens travaillent, ceux qui le peuvent encore. Téléphonez par exemple à une société sur Haïfa. Délai d’attente un peu plus long du fait des incertitudes des désormais nombreuses sirènes d’alerte à l’arrivée d’un obus. Besoin d’un renseignement pour mon serveur Internet qui déconne. -Allo? Bla bla ba… puis : -« Rega (attends !), Katioucha!», me fait l’employé. Je devrais raccrocher, non? Voyons, personne ne s’arrête de vivre en Israël. Durant la mise en attente je vérifie la télévision israélienne en direct où, là aussi un présentateur se tait. Il attend lui de savoir s’il sera encore là dans la minute, s’il y a des blessés, des morts, où va tomber le missile. Au téléphone et sur l’écran : Boum … Boum. … Parfois des morts, parfois des blessés, parfois heureusement rien. Le préposé au service me reprend : « excusez-moi, vous désiriez? ». Pas un mot sur ce qui vient de se passer. Je me permets (en sentant que c’est déjà de trop) de demander si ça va ? -« Ken ! ken ! (oui), où on en était? », me fait-il calmement. Typique de la (non) réaction, force, de la vie israélienne qui, depuis sa fondation, vit ou a vécu, et vivra dans ce climat. Avec des hauts et des bas. On est dans un des ces fichus bas. Bon…
Semaine 4
Un mois déjà, chaque jour qui passe amène son lot de morts et de blessés israéliens, libanais et palestiniens. Au début de toute cette merde on avait annoncé le rappel de 6000 réservistes à la frontière. Ensuite d’autres encore, par milliers. Gaza était alors, est toujours, à feu et à sang. « Une nouvelle ère commence », ai-je pensé alors. Comme je me l’étais notifié lors de l’attentat du 11 septembre 2001. Tous les jours depuis des mois, un an, des roquettes Kassam tombent sur Sderot. Ajoutez au palmarès terroriste Ashkelon. Bombardements sur Gaza. Deux fronts chauds affreux. Situation humanitaire désastreuse. Honte, mutisme et assentiment mélangés. Cette nécessaire solidarité avec les soldats et cette guerre, différente de toutes les autres, est lourde à porter. Responsabilité, conscience. Je me laisse à penser qu’Israël est un laboratoire géopolitique d’un certain monde… Affreux de se savoir dans son bon droit lorsque le prix de celui-ci se traduit par des centaines de morts et une catastrophe humanitaire.

Au Nord, des villes défigurées, des quartiers fantômes, une vie dans les abris. Ici l’été et ses vacances. Solidarité. Nombreux sont ceux qui ouvriront leur porte aux réfugiés en fuite de Kyriat Shmona, Haïfa, Safed, Tibériade etc. Les commerçants diminuent leurs prix pour les nordistes, font des collectes de bouffe. Tout le monde et personne ne parle de la guerre. Ou le contraire, selon. A la télévision, comme à chaque guerre, s’inventent les chansons satiriques. En peloton « Yalla ya Nasrallah (*)… » La chanson au hit parade qui fait rire tous les israéliens et leur rappelle les précédentes, ces autres top chart où les chansons de guerre donnaient le feu vert et du courage de supporter cette vie. Mais le ciel, disais-je. Depuis quelques semaines il est redevenu normal. L’intensité avec laquelle les engins vous disaient que rien n’est normal malgré le ciel bleu de l’été, a disparu. Je le croyais du moins. Jusqu’à ce qu’un ami me téléphone de France au 29e jour. J’étais sur le balcon brûlant. Il s’interrompt : « dis-moi, c’est un hélicoptère que j’entends? ». Je lève le nez. Tiens? Ha oui… Oui cher ami. Même plusieurs. Je ne les remarque plus. Le pire avec l’anormalité est qu’on s’y habitue. Tout de même cette intensité a diminué dans le coin. Du moins ici je précise. Il est facile de vivre la guerre à Tel-Aviv. Facile, voire grossier. Pardon, amis du Nord!
Au moment où je conclus ceci, il y a toujours ce bruit dans le ciel. Ce vacarme qui n’avait donc jamais cessé je ne l’oublierai plus. Inconsciemment j’ai appris à reconnaître la signature sonore de chaque type d’hélicoptère et des avions de combat. Un jeu? Que non! Si je hais le visage de notre ciel ainsi défiguré ce n’est pas par un futile désagrément. Le bruit du ciel… Tous les jours et toutes les nuits le ciel me dévisage de ses cicatrices bruyantes. Il me regarde et me questionne. Car nombreux ne rentreront plus jamais dans leur foyer. Qu’importe où. Nombreux sont les hommes et les femmes qui y perdront leur amour…
Guerre suspendue, remonter au Nord

Cie de bus Egged
Jeudi 17 août, Israël (Nord)
Route de la remontée générale dans le Nord d’Israël. Depuis le cessez-le-feu ils sont des milliers à rentrer chez eux. Facile pour moi qui ne reviens pas vivre dans une maison détruite ou abandonnée. Seulement reprendre le pouls de cette région paradisiaque et mythique, où j’ai vécu tout l’hiver et à laquelle je demeure sentimentalement attachée. D’autres aussi remontent… Je vous parlerai ici de Johann, un soldat rencontré dans l’autocar, qui retournait au front libanais. Oui, le front, car ce n’est pas vraiment fini. Partant de Tel-Aviv je voyage avec celui qui monte à Kyriat Shmona. Surchargé, gonflé à bloc. L’allée centrale est bondée debout ou assis sous le niveau des sièges durant tout le trajet de six heures. Jamais vu autant de personnes dans un bus ! A chaque arrêt le chauffeur n’embarque plus. Le même refrain : Plus de place. Oui, un demi million d’israéliens qui rentrent chez eux doit sûrement vous remplir tout le service de Egged (la compagnie des bus interurbaine). On s’arrête dans une des premières villes du Nord, à Afula (touchée par un missile de longue portée). Je n’irais pas tellement plus haut car je dois maintenant changer de bus. Toujours beaucoup de monde, on s’entasse. Encore des soldats vers l’ouest et vers l’est. Quelques blessés. Ceux-là rentrent enfin chez eux. Pour combien de temps ?
Un peu d’auto-stop et je débarque enfin dans un bled chez une amie à 22H, retrouve une partie de mes affaires laissées là par commodité. Surtout : sauter de joie, se raconter les potins, rire beaucoup. Evoquerons nous la guerre ? Ha non ! Pour quoi faire ? Plus tard. D’ailleurs qu’y aurait-il à dire que nous ne sachions déjà ? Tout le monde en Israël sait, a vu. Bon, rien qu’un peu, alors disons notre agacement puis, notre lassitude les derniers temps à regarder les nouvelles au petit écran. Un show en gros titres écoeurants. C’est que, oui messieurs dames, ici comme ailleurs la guerre est une téléréalité qui marche. Une grosse musique ouvrait les informations, sauce générique d’un mauvais film. « Milhrama batsafon » (la guerre dans le Nord). Beuh ! Suffit ! Super production dont les acteurs sont les soldats et, les figurants nos morts, le malheur de centaines de milliers de réfugiés, les familles qui ont vécu un mois dans les abris. En vedette principale les obus (les médias français utiliseront improprement le mot « roquette »), le vitriol de Nasrallah et le fou iranien, les percées de Tsahal au Liban. Putain de téloche impudique… Vite fait de zapper. Mais je n’oublie pas les nombreux journalistes qui étaient là-bas et grâce à qui l’information nous est possible. Ceux du terrain, chapeau bas messieurs dames et merci.
Situons ce lieu d’où je vous parle. Mon point de vue, mes chroniques feront probablement sourire les sabras (israéliens nés ici). Ce qui est dit ici leur est sans doute abscons, enfin je suppose. L’habitude d’une vie dure, toujours menacée, et pour la majorité souvent précaire ou rustique, leur rend peut être anecdotique mon partage de toutes ces petites choses. A moins que ce ne soit une armure nécessaire, à force. Mais pour les autres, dont les immigrants comme moi (européenne débarquée il y a 9 mois), qui n’ont pas complètement rendu normal ce qui était encore pour moi hier une anormalité, il y a une signifiance, que je crois analogue au décalage que j’évoquais dans la précédente chronique, entre la vie au Nord et au Sud du pays. Décalage confirmé par Johann, ce soldat avec qui je parlais dans l’autocar ; un revenant de « là-bas » (du Liban) qui m’explique que pour y retourner il devra faire ce switch dans sa tête.

dans le nord
Me voici le cœur gros de revenir dans un coin perdu en bordure de la Galilée. Un paysage biblique, une Torah à ciel ouvert. Des montagnes verdoyantes enserrent une vallée sèche où les dattiers et les oliviers sont rois. Villes historiques, toutes citées dans le Tanach (Bible). Pas de doute, ici c’est bien Israël et en grand, plus que Tel-Aviv d’une certaine façon (qui ressemble à n’importe quelle ville occidentale). C’est pour tout cela, cette terre aimée, chérie, ressentie, pour préserver la vie en Eretz, ici, contre le danger de disparaître encore une fois, que ces soldats nous défendent « là-bas ». Au prix d’autres morts, certes. Mais…
Johann
Un soldat de l’IDF, communément appelée Tsahal. Non, pas un Robocop belliqueux mais un fin jeune homme doux et intelligent, qui effectue la 3e année de son service obligatoire. « Après je ferai médecine ! », me confie-t-il. Le corps d’un jeune homme (tous ces soldats étaient si récemment encore des adolescents dans les jupons de leur mère). Il a considérablement maigri, dit-il. Une méthode de diète extrême… « J’ai perdu 5 kilos, mes parents vivent toujours en France, grâce à moi ils ont aussi perdu du poids » (on peut aussi rire des à côtés de la guerre, non ?). « Combien ça nous a fait chaud au cœur de voir la population nous soutenir, enfin moi ça m’a aidé à tenir. Ils l’ont fait avec des mots, des colis de bouffe, une solidarité touchante. Sauf que nous en avions assez de recevoir des cadeaux de bouffe chaque fois que nous revenions sur le territoire israélien. Car au Liban nous crevions de faim. A la prochaine envoyez-nous plutôt des slips, du savon, dentifrice, déodorant ; ce genre de choses utiles, quoi, que d’aucuns n’avait eu le temps d’emporter ». Son visage est celui d’un homme mûri trop vite par ce qu’il a vu et ce que son devoir lui a ordonné de faire. Il est arrivé seul de Paris il y a trois ans. Une alya (émigration) non regrettée. Même s’il ne s’imaginait pas devoir faire son service militaire dans une guerre très dure. « – Pour moi la guerre c’était quelque chose du passé. De l’époque des pionniers, de ceux qui ont fait Israël. Mais, si j’avais pu prévoir, si c’était à refaire, oui je ferai tout pareil ». Et croyez-moi les amis, ce ne sont pas là des paroles d’un idéaliste mais celles de quelqu’un qui sait pertinemment ce qu’il est en train de vivre, son histoire individuelle comme un miroir de l’enjeu national : la sérieuse menace de destruction d’Israël. Après trois semaines de combats dans lequel il était parachutiste chez les fantassins, il a reçu quelques jours de repos. Notamment parce qu’un de ses compagnons d’arme et, surtout un ami à lui, vient d’y perdre la vie. Par surcroît durant le cessez-le-feu… au moment de préparer celui-ci. Une question affreuse et un sentiment amer : Quel sens donner à sa mort si la guerre ne se poursuit pas jusqu’au bout de l’objectif initial (détruire le Hezbollah) ?
« Ces trois semaines de guerre ont été si différentes de mon service à Djénine », raconte-t-il. Alors je redoutais de « simples » kalachnikov. Là-bas…c’est contre des missiles que nous devions faire face ». Si la Russie avait combattu le Hezbollah la guerre aurait été finie en trois jours en bombardant tout d’un coup, a écrit ce prof de géopolitique dans un article paru récemment dans un journal français. Mais les jeunes soldats israéliens, eux, iront débusquer l’ennemi à pieds, sans protection autre qu’eux-mêmes. Contrairement à la logique de guerre classique où l’on envoie d’abord les tanks puis l’infanterie, ici c’est les soldats qui précèdent. Le problème est que le Hezbollah a tellement d’armes qu’ils n’hésitent pas à « gaspiller » des missiles anti-blindés (normalement utilisés pour détruire les tanks) contre la poignée d’hommes que nous sommes en progressant. Pas une fois Johann n’utilisera les mots « Liban » ou « front » mais : « là-bas… ». Il lui aura suffit de trois semaines de guerre pour qu’il parle de celle-ci tout en ellipse et pudeur (comme on a entendu les vétérans du Vietnam le faire dans leurs témoignages). Il va aux confins d’Israël, où l’armée l’emportera vers le Liban sud cette nuit ou demain. « Il reste beaucoup de travail à faire », me dit-il. « Je ne sais pas quand je rentrerai la prochaine fois. Dans mon unité, nous ne comprenons pas le politiquement correct qui nous a obligé cette trêve parce que, du point de vue logistique c’est revenir au point zéro. Nous devrons tout recommencer et cette fois-là il y aura encore plus de morts. » Ensuite il s’est endormi. Plusieurs réveils en sursauts où il s’excusait de tomber malgré lui dans le sommeil. – Y a pas de quoi mon gars ! C’est moi qui te remercie de ton temps. De te battre pour nous, tout Israël, pendant que je me prélasse au soleil. Il s’excusait de s’endormir… ! Alors qu’il n’y a pas quatre jours ce garçon était encore en train de risquer sa peau au Liban. D’y perdre son meilleur ami. De passer sa permission à l’enterrer.
Même histoire en face ou réciproquement… saleté que la guerre.
7 août 2006, Tel-Aviv
tous droits réservés © Mihal-Talia B. , 2008
* chanson « Yalla ya Nasrallah »
A voir sur Arte :

Joëlle Niss :
Tu relèves parfaitement le défi, je trouve, de décrire des événements – qui plus est de façon vivante et imagée – sans émettre d’opinion. Chapeau !
Publié par Joelle Niss le 20 mai 2007, 01:54
Sara Do :
Le sujet que tu abordes me touche profondément… Je ne suis pas juive, mais d’origine kabyle. Mon grand-père est d’Algérie, mort en France et enterré là-bas. Là aussi, le passif est lourd, pas toujours facile à porter, tout dépend de l’histoire vécue et transmise par ses protagonistes…
Ton introduction, ta façon simple et honnête d’aborder le sujet, me donne évidemment envie de lire la suite, d’en savoir plus de ton histoire à toi, là-bas… Que le regard que tu portes ne soit pas celui d’un journaliste, ni celui d’un penseur, ouf ! enfin, un regard différent, une autre approche que celle qu’on nous sert depuis des lustres et qui ne génère qu’une haine ancestrale qui me donne envie de vomir.
je peux te dire que souvent je me sens perdue, en perte de « re-père » (volontaire), en quête de sens… On parle souvent de « mère patrie » et pourtant, ce sont nos pères qui se battent ou débâclent dans bien des lieux… Pas toujours facile d’apprendre à vivre avec ce qu’ils nous laissent en héritage…
Merci d’aborder le sujet et de nous permettre d’entrer par une autre porte.
A bientôt. Kiss muzikal d’accordéonne… Sara
PS : je t’ai transmis un bout de là-bas en commentaire sur ton myspace. je te mets le lien où tu peux le lire en entier :
Publié par Sara Do le 20 mai 2007, 02:55
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Sara Do :
Bien sûr je n’ai pas résisté. Dieu que tu es vivante !!! Tu sais quoi ! j’ai lu, tout d’une traite, comme aimanté. Et je n’ai qu’une envie, y retourner pour lire encore et encore. J’y étais, tu comprends. J’y étais et je sentais ce que tu sentais… C’est beau l’écriture, là c’est de l’art.
J’ai dit un truc à Arneau une fois, sur un de ses écrits et je trouve que cela va t’aller comme un gant.
Il y a quelque temps, j’ai écrit un texte de colère (oui, ça m’arrive). Je râlais auprès de ceux qui nous gouvernent, avec en prime cette petite phrase :
» La vie est une oeuvre d’art qui se sculpte au quotidien dans notre conscience individuelle, sociale et collective… Elle est où votre oeuvre d’art !? »
Et bien, là, je la vois ton oeuvre d’art, elle est belle, vivante et généreuse. TON ECRITURE est œuvre d’art.
Très bonne fin de soirée à toi ! Kiss muzikal d’accordéonne…
sara do(te) fort.
Publié par Sara Do le 20 mai 2007, 03:15
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Cilamm65…Auteur :
Malheureusement il ne sert à rien d’écrire ou de décrire la bêtise des grands quand ceux ci refusent d’apprendre à lire!…Plus tard ces écrits auront de l’importance…pour des enfants devenus grands!
Alors écris ..et décris..pour eux!
Publié par Cilamm65…Auteur le 20 mai 2007, 02:41
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Zorg :
Oui…, j’ai ressenti cette « neutralité frontale raisonnée »…., qui permet de rester libre d’assister aux événements sans être en qui vive permanent..
C’est sûrement comme ça qu’on en ressent toute l’horreur d’ailleurs…
Il n’y aura donc jamais d’issue heureuse alors…??
Bravo, tu écris magnifiquement bien…, un vrai régal.
Publié par Zorg le 20 mai 2007, 08:05
bluelightdream :
Bouleversant…comme Sara, je t’ai suivie de semaine en semaine, tu nous apportes tant ! Avec pudeur, tu nous entraîne au travers des terrains et des villes bombardés où règne la terreur oppressante des kalachnikovs; avec toi, nous partons à la rencontre de ces soldats épuisés, à bout de souffle, perdus sous les missiles en déroute; nous nous reposons un instant sur les rives de la Galilée à l’ombre des oliviers et nous soufflons, nous sourions même un peu de nous savoir un laps de temps, l’esprit apaisé dans ces lieux sacrés; mais la marche reprend, sans protection sur cette route étouffante; l’horizon est encore si loin ! Les raids aériens déferlent…il faut bien continuer d’alimenter cette foutue téléréalité !
Merci du fond du coeur et de l’âme, très belle Mihal !
chantal
Publié par bluelightdream le 20 mai 2007, 21:38
Joëlle :
Comme dit dans d’autres commentaires, tu fais bien de « DIRE », de décrire, en évitant les débats d’opinion. Ta façon d’écrire captive. Je ne suis ni juive, ni musulmane. La guerre, je ne l’ai jamais connue, mais depuis toute petite j’en entends parler de ces guerres qui se passent dans un « ailleurs » où des êtres humains tuent , se font tuer ou donnent leur vie pour Dieu, Yahvé, Allah, .ou pour d’autres « raisons » (?). Je ne pense pas que je serais capable de la côtoyer quotidiennement dans cette apparente indifférence, ou acceptation d’une fatalité comme tu le décris.
Rien que voir des chars déambuler dans ma région lors d’épisodiques et courtes manoeuvres militaires d’écolage me remuent pendant des jours.
Merci
Joëlle
Publié par Joelle le 21 mai 2007, 12:33
El Baz :
Voilà, j’ai tout lu…
Franchement que dire ?
plusieurs réactions m’ont traversé durant cette lecture :
1/ Quelle joie d’être français et quand je voyage d’être interpellé sur les exploits de Zidane plutôt que sur ceux de tsahal …
2/ Comment s’affranchir du débat politique? je suis être social donc forcément politique. J’aimerais dire, comme toi, que je m’extrais du débat, mais je n’en suis pas capable. Au mieux puis-je me taire et bouillonner en dedans, ce que je vais faire.
3/ Chanter Brassens « depuis que l’homme écrit l’histoire, depuis qu’il bataille à coeur joie… »
4/ Maugréer sur la bêtise humaine conduisant immanquablement à la colère puis à la déprime, je chéris l’invention du vin rouge et vais de ce pas me servir un saint nicolas de bourgueil.
bises et santé ! (et shalom après tout !)
Publié par el_baz le 24 mai 2007, 23:49
Alon Tamir :
שלום לכולם,
Je suis Alon Tamir, un israélien vivant en Belgique.
J’ai été touché par ton article, Mihal-Talia, car moi aussi j’y étais pendant le mois de Juillet.
La guerre est, évidement, une aberration.
J’ai vécu en Israël depuis la guerre de 6 jours (anti-israéliquement fêté dans le monde aujourd’hui) jusqu’à la première intifada.
Celui qui vit en Israël pendant une guerre ne peut pas oublier l’atmosphère qui y règne.
Il y a comme de l’électricité dans l’air, les gens sont anormalement sympas, serviables et solidaires. C’est dommage qu’il faut une guerre pour cela.
Je sens très fortement l’étoile de la justification dont tu parles, je connais pas mal de gens qui sont activistes pro palestiniens et le débat politique est inévitable et la quasi haine pour Israël est plus que visible.
Des gens qui se disent « humanistes » se permettent de juger et déshumaniser Israël.
D’un autre coté mon coeur est plein de joie car je crois en Dieu d’Israël et que la Bible dit vrai.
A la lumière de la Bible, nous vivons une époque glorieuse, le plan de Dieu se réalise, et sa promesse est que plus jamais Jérusalem tombera dans les main des ennemis. Je crois que c’est le seul point de lumière dans cette époque obscure du moyen orient.
L’obsession du monde pour le conflit au proche orient nous le confirme.
Bref, je trouve que tu as bien écrit et que ton article dépasse de loin la simple écriture journalistique
כל הכבוד וישר כח
Alon
Publié par Alon le 08 juin 2007, 22:33
Mihal-Talia :
שלום
דבר ראשון המון : ממש תודה ראבה
‘דבר שני
… ….!
Publié par Mihal-Talia le 11 juin 2007, 12:55
adele la gazelle :
c’est très poignant ce que tu nous livre ici. Toujours cette plume magique et c’est trés surprenant de voir à quel point tu sais prendre ton lecteur par la main et moi aussi je viens de voir ton ciel bombardé, des visages pleurants.
Je ne suis ni juive ni arabe, et pacifiste du plus profond de mon être, je ne sais que penser de cette guerre qui n’en finit pas, qui sert les intérêts des autres et qui continuent à meurtrir tant de personnes!
Pourquoi pourquoi pourquoi?
Publié par adele la gazelle le 25 juin 2007, 23:59
Gregorio :
je connaissais bien ce magnifique texte , j’ai eu envie de le relire ce soir au calme de cette paisible nuit d’été et j’ai repris une gifle. Sensibilité, vérité, sincérité et talent……
Publié par gregorio le 28 juil. 2007, 04:03
J’espère de tout cœur que tu trouveras où publier ce travail (lu sur ton site), que je trouve passionnant. C’est ton écriture, bien sûr, qui en fait sa force, mais aussi et surtout ton regard à la fois dedans et dehors, qui accepte d’être impliqué, affectif, mais refuse la complaisance ou l’emphase.
Bravo Mihal, et merci.
ps : ce que tu dis au début sur cette obligation qu’on nous fait de se justifier, ce poids-là et celui des horreurs de la situation de part et d’autre, je le ressens et j’en souffre terriblement aussi.
Mes réactions, tu les connais déjà et depuis un moment. Il s’agit d’un travail essentiel du point de vue de la chronique et de la littérature. Je n’ai pas de fausse honte à le mentionner ici : pour l’éditorialiste nourri de sémiologie et très nettement sceptique à l’égard de la politique proche-orientale que je suis depuis des années, la lecture de ce texte fut une véritable leçon d’objectivité, d’émotion, d’authenticité. Où l’on parle des gens, de leur quotidien, de leurs angoisses et de leurs enthousiasmes, le baratin idéologique n’a plus aucune mesure. Il est carrément indécent. Ce que tu nous donnes à voir, c’est de l’humain : des paroles, des actes, des volontés, des peurs. Ce que tu nous donnes à méditer, c’est de l’émotion, non du boniment partisan. L’idée, ce n’est pas de reconnaître ici que les uns ont tort, que d’autres ont raison. L’idée, c’est de clamer haut et fort que tout discours est erroné dès lors qu’il substitue le dogme à l’humain. Ce texte donc et sa diffusion sont nécessaires et urgents.
J’ai tellement hésité à y aller de mon commentaire, Douce Amie…
Tellement parce que ces mots que je quitte à l’instant sont des mots d’une Réalité poignante, poignante parce que ressentie de Loin, vécue aussi, mais ailleurs, il y a longtemps.
Difficile aussi de Te lire ’sous cette forme’,
Chronique de la Réalité du Monde.
Notes d’un curieux voyage.
Éloignés des lectures coutumières de cet Espace-mots ou chacun se raconte.
On ne peut pas vivre pareil après avoir ressenti cela.
La peur et la colère et la violence et la connerie du Monde.
Et puis ma Culture est différente de la tienne, je ne connais pas assez les causes politiques et historiques de ce conflit, ce que je sais c’est que nous vivons actuellement sur des brasiers en attente, éparpillés partout.
On y trouve des braises de toutes sortes.
De ce charbon particulier que le Temps et les Hommes n’arrivent pas à enfouir.
Des feux disséminés si près les uns des autres, que rien qu’une étincelle, rien qu’une étincelle pourrait…….
Hésitation sourde, puis instinctif réflexe à la Jim : envie d’ouvrir grand les bras pour … pour quoi en fait ?
Tout se dit dans une étreinte, tout se donne.
..grand les bras.
Oui.
Juste pour que un instant Tu oublies aussi le ‘Bruit du Ciel’.
J’adore la forme d’écriture : la chronique. Et tu écris bien. La sensibilité, les émotions, les évènements… c’est un texte essentiel. Et du coup ça me fait penser à ce genre littéraire et notamment à Hugo… et ça juste pour dire que tu t’inscris parfaitement dans cette filiation. C’est assez fondamental comme démarche, tout comme une expo photo qu’on laisse accrochée, le temps de méditer…. MERCI.
Je viens trop peu par ici
et à lire ces lignes,
je m’en veux terriblement.
Mais moi non plus, le temps, tout ça…
Bref.
Concernant les nœuds douloureux du Proche-Orient,
je suis un vilain dilettante. Je suis les évènements de loin.
Et bien souvent, si je comprends les principaux tenants et aboutissants,
je me sens un peu perdu.
Grâce à ton texte,
grâce à cette saine émotion qui se dégage de tes mots,
je m’y suis un peu retrouvé.
Preuve, s’il en était encore besoin,
du pouvoir de tes mots. Les tiens.
Que tu nous offres pourtant. Ici.
Généreuse.
Je te connais finalement bien peu.
Mais cet adjectif te va comme un gant.
Généreuse.
Merci.
Ce que tu racontais sur la guerre du Liban m’a beaucoup touchée, vu que j’ai du accoucher pendant cette même période et que le fait de regarder les infos pendant les contractions, ou même attendre 3h30 pour avoir une péridurale sous prétexte qu’on “change les fenêtres” (il faut des fenêtres spéciales en cas d’attaques de missiles) n’a été que l’aboutissement d’une grossesse déjà difficile. Ne pas savoir ou on va accoucher (Tveria ou Afula ? c’est comme choisir entre la peste et le choléra, les deux sont sous les missiles…) ni si on va s’en sortir indemne, nous ramène à une dure réalité: celle d’Israël et de la menace constante qui pèse sur notre pays… Mais est-ce que cela nous empêche d’y aller quand même ? Ben non, missiles ou pas, on a la foi et on prend ce risque insensé de mourir pour donner la vie. N’est ce pas ironique ?
Il faut voir le coté positif dans chaque chose et je dirais donc que grâce à cette situation d’alerte maximale, je ne suis pas restée trop longtemps à l’hôpital et j’ai pu rentrer à la maison au bout de deux jours. Comme tu le décris si bien, si on ne l’a pas vécu, on ne peut pas savoir ce que c’est.
Mi’hal, je ne peux que me joindre aux divers commentaires élogieux ( et à raison) qui accompagnent ton texte.
Des guerres, des guérillas, de l’intifada, des roquettes et autres missiles ont fait et font encore partie de mon journalier de franco-israélien depuis quelques bonnes années et que dire ? La recherche de l’acceptation de l’autre surtout dans cette région peut-être par trop courtisée semble comme un élément constituant le vocable « impossible » !
Certes l’impossibilité de vivre en bon voisinage, de reconnaitre des frontières claires et absolues, de ne pas pour autant les clore mais bien permettre des échanges, une économie florissante tout autour de ce pays « terre sainte » apparait comme un fait accompli.
Il n’y a pas si longtemps les israéliens faisaient leurs emplettes à Gaza. Si ma mémoire est bonne, le Liban était considéré comme la Suisse du Moyen-Orient; il n’y a pas si longtemps… Alors d’étoîle, OUI !! Mais que celle-ci soit vue, interprétée, admirée avec la même vision, les mêmes attentes et espoirs et surtout, les mêmes entêtements vers des lendemains chantant !
Shalom
J’aime bien ce texte mais qu’elle tristesse et qu’elle honte aussi il fait entrer dans mon coeur.
Les discours, les mythes, cette déconstruction permanente de l’histoire d’Israël par tant de médias du monde.
Tristesse de lire, découvrir à chaque fois la souffrance que vous endurer avec tant de courage.
Honte de savoir qu’à une époque, j’y ai cru à cette histoire d’Israël agresseur.
Un étoile forte et fragile brille au milieu des croissants? une étoile comme pour rappelé que « demain à Jérusalem » est un message universelle Mais, ‘hélas, une grande partie du monde l’ignore.
J’aime beaucoup ce texte.